En dépit d’une progression notable ces dix dernières années, de 2012 (MICS-EDS) à 2022 (MICS), le taux d’allaitement maternel exclusif aux Comores stagne à 22,6%. Un chiffre bien loin de l’objectif de 50% fixé par l’Union Africaine. Entre poids des traditions, marketing intrusif des laits industriels et manque d’accompagnement, le pays fait face à une problématique de taille sur le bien-être et la croissance infantile.
L’écart est frappant. Si 94% des mères comoriennes entament l’allaitement à la naissance, seule une minorité persévère jusqu’aux six mois recommandés. Pour le Dr SOILIHI Abdoul Madjidi, pédiatre, médecin de santé publique et directeur de la santé familiale, ce fossé s'explique par « un manque d’engagement efficace du personnel de santé et l’influence incontestable des grands-mères sur l’alimentation du nourrisson dans le cadre familial ». L’abandon survient précocement. Dès les premiers mois, l’introduction d’eau, de tisanes ou de bouillies brise l’exclusivité. En cause ? Des idées reçues tenaces. « Certains pensent même qu’on ne doit pas donner le colostrum, cette première montée laiteuse qui est pourtant le premier vaccin du nouveau-né », déplore le médecin. Une autre croyance veut que le lait maternel assoiffe l'enfant. Le spécialiste rectifie : « Presque 90% du lait maternel est constitué d'eau. Cette proportion couvre tous les besoins, rendant inutile l’ajout d’eau avant 6 mois, même par forte chaleur. »
Le déclin est aussi alimenté par une « concurrence illégale » des substituts industriels. Le Dr SOILIHI pointe du doigt des stratégies commerciales qui créent de fausses perceptions, faisant croire que le lait artificiel serait équivalent, voire supérieur. « Cela entraîne une augmentation de leur utilisation au détriment du meilleur aliment pour le nourrisson », souligne-t-il, précisant que cette pression est accrue en milieu urbain. L'enquête SMART 2024 révèle un lien direct entre ce faible taux d'allaitement et le retard de croissance. « Jusqu’à 6 mois, sans ajout d'autres aliments, le lait maternel assure un bon développement physique et psychomoteur », insiste le pédiatre. Au-delà de la nutrition, c’est tout le système immunitaire qui est fragilisé. Selon l’expert en nutrition et santé, l'enfant non allaité est « plus vulnérable aux infections respiratoires, aux diarrhées et aux otites », car il reçoit moins d'anticorps pour protéger ses défenses encore immatures.
Pour renverser la tendance, le système de santé doit se transformer. Le Dr SOILIHI préconise la mise en place de l'initiative « Hôpitaux Amis des Bébés », favorisant le peau à peau immédiat et le "rooming-in" (comprenez : bébé reste 24h/24 avec la mère) pour favoriser la demande spontanée. Il appelle également à une formation systématique du personnel : « Il faut développer des compétences en écoute et en soutien émotionnel pour résoudre les difficultés pratiques comme les douleurs ou les crevasses. » À l'horizon 2026, l'urgence est là. Le directeur de la santé familiale lance un appel vibrant aux autorités pour « mettre en application la loi sur la commercialisation des substituts et élire des champions de l'allaitement ». À la population, il demande de protéger les mères des fausses informations : « L’allaitement exclusif réduit significativement les risques de mortalité. Agissons maintenant pour une génération en meilleure santé. »
Hamdi Abdillahi Rahilie
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