La Gazette

des Comores

Situation au CHN El-Maarouf : Quand les services craquent

Situation au CHN El-Maarouf : Quand les services craquent © : HZK-LGDC

Ce qui se passe à l'hôpital de référence n'est plus une tension passagère, c'est une rupture de continuité. Le service qui gère les grossesses à risque et les urgences vitales des femmes tourne avec la moitié de son équipe. Cette onde de choc gagne également le bloc et la radiologie.


En mars, les praticiens contractuels cessent le travail pour exiger une rémunération décente. Trois ne reviennent pas. Il ne reste que trois gynécologues pour couvrir toutes les nuits et tous les week-ends. Le protocole signé fin avril aurait dû permettre leur retour, mais il achoppe sur des exigences administratives jugées vexatoires. Leurs postes restent vides et la charge explose. Dès lors, la moindre urgence devient une course d'obstacles. Une patiente évacuée récemment avec une grossesse extra-utérine a dû patienter longuement sur brancard, faute de chirurgien disponible. Son cas n'est pas isolé, il révèle une routine : on temporise, on appelle, on transfère. L'établissement censé être le dernier recours renvoie ailleurs. L'ailleurs n'est pas plus solide.

Le bloc fonctionne en sous-effectif, avec des salles partagées et une organisation à flux tendu. À l'imagerie, toutes les échographies et les comptes-rendus reposent depuis des mois sur un seul médecin. Chaque retard de diagnostic complique une intervention. Les conséquences s'empilent à trois niveaux. D'abord médical et humain. Des équipes sans repos voient leur vigilance s'émousser. Le risque de faute de dosage, de lésion non repérée ou de décision tardive augmente mécaniquement. Pour les patientes, cela signifie entre autres, hémorragies aggravées, infections, transferts nocturnes épuisants.

Ensuite social. La structure militaire, alternative habituelle, a presque doublé le prix de ce type d'opération. Les cliniques de Moroni sont encore plus chères. Les femmes sans revenu sont triplement pénalisées : incapacité de payer, obligation de voyager loin, dépendance à des collectes improvisées en ligne. La solidarité citoyenne, bien qu’admirable, ne peut remplacer un service public. Enfin institutionnel. Chaque attente érode la confiance envers l'hôpital de référence. Les familles contournent El-Maarouf et surchargent des centres périphériques moins équipés. Les soignants restants s'interrogent, épuisés.

Sans réintégration rapide des praticiens spécialistes et sans renfort durable au bloc et à l'imagerie, les urgences vitales pourraient connaître des fins terriblement dramatiques. Et pendant ce temps, aucune réaction des autorités compétentes.

Hamdi Abdillahi Rahilie


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.