Longtemps contraints à l'exil médical pour des soins spécialisés, les patients comoriens voient aujourd’hui de nouvelles perspectives s’ouvrir à domicile. Mohamed Soidiki, entrepreneur dans le BTP, nous livre son témoignage sur son appareillage auditif réussi à Moroni.
L’histoire de Mohamed Soidiki avec son audition ressemble à celle de nombreux Comoriens de sa génération. Un long parcours semé d'incertitudes, de voyages coûteux et, finalement, une solution trouvée là où il l'attendait le moins : chez lui. Tout commence au début des années 2000, où il consulte un médecin ORL à Moroni, pour une gêne à l’oreille droite. À l'époque, un simple lavage suffit. Mais en 2006, la douleur revient. Le diagnostic tombe, il faut envisager des soins plus poussés, de préférence à l’extérieur. En 2014, profitant d’un voyage d’affaires à Dubaï, il franchit le pas. Le verdict est sans appel : une surdité partielle nécessite la pose d'un appareil auditif. L'opération et l'équipement lui coûtent une petite fortune : 1 400 euros rien que pour un modèle de gamme intermédiaire, sans compter les billets d’avion, les frais d’hôtel et les consultations répétées.
Pendant des années, l’appareil change sa vie, jusqu’au jour où, par crainte de l’abîmer lors de ses ablutions, il le retire, l’égare et finit par le perdre. S’en suit une période de négligence forcée. Mohamed se contente de son oreille gauche, jusqu’à ce que son corps tire la sonnette d’alarme. « J’ai commencé à faire des malaises, des vertiges fréquents », confie-t-il. Il multiplie les examens : cardiologie, ophtalmologie, scanner… Rien. C’est finalement en poussant la porte du cabinet de la Dre Farida Atoissi, spécialiste ORL aux Comores, que la lumière revient. À sa grande surprise, Mohamed Soidiki découvre qu'il n'a plus besoin de s'envoler pour Dubaï ou la France. Le plateau technique et l’expertise sont désormais disponibles sur place.
En juillet 2025, après une audiométrie précise, le processus est lancé. La spécialiste travaille en étroite collaboration avec un homologue français pour garantir un réglage millimétré de l'appareil, commandé directement en France. Un mois plus tard, Mohamed est appareillé sur place. Le constat comptable est sans appel. « Entre le prix de l'appareil, les billets et le séjour, l'étranger me revenait extrêmement cher. Ici, pour le même modèle intermédiaire qui frôle les 2 000 euros ailleurs, j'ai payé environ 600 euros », explique le gérant en BTP. Au-delà du gain financier, c’est le suivi de proximité qui change tout : « Si je dois réajuster ou refixer l'appareil, Dre Farida est là. C'est une satisfaction immédiate. »
Pour Mohamed Soidiki, ce succès n'est pas seulement personnel, il est politique et social. Il regrette le pessimisme ambiant qui pousse ses compatriotes à douter de leur propre système de santé. « Nous avons tendance à voir le verre à moitié vide. Ne pas faire confiance à nos médecins nous fait perdre du temps, de l’argent et parfois notre survie », martèle-t-il. Il souligne également un avantage de taille : la communication. « Avoir un spécialiste qui partage votre culture, votre langue, sans besoin d’interprète, c’est une chance immense. » En citant l’exemple des sages-femmes formées à Moroni qui assurent des soins de qualité depuis des décennies, Mohamed appelle à un changement de mentalité. Pour lui, la modernisation est en marche aux Comores ; il ne reste plus qu’à en prendre conscience et à soutenir ceux qui, malgré les difficultés, bâtissent la médecine moderne de demain au pays.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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