La Gazette

des Comores

Ahmed Ali Amir, coordinateur de la communication à la présidence

Ahmed Ali Amir, coordinateur de la communication à la présidence © : HZK-LGDC

« Faire juste attention de ne pas décrédibiliser et nuire aux messages de la santé publique »


La Gazette des Comores s’est approchée d’Ahmed Ali Amir, coordinateur de la communication à la Présidence pour lever le voile sur certaines questions liées à la lutte contre le Covid. Interview.

 

Quelle leçon Beit-Salam peut-il tirer de cette deuxième vague du Coronavirus dans le pays ?

 

Ahmed Ali Amir: La leçon. Il n’y a pas de leçon spécifique à tirer. Cette deuxième vague avec les suspicions fortes, mais pas encore établies d’un mutant sud-africain, on attend ce lundi, les résultats des prélèvements envoyés à Nairobi pour être fixé. Le virus se propage à la vitesse de la lumière et nous devrons continuer à sensibiliser en orientant l’attention de la population vers la communication officielle et non les fakenews. A Londres, là ou ce nouveau virus fait des ravages, les restrictions mises en place seront probablement prolongées jusqu'à mars. Le vrai handicap reste le non respect des mesures par certains Britanniques. Nous sommes confrontés aux mêmes problèmes, la lassitude et le relâchement.

 

Au début, au mois de décembre, seule Mohéli était touchée. Maintenant, la propagation du virus a gagné Ngazidja et Ndzouani à une vitesse inquiétante. Quelle politique préconise Beit-Salam pour arrêter la chaine de contamination ?

 

AAA: Pour arrêter la contamination, il fallait isoler l’ile de Mohéli du reste du territoire et dépêcher des équipes de renforts et de moyens supplémentaires pour éradiquer la pandémie définitivement. Après les pics, nous enregistrons une baisse de contamination, et un taux de guérison élevé. Il faut continuer à informer au quotidien, comme le fait le Directeur de la santé avec les équipes de l’Oms, il faut enchainer les caravanes de sensibilisation dans les villes et villages. Les forces de l’ordre malgré, les difficultés de contrôler une île, font un travail formidable. Mais maintenant que Ngazidja et Ndzuwani sont lourdement touchés, on doit renforcer et surtout veiller au respect strict et rigoureux des mesures barrières.

 

Est-ce que ce n’est pas le moment de réinstaurer les mesures de restriction levées fin décembre ?

 

AAA: Certaines communautés ont décidé d‘interdire les festivités de grand mariage et les activités culturelles. Le Président a encouragé les communautés à renforcer les mesures, selon les spécificités des régions et le niveau de la pandémie. Ces initiatives démontrent que les leaders d’opinion de confiance et les chefs des communautés  peuvent être mis à profit pour encourager les engagements communautaires. Comme nous l’avons fait lors de la première vague, nous devrons impliquer les professionnels de la santé, les élus locaux, les leaders des associations dans la mobilisation générale.

 

Qu’est devenue la Coordination nationale de lutte contre le Coronavirus pour que la ministre de la Santé reprenne les manettes ?

 

AAA: La Président a décidé de transférer la coordination, du ministère de l’économie au ministère de la santé. Il n’y a pas de mystères. 

 

Depuis le début de la crise, nous avons reçu beaucoup de masques et de gel hydro-alcooliques. Où sont passés tous ces dons ?

 

AAA: Le masque que vous portiez fait partie de ces dons. J’ai vu la ministre de la santé distribuer la semaine dernière dans les rédactions de la capitale, les masques et gels. Vous avez relayé l’information dans votre journal. 

 

La Gazette avait déjà révélé l’existence d’un réseau de détournement d’une partie de ces dons revendus à des officines de la place. Avez-vous essayé d’ouvrir une enquête ne serait-ce qu’administrative là-dessus ?

