La situation sanitaire régionale suscite une vive inquiétude. La variole simienne (Mpox), une maladie virale potentiellement grave, circule actuellement à Madagascar et a déjà été signalée à Mayotte. Face à cette menace, les autorités sanitaires comoriennes ont annoncé plusieurs mesures de prévention pour empêcher l’introduction du virus sur le reste du territoire national. Mais sur le terrain, de nombreuses voix s’interrogent : ces dispositions sont-elles réellement à la hauteur du danger ?
L’inquiétude s’est accentuée cette semaine avec l’arrivée de deux navires en provenance de Madagascar, appartenant aux compagnies maritimes ACADIE et FATIMA. Dans un contexte marqué par la recrudescence des cas de Mpox dans la région, la population redoute une éventuelle entrée du virus par voie maritime. Beaucoup estiment que les mesures appliquées restent limitées. Le navire MV ACADIE, parti du port de Majunga le week-end dernier, a fait escale à Mutsamudu, avant de rallier Moroni. Son accostage dans la capitale a été retardé de plusieurs heures, suscitant interrogations et tensions parmi les passagers. Selon des sources concordantes, l’ensemble des voyageurs a été soumis aux contrôles prévus par les protocoles sanitaires en vigueur, en coordination avec les autorités compétentes.
Concrètement, ces mesures se sont traduites par la désinfection du navire et des colis, le lavage des mains, la prise de température, le port obligatoire du masque et la présentation d’un certificat médical attestant l’absence de symptômes. Des dispositions jugées insuffisantes par une partie de la population, en l’absence de dépistage systématique ou de tests PCR à l’arrivée.
« Je suis très inquiète. Tous ces passagers en provenance de Madagascar représentent un réel danger », confie une citoyenne comorienne sous couvert d’anonymat. « Si la situation était inversée, les frontières auraient déjà été fermées. On l’a vu récemment avec le choléra. Aujourd’hui, j’ai l’impression que nos autorités ne font pas assez pour nous protéger. »
Ce sentiment de frustration est alimenté par le décalage perçu entre les annonces officielles et la réalité sur le terrain. La semaine dernière, le ministère de la Santé et ses partenaires avaient pourtant présenté un plan de riposte prévoyant une surveillance renforcée aux points d’entrée, notamment dans les ports et les aéroports, ainsi qu’un dispositif de contingence incluant un suivi sanitaire rigoureux. Or, l’absence de tests PCR et de dépistage systématique à l’arrivée soulève de sérieuses interrogations. Les autorités portuaires indiquent, de leur côté, que l’identité des voyageurs est relevée et que ces derniers seront suivis après leur entrée sur le territoire. « Les passagers pourront être convoqués pour des contrôles sanitaires supplémentaires si nécessaire », assure un responsable de l’immigration. Mais dans les faits, aucun dépistage n’est effectué sur place, ce qui alimente le doute et l’inquiétude au sein de la population.
À bord du navire, la tension était palpable. Mariama, passagère du MV ACADIE, témoigne : « Nous sommes restés bloqués depuis 8 heures du matin avant de pouvoir entrer au port de Moroni. À Mutsamudu, des passagers ont refusé de monter à bord par peur d’attraper la maladie. C’est compréhensible. Nous, nous avons été testés et avons respecté toutes les mesures, mais la peur est là. »
La même situation a été observée à l’arrivée du bateau FATIMA, dont les passagers ont été soumis aux mêmes protocoles. Là encore, de nombreuses voix dénoncent des mesures jugées trop légères. « On entend beaucoup de discours, mais très peu d’actions concrètes à la hauteur de l’urgence », déplore Saïd Youssouf, notaire rencontré à proximité des douanes de Moroni. « Pourquoi ne pas fermer temporairement les frontières pour limiter les risques ? » s’interroge-t-il, avant de conclure : « Une fois le virus introduit dans le pays, il sera trop tard pour réagir. » Si aucun cas de Mpox n’a été enregistré à ce jour, la crainte d’une propagation rapide demeure. Fortes des leçons tirées des crises sanitaires précédentes, notamment celles liées à la Covid-19 et au choléra, de nombreuses voix appellent à un renforcement immédiat des mesures de prévention. Car la variole simienne peut entraîner des complications graves, voire mortelles dans certains cas. Dans ce contexte, les autorités sanitaires sont attendues sur des décisions plus fermes afin de protéger la population et prévenir une éventuelle épidémie. La santé publique est en jeu, et pour beaucoup, le temps n’est plus aux demi-mesures.
Hamdi Abdillahi Rahilie (Stagiaire)
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC