Alors que la Semaine mondiale de l'allaitement maternel se tient du 1er au 7 août 2026 sur le thème « L'allaitement maternel pour un départ durable dans la vie : consolider les acquis », les Comores restent confrontées à un paradoxe : 94% des mères allaitent à la naissance, mais seules 22,6% poursuivent exclusivement jusqu'à six mois, loin des 50% visés par l'Union Africaine.
Coordonnée par l'OMS et l'UNICEF, la semaine mondiale de l’allaitement maternel veut justement « renforcer ce qui fonctionne », mettant l'accent sur le suivi des progrès, l'évaluation de l'impact et la généralisation des approches éprouvées qui améliorent les résultats de l'allaitement. Chez nous, ce qui dysfonctionne est bien documenté. Malgré une légère progression entre 2012 et 2022 (MICS), le taux stagne. L'abandon est précoce, avec le lait artificiel dès les premiers mois. Dans un article publié dans notre journal en avril, le Dr Soilihi Abdoul Madjidi, pédiatre et directeur de la santé familiale, soulignait que ce fossé s’explique par « un manque d'engagement efficace du personnel de santé et l'influence incontestable des grands-mères ». Des idées reçues persistent, comme jeter le colostrum. Or, rappelle-t-il, « le lait maternel par le colostrum est le premier vaccin du nouveau-né ». Le tableau est aggravé par le marché. Le médecin dénonce une « concurrence illégale » des laits industriels, dont le marketing intrusif fait croire à une équivalence, voire une supériorité, surtout en milieu urbain.
Les conséquences sont aujourd'hui très mesurables. L'enquête SMART 2024 lie faible allaitement exclusif et retard de croissance. Pourtant jusqu'à 6 mois, sans ajout d'autres aliments, le lait maternel assure un bon développement physique et psychomoteur. L'enfant non allaité est aussi plus vulnérable aux infections respiratoires, aux diarrhées et aux otites. Pour renverser la tendance, le médecin spécialiste en santé publique, plaide pour généraliser l'initiative « Hôpitaux Amis des Bébés », avec peau à peau immédiat et rooming-in 24h/24, et former systématiquement le personnel à l'écoute et au soutien émotionnel face aux douleurs et crevasses, pour une prise en charge clinique optimale pour les nouvelles mères et leurs nourrissons. Des études d'efficacité menées auprès de 15 096 nouveau-nés ont démontré que la mise en œuvre de l'Initiative Hôpital Ami des Bébés (IHAB) entraînait une augmentation de 45 % du taux d'allaitement maternel exclusif à 6 mois et de 26 % du taux d'allaitement maternel poursuivi.
Par ailleurs, une revue systématique de 16 études a révélé que les interventions médiatiques intégrées au conseil et à la mobilisation communautaire augmenteraient l’allaitement maternel exclusif de 17 %, d'où l'importance de sensibilisation. Sachant que les pays dont la législation est largement alignée sur le Code font état de taux d'allaitement maternel exclusif de 54% en moyenne, contre seulement 24% dans les pays sans mesures légales. Les spécialistes appellent les autorités à « mettre en application la loi sur la commercialisation des substituts et élire des champions de l'allaitement », et à protéger ainsi durablement les mères de la désinformation ambiante.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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