 

AAA: Le problème avec les enquêtes journalistiques, elles s’arrêtent à un article et n’ont pas de suite. Ocopharma, la pharmacie nationale qui stocke dans ses magasins les dons, avait un pourcentage pour pouvoir supporter les frais. Elle était autorisée à vendre sa part dans les pharmacies. Si ce n’est pas cette part là. Il faut aller au-delà d’un simple article et nommer les responsables de ces actes odieux.

 

Avec la résurgence des cas, l’opinion s’attend à une déclaration du chef de l’État. Va-t-il s’adresser à la Nation ?

 

AAA: Le Président ne parle pas en réponse à une pression d’où qu’elle vienne. Il a mis en place des structures en charge de la gestion de la Covid 19 et une interministérielle se tient toutes les semaines pour évaluer la situation et adapter les mesures. Quand les informations qui lui parviennent dicteront d’autres mesures que celles mises en place, il s’dressera à la population. Pas avant. Dans un Etat de droit, nous sommes dans l’obligation de veiller à l’émergence d’opinions diverses, de valoriser les critiques et de ne pas étouffer les désaccords, mais on doit tout juste faire attention, de ne pas décrédibiliser la parole de l’Etat et nuire aux messages de la santé publique. Il y a des moments dans une nation, où on doit taire nos divergences pour faire face à cet ennemi commun, la pandémie.

 

Le vaccin est attendu chez nous à l’été. Est-ce raisonnable comparé à l’urgence de la situation ?

 

AAA: Savez-vous qu’au 14 janvier, la région en France qui avait le taux de vaccination de la population la plus élevé était de 0,57% ? Etes vous sûr, que le variant du virus qui circule possède un vaccin, ou que le vaccin en circulation pourra l’éradiquer ? Il y a trop de questions et beaucoup de scepticisme. Avec les moyens limités des Comores, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre comme en France 30% des vaccins faute de moyens de congélation adaptés, comme nous ne pouvons nous permettre de commander un vaccin qui peut se révéler inefficace. L’été n’est donc pas si éloigné que ça. On doit prendre toutes les précautions.

 

Est-il possible que le chef de l’État et son gouvernement reçoivent le vaccin à titre exceptionnel bien avant cette date ? 

 

AAA: Je ne peux pas m’aventurer sur ce sujet là. Pour l’instant, il attend comme à son habitude, les réponses de l’expertise des comités scientifiques. Il suivra de près comme il a l’habitude à le faire, l’expérience d’un pays comme la France ou la Chine, et attendra les premiers résultats des réponses immunitaires des premiers vaccins. Dans ce cas, les indications de l’OMS l’emporteront.

 

Mayotte a officiellement confirmé la présence du variant sud-africain à Moroni. Les autorités sont-elles prendre acte et agir en conséquence et elles vont s’attarder sur des querelles puériles comme ce fut le cas lors de la première vague… ?

 

AAA. : Je devrais vous retourner la question. Mayotte est au bord du gouffre à tous les niveaux. Aussi bien dans la gestion politique et que dans la gestion de la Covid. Si c’est cela que vous appelez querelles puériles. On répondra du tac au tac aux attaques infondées de la directrice de l’agence régionale de la santé de Mayotte. Le virus n’a pas de nationalité, la preuve il n’a pas de frontière et un malade ne peut être considéré comme un trophée. C’est absurde. La vraie question que je me pose. La presse doit-elle partager n’importe quelle information, alors qu’elle constitue le moyen le plus sur et le plus efficace d’informer la population ? La capacité des individus à analyser de manière critique l’information reçue n’est pas aisée. Dans ce contexte «d’infodémie », la presse est capable de provoquer un changement de comportement des citoyens, comme elle peut décrédibiliser les institutions en charge de la lutte. Que chacun fasse son examen de conscience. Je continue de croire que la presse a joué un grand rôle dans la lutte contre la pandémie.

 

Propos recueillis par MY

 

 


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