La Gazette

des Comores

Portrait / Dr Soumaila Ahmed dit Lakana : Guérisseur du corps et de l’esprit

Portrait / Dr Soumaila Ahmed dit Lakana : Guérisseur du corps et de l’esprit © : HZK-LGDC

Dans un monde où les diplômes se muent parfois en paperasse stérile, le docteur Soumaila Ahmed, alias Dr Lakana, incarne l’union rare entre la pensée et la pratique. Philosophe de formation, enseignant à l’Université des Comores à Patsy, cet homme venu de Bandrani est devenu une figure emblématique de la réflexologie thérapeutique dans l’archipel, après des études supérieures à Tulear, Madagascar.


Court de taille mais grand par son humanité. Lakana est décrit par ses patients comme un « sage qui soigne sans bruit ». Son cabinet, toujours rempli, accueille des hommes et des femmes venus des quatre îles, souvent après de longs mois de souffrance. Douleurs nerveuses, sciatique, séquelles d’AVC ou encore règles douloureuses : « Il apaise, soulage et rétablit par le toucher, dans une approche à la fois corporelle et spirituelle ». Mais ce qui le distingue, c’est sa capacité à lier la philosophie à la réflexologie. Pour lui, soigner le corps, c’est dialoguer avec l’esprit. Chaque nerf est une pensée, chaque douleur une idée refoulée. Dans sa vision, « la main du masseur est un prolongement du raisonnement du philosophe ». Cette double posture fait de lui un passeur de sens, capable de redonner confiance à des personnes que la médecine classique avait parfois condamnées au désespoir.

 

L’histoire de Lakana n’a rien d’un hasard. Il raconte qu’à l’université, il souffrait d’une diarrhée chronique qui le vidait de toute énergie. Un vieux réflexologue, rencontré par providence, le soigna et lui transmit son savoir. Ce fut pour lui un tournant. « Il m’a donné le goût de comprendre le corps comme on comprend un texte sacré », confie-t-il. Depuis, il a fait de cette science ancienne, née dans les temples d’Égypte et perfectionnée en Chine, un outil social de guérison. Dans un pays où les infrastructures médicales restent précaires, la réflexologie qu’il pratique offre une alternative populaire, accessible et efficace. C’est là que réside la valeur sociale de son travail : il rend la santé possible sans ordonnance, il redonne dignité aux malades et espoir aux familles.

 

« Après moi, j’ai amené ma belle-mère et ma femme. Nous sommes tous guéris », confie M. Michel, fidèle patient. « Grâce à Lakana et à la grâce d’Allah, mon frère a retrouvé ou presque ses facultés après un AVC », ajoute Mr Mikidache de Mremani, responsable du syndicat des transporteurs Usukani Wa Masiwa. Parallèlement, Lakana ne garde pas son savoir pour lui. Il a déjà formé une femme, Nadjate, pour perpétuer cette vocation. Car, pour lui, la réflexologie n’est pas qu’un métier : c’est une mission sociale. Dans les stades, il prodigue bénévolement des soins aux joueurs blessés, sans distinction de club ni d’origine. « Court de taille, mais grand en service », dit de lui son collègue Ankili Mahamoud. Ce mélange de philosophie du don et de passion thérapeutique a fait de Lakana un symbole d’espoir dans un archipel en quête de repères humains. Aujourd’hui, son nom dépasse les frontières. On parle de lui comme du « philosophe qui soigne par la main », un homme qui a su transformer la souffrance en sagesse, et la philosophie en réflexologie salvatrice. Entre raison et compassion, Dr Lakana réconcilie l’esprit et le corps, la foi et la science, l’homme et l’humanité.

 

Younes

 


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