Pendant trois semaines, du 6 au 23 octobre, la Commission de l'océan Indien a formé les comoriens à détecter les menaces sanitaires avant qu'elles ne se propagent. Ports, aéroports, élevages et quartiers : le dispositif se joue désormais à tous les niveaux.
Cette mission s’inscrit dans le cadre du projet « Sécurité sanitaire Indopacifique », financé par l’Agence française de développement (AFD) et porté par le réseau SEGA One Health de la Commission de l’océan Indien (COI). Son principe : considérer la santé humaine, animale et environnementale comme un tout. Une maladie qui touche les animaux peut également affecter les humains. L’objectif est donc de renforcer la détection précoce des risques sanitaires et la coordination entre les différents secteurs, à Ngazidja, Ndzouani et Mwali. Dans les six ports et aéroports du pays, où débarquent chaque jour des centaines de voyageurs, les dispositifs de surveillance ont été passés en revue. Pendant près de trois semaines, les agents comoriens ont travaillé aux côtés d’experts de l’Agence régionale de santé (ARS) de La Réunion et du Centre de contrôle et de prévention des maladies de l’océan Indien. Le protocole est simple, mais essentiel : repérer un voyageur présentant de la fièvre, l’isoler, lui poser les bonnes questions et, surtout, transmettre immédiatement l’alerte. C’est l’ensemble du dispositif de surveillance aux points d’entrée qui a ainsi été réexaminé : les procédures de contrôle, d’orientation et de transmission des informations.
En parallèle, la Direction générale de la santé a mené des missions dans les îles. L’objectif n’était pas de contrôler les structures sanitaires locales, mais de les superviser et de les accompagner. Il s’agit notamment de fluidifier la circulation de l’information entre les différents acteurs. Car une alerte transmise trop tardivement peut compromettre la riposte face à une épidémie. Autre nouveauté de cette mission : la place accordée à la santé animale, désormais pleinement intégrée au dispositif. Du 19 au 22 octobre, un atelier a réuni la Direction nationale de l’élevage et les acteurs de terrain autour de la relance du Réseau national d’épidémiosurveillance des maladies animales. Une maladie qui décime un troupeau à Mwali peut en effet constituer un signal d’alerte pour la santé des populations. Le communiqué de la mission souligne ainsi que « l’objectif est d’améliorer la collecte, l’analyse et le partage des informations relatives aux maladies animales. Cette démarche repose sur une collaboration accrue entre les services vétérinaires, les professionnels formés en épidémiologie de terrain et les agents de santé communautaire ».
Cette approche, connue sous le nom d’« Une seule santé » (One Health), repose sur un principe : la santé humaine ne peut être dissociée de celle des animaux et de leur environnement. Le dernier volet de la mission a porté sur la communication des risques auprès des communautés. Du 12 au 16 octobre, à Moroni, une formation a réuni des professionnels issus de secteurs qui collaborent rarement : médecins, vétérinaires, environnementalistes et météorologues. Au cœur des échanges, la manière de transmettre efficacement les informations sur les risques sanitaires aux populations. Il ne suffit pas de diffuser une consigne sanitaire : encore faut-il qu’elle soit comprise et acceptée. Les participants ont ainsi travaillé sur des cas pratiques, à partir de supports pédagogiques du Réseau océanien de surveillance de la santé publique (ROSSP), adaptés au contexte comorien par deux experts comoriens formés à Madagascar.
Désormais, l’enjeu est de pérenniser les acquis de cette mission et de les inscrire dans les pratiques quotidiennes des services. Un accompagnement est prévu à cet effet. Pour les acteurs de terrain, les premiers effets de cette démarche se font déjà sentir. « Ces activités nous aident à mieux travailler ensemble et à rester à l’écoute des communautés pour repérer les alertes plus tôt et réagir plus vite », explique Outiati Ahmed Selemane, responsable de la surveillance épidémiologique de la région sanitaire d’Anjouan.
El-Aniou Fatima
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