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Délinquance juvénile dans la capitale : Des enfants de 8 à 11 ans exposés à l’alcool et à la drogue

Délinquance juvénile dans la capitale :  Des enfants de 8 à 11 ans exposés à l’alcool et à la drogue © : HZK-LGDC

La déclaration a eu l’effet d’un électrochoc. Lors de sa conférence de presse, du mardi 2 décembre dernier, le maire de Moroni, Omar Mohamed, a révélé que des enfants âgés de seulement 8 à 11 ans consomment déjà de l’alcool et parfois même de la drogue dans certains quartiers de la capitale. Une situation qu’il qualifie lui-même de « grave et alarmante ».


C’est dans ce contexte qu’il a annoncé la fermeture immédiate des lieux officieux non autorisés, accusés d’alimenter cette dérive. Mais derrière cette décision forte, c’est surtout la détresse de la jeunesse qui ressort. Les mots du maire ont glacé l’assistance. « Oui, des enfants de 8, 9, 10 ans consomment. C’est un drame que nous devons affronter », a déclaré Omar Mohamed. Pour de nombreux habitants, ces propos ont mis en lumière une réalité déjà connue mais rarement assumée publiquement. Amina Msa, habitante de Moroni Oasis, raconte : « On voit des enfants traîner devant ces maisons-vendeuses. On sait qu’ils n’y achètent pas des bonbons. »

La mairie a ordonné la fermeture de plusieurs points de vente informels, souvent cachés dans des maisons privées ou des boutiques camouflées. « Nous n’allons plus tolérer ces lieux de perdition », a affirmé l’édile. Cependant, plusieurs observateurs s’interrogent. Pour un cadre de la ville, « fermer les lieux clandestins est une réaction nécessaire, mais ce n’est qu’un pan d’un problème beaucoup plus vaste. L’alcool et la drogue circulent parce qu’il y a une demande, une économie et un manque de contrôle en amont. » Un agent municipal, sollicité anonymement, confie : « Chaque fois qu’on ferme un lieu, un autre rouvre un peu plus loin. La fermeture seule ne suffira pas. » Les trafiquants s’adaptent rapidement, tandis que les enfants restent exposés dans la rue, sans surveillance et sans alternatives.

Pour plusieurs associations, la priorité n’est pas seulement de fermer, mais d’agir sur l’environnement social des jeunes : éducation, prévention, parentalité, loisirs, contrôle des importations…« On ne peut pas laisser une génération s’effondrer. C’est toute une politique publique qu’il faut construire », estime Mariama Ali, éducatrice dans un établissement de Moroni. L’alerte du maire expliquant que des enfants de moins de 11 ans qui consomment alcool et stupéfiants résonne comme un cri d’urgence. Mais la fermeture des lieux clandestins ne sera qu’un geste symbolique si elle n’est pas suivie d’actions plus larges, coordonnées et durables. Moroni fait face à un défi immense : protéger ses enfants avant qu’il ne soit trop tard.

Mohamed Ali Nasra


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