Une campagne de sensibilisation pour le dépistage du cancer du sein a été menée au cours de ce mois d’octobre par l’Accf, avec l’appui notamment du Centre d’Imagerie. Mais après le dépistage, pour les cas suspects, se pose une lourde question : quid de la prise en charge sachant qu’il n’existe pas de service d’oncologie aux Comores, ni de stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pathologie.
Octobre rose. Une marche de sensibilisation pour le dépistage des cancers gynécologiques, plus particulièrement le cancer du sein a eu lieu ce 30 octobre à Moroni sur l’initiative de l’Association Comorienne contre le Cancer chez la Femme. Le cortège a débuté au niveau du marché central Volovolo vers Magoudjou et a bifurqué à Mangani pour finir sur la place de l’Indépendance où des discours ont été tenus. Vêtus de rose, (la couleur dédiée à la campagne de sensibilisation), les participants à la marche, ont durant tout le trajet, expliqué, vulgarisé ce qu’était le cancer du sein et l’importance du dépistage.
Au sujet du dépistage du cancer du sein justement, la chargée de l’implantation de l’Accf au niveau national, Zahara Abdallah a tenu à faire savoir que dans le cadre de la sensibilisation, un dépistage à prix réduit dans le seul centre d’imagerie à Ngazidja a été négocié. « Nous avons demandé au Centre d’Imagerie de revoir le coût du dépistage afin de pousser le plus grand nombre de femmes à le faire, le prix est ainsi passé de 37 500 à 20 000 fcs », a-t-elle dit.
Dépister mais ensuite ? « Il est vrai que souvent, grâce au dépistage précoce, des cas suspects se présentent et nous sommes angoissées parce que pour les femmes les plus vulnérables, il n’y a aucun moyen de se faire traiter aux Comores ». Si bien que lasses, elles se demandent, « à quoi bon savoir si nous avons des moyens très limités d’action ? ».
Il est vrai qu’aux Comores, il n’existe encore aucune stratégie nationale de prévention et de lutte contre le cancer du sein. Il n’existe pas non plus de service d’oncologie ni même des données officielles sur cette pathologie. « Selon des données recueillies auprès de gynécologues, sur les diagnostics portant sur les cancers, 40% concernent des femmes, ce qui nous a renforcé dans la mobilisation des femmes pour lutter contre la maladie », a-t-elle dit.
L’Accf vient de payer un lourd tribut : en effet, ce mois-ci à 24 heures d’intervalle, elle a perdu deux de ses membres des suites d’un cancer du sein. « L’une d’entre elles devait être là avec nous ce matin mais elle nous a quittées le lundi dernier », a regretté Zahara Abdallah. « Nous nous sommes rendu compte que ces malades sont abandonnées à elles-mêmes, la preuve, le cancer ne figure même pas sur la liste des journées internationales dédiées aux maladies ici, sans stratégie gouvernementale, les organismes ne nous seront d’aucune aide », a-t-elle déclaré. Avec ce constat alarmant : les cancers gynécologiques prennent de l’ampleur et nous ne disposons pas d’un centre de dépistage précoce, ni d’un centre de traitement, ni de prise en charge ».
Pour se soigner, les plus chanceuses se rendent dans les pays de la région, Madagascar, Maurice. « Un médecin m’a dit que certaines comoriennes commençaient la chimiothérapie à Antananarivo mais disparaissaient au bout de quelques temps, faute de moyens pour la poursuivre », a témoigné Zahara Abdallah. D’autres « se rendent à Mayotte en Kwasa et voir si de la-bàs, elles peuvent être transférées sur l’île de la Réunion ».
Les plus vulnérables sont abandonnées à leur sort par l’Etat comorien, l’Accf tente tant bien que mal « de les assister, de jouer les psychologues, de calmer les angoisses ». C’est « pour cela que nous poussons ce cri d’alarme afin que les autorités ouvrent ce centre de dépistage et surtout assurer la prise en charge des malades ». Un vœu pieux ?
Fsy
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