Abdou Amirnat, l’une des principales figures du mouvement de grève d’El-Maarouf, n'est pas seulement une sage-femme de formation, elle est devenue, au fil des luttes, le visage d’un syndicalisme comorien actif, alliant la douceur du soin à la fermeté de la revendication. Son parcours, jalonné de défis et de victoires discrètes, dessine le portrait d’une femme pour qui l’éthique n’est pas une option, mais une boussole.
Tout commence au Maroc, où elle forge ses premières armes. Sage-femme diplômée en 2012, elle rentre aux Comores habitée par le désir de servir. Six années durant, elle œuvre au centre hospitalier de Mitsoudje, avant de rejoindre en 2018 le CHN El-Maarouf. C'est au moment de la COVID-19 qu'elle prend conscience des failles du système. Sa rigueur naturelle et son sens de l’organisation la propulsent rapidement hors du cadre strictement clinique. Sage-femme de vocation et fonctionnaire, rien ne l'obligeait à s’exposer pour les droits de ses collègues contractuels. Pourtant, c’est en première ligne, portée par une intégrité qui ne connaît ni le calcul ni le compromis, qu’elle mène le combat pour la dignité de tous.
Aujourd’hui mise à la disposition du ministère de la santé, elle cumule de hautes responsabilités de syndicalisme : secrétaire générale à l'organisation du syndicat des agents de santé, secrétaire par intérim à la CTTC, et présidente du comité des jeunes. Elle incarne cette nouvelle génération de leaders capables de naviguer dans les hautes sphères administratives sans jamais trahir le terrain. Pour elle, le syndicalisme n’est pas une posture de représentation, c’est une mission de protection. Au cœur de son engagement se trouve un mot qu’elle porte comme une armure : « la dignité, » affirme-t-elle, avec une conviction qui force le respect. Pour elle, le droit n’est pas une faveur, mais un dû. Elle avertit, avec la sagesse de celle qui connaît la valeur de l'humain : « Il y a des limites qu'il ne faut pas franchir. Si on touche à la dignité des autres, c’est tout ou rien. »
Cette intransigeance, elle assure l’avoir reçu en héritage dès sa tendre enfance. Une loyauté absolue envers ses « frères et sœurs de combat » définit sa méthode. Elle ne cherche pas la lumière des projecteurs pour sa propre gloire, mais pour éclairer les conditions de ceux qui soignent dans l’ombre. Sa ligne rouge : toute négociation qui sacrifierait l’humain sur l’autel de la bureaucratie est vouée à l’échec. Malgré cette image de femme de poigne, Abdou Amirnat demeure une élève perpétuelle de la vie. Elle cite volontiers l’appui technique de l’OIT. Mais son mentor le plus précieux se trouve dans l’intimité du foyer. Son époux, juge de formation, est son port d’attache et son régulateur.
« Il me soutient, me donne l’équilibre. Il est là pour me corriger en cas d’impulsivité », confie avec une humilité désarmante. Dans un univers syndical parfois électrique, cette voix de la tempérance lui permet de transformer ses élans de colère en stratégies de négociation efficaces. C’est dans ce dialogue constant entre l’instinct de justice et la réflexion qu’elle puise sa force de frappe. Derrière l'assurance du leader, subsistent les doutes de l'humain. « Parfois, j'ai peur », avoue-t-elle lorsqu'elle évoque la responsabilité de porter la voix de centaines de travailleurs. Mais cette vulnérabilité est précisément ce qui la rend authentique. Elle refuse le piédestal pour privilégier le bloc. « Ce sont mes collègues qui me disent : "Avance, mets-toi devant, on est derrière toi". »
Abdou Amirnat est la preuve que l’on peut diriger sans écraser. De la maternité, où elle aidait les vies à éclore, aux tables ministérielles, où elle aide les droits à exister, sa trajectoire reste la même : celle d’une sentinelle. Pour tenir tête aux dits puissants, elle a compris qu'il fallait être en paix avec ses racines et savoir écouter ceux qui nous aiment assez pour nous contredire. Un leadership de respect, de sang-froid et de cœur.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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