Malgré les efforts considérables déployés en décembre dernier pour lutter contre le paludisme, une recrudescence des cas se fait ressentir à Ngazidja. La coordinatrice explique cette augmentation par le manque d’adhésion de la population cible. Elle appelle à nouveau les habitants à collaborer pour mieux lutter contre cette épidémie.
Depuis quelques semaines, le paludisme sévit sur l’île de Ngazidja. À Moroni et dans les villes et villages avoisinants, un seul mot est sur toutes les lèvres : « le paludisme ». Les hôpitaux sont presque bondés de patients souffrant de cette maladie. Contactée par nos soins, la coordinatrice du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) a exposé plusieurs facteurs pouvant expliquer cette recrudescence, notamment les conditions climatiques favorables à la multiplication des cas. L’eau stagnante, les citernes non couvertes et les ordures entassées constituent des gîtes propices aux moustiques vecteurs du paludisme, tout comme le manque d’adhésion de la population au traitement de masse.
« Il y a plusieurs endroits où les personnes étaient réticentes à prendre les médicaments », a révélé Dr Hadjira Abdoulatuf, qui fait face à une situation où la population semble ne pas adhérer pleinement aux efforts mis en place. Bien que le traitement ait été proposé gratuitement, de nombreux habitants de Moroni et ses environs, où la situation est la plus critique, ont montré peu d’enthousiasme à suivre les prescriptions jusqu’au bout. « Les gens venaient parce que c’était gratuit, mais peu ont réellement suivi le traitement jusqu’à la fin », a-t-elle constaté. Le manque d’adhésion est également exacerbé par des comportements de non-respect des protocoles. « Les malades, quand on leur donne le traitement, la majorité ne le termine pas. Ils prennent les médicaments et, lorsqu’ils se sentent mieux, ils arrêtent », a expliqué Dr Hadjira.
Cette situation compromet l’efficacité des traitements et permet au paludisme de se propager plus rapidement, en particulier dans les zones les plus touchées de Ngazidja. La résistance à la prise en charge n’est pas le seul obstacle. Le climat, avec ses récentes inondations, a également favorisé la multiplication des gîtes larvaires et la prolifération des moustiques. C’est ce qui rend la situation à Ngazidja alarmante. « Le nombre de cas est bien plus élevé ici parce que, même si les moustiques sont présents, beaucoup de personnes ne respectent pas le traitement », a noté Dr Hadjira.
Un autre facteur aggravant est la vente illégale de médicaments antipaludiques. Dr Hadjira a dénoncé ce commerce illégal, qui nuit gravement aux efforts de lutte. « Beaucoup vendent des médicaments contre le paludisme. Certains revendent ceux que nous distribuons, et d’autres se procurent des médicaments à Dar-Es-Salam pour les revendre ». Pourtant, les autorités ont rendu les médicaments antipaludiques gratuits, même dans les établissements privés.
Pour contrer l’inefficacité des mesures dans certaines zones, plusieurs stratégies ont été mises en place, telles que la pulvérisation intra-domiciliaire et la distribution de moustiquaires imprégnées, dans des quartiers comme Mbadjini Est et Oichili-Dimani. Cependant, la clé du succès repose sur l’adhésion pleine et entière de la population. « Nous approvisionnons les établissements privés avec des médicaments contre le paludisme. La population a le droit de refuser qu’on lui vende ces médicaments », a souligné Dr Hadjira, appelant à un engagement fort de la part de tous pour endiguer cette épidémie.
Face