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Lutte contre les cancers féminins Abderemane Saïd Cheik : « M'engager auprès des femmes pour cette cause, c'est prendre ma part de responsabilité »

Lutte contre les cancers féminins Abderemane Saïd Cheik : « M'engager auprès des femmes pour cette cause, c'est prendre ma part de responsabilité » © : HZK-LGDC

Il est le seul homme. Au sein de l'Association Comorienne contre le Cancer chez la Femme, qui lutte depuis 2019 contre les cancers du sein et du col de l'utérus aux Comores, Abderemane Saïd Cheik fait bande à part. Pour Octobre Rose, sa voix détonne, il rappelle une évidence : cette lutte n'est pas qu'une affaire de femmes. Rencontre avec celui qui veut impliquer les hommes dans la noble cause. Interview.


Question : Qu’est-ce qui vous a amené à rejoindre l’ACCF ?

 

Abderemane Saïd Cheik : J'ai adhéré à l’ACCF étant convaincu que ce combat ne concerne pas que les femmes. Il nous concerne tous. Nos familles, notre société toute entière. En tant qu'homme, je ne voulais pas rester un simple spectateur. Je me suis dit que je devais agir, à mon niveau. Aider à faire passer le message, à briser le silence, à inciter les femmes à se faire dépister. Pour moi, rejoindre l'ACCF, c'était passer d'une idée à un acte.

 

Question : On entend souvent que c'est "une histoire de femmes". Pourquoi, selon vous, les hommes doivent-ils se sentir concernés ?

 

A.S.C : Parce qu'aucune femme ne doit traverser cette épreuve seule. Derrière une malade, il y a un conjoint, un père, un fils, une famille entière qui est ébranlée. Les hommes ont un rôle à jouer. On peut faire bouger les lignes, encourager nos proches à aller se faire contrôler, être là au quotidien. Et surtout, aider à lever la honte (tabou) qui entoure encore la maladie. S'engager, ce n'est pas parler à la place des femmes. C'est se tenir à côté d'elles. Les écouter. Les épauler. Et faire en sorte qu'elles puissent parler de leur santé sans avoir à se cacher.

 

Question : Concrètement, comment un homme peut-il aider sa femme, sa mère, sa sœur ou son amie ?

 

A.S.C : D'abord, en osant en parler. Il faut dire aux femmes qui nous entourent de ne pas remettre à demain un dépistage ou une consultation par peur ou par pudeur. Ensuite, en étant présent, vraiment. Le soutien, ce n'est pas qu'une question de mots. C'est accompagner à un rendez-vous médical, donner un coup de main à la maison, rester leurs côtés pendant les traitements ou simplement les écouter quand il le faut. Et enfin, en bannissant les jugements. Une femme qui ose dire qu'elle est malade ne devrait jamais avoir à se sentir coupable ou obligée de se cacher. Nous, les hommes, on a aussi un travail à faire entre nous. Parler à un ami, à un frère, à un collègue, ça peut aider à faire évoluer les mentalités.

 

Question : Quelle est la rencontre ou le moment qui vous a le plus marqué depuis votre engagement ?

 

A.S.C : Ce qui me frappe le plus, c'est de voir que la maladie touche des femmes de plus en plus jeunes, parfois en plein milieu de leur vie. Et puis il y a les rencontres. Quand vous écoutez le parcours d'une femme qui a traversé ou qui traverse le cancer, vous comprenez que derrière ce mot, il y a des histoires de vie, des angoisses, des batailles, mais aussi une force et une dignité incroyables. Ça m'a fait comprendre l'urgence d'agir en amont, avec l'information et la prévention. J'ai aussi compris qu'on n'a pas besoin d'être médecin pour être utile. Parfois, convaincre une personne d'aller consulter, ou juste être là, ça change déjà beaucoup.

 

Question : Quel message aimeriez-vous faire passer à ceux qui hésitent encore à franchir le pas ?

 

A.S.C : Que cette cause les concerne directement. Qu'ils regardent autour d'eux : nous avons tous une mère, une conjointe, une sœur, une fille, une cousine, une amie, une collègue qui peut être touchée demain. Il ne faut pas attendre d'être confronté personnellement au cancer pour réagir. S'engager, ce n'est pas forcément faire de grandes choses. Ça commence par un mot, une discussion, un accompagnement, un tabou que l'on refuse. Être un homme engagé là-dedans, ce n'est pas prendre la place des femmes, c'est assumer sa part de responsabilité. Alors à tous ceux qui hésitent, je leur dis : sortons du silence. Parlons-en. Soutenons nos femmes. Faisons de la prévention l'affaire de tous.

 

Propos recueillis par Hamdi Abdillahi Rahilie

 

 


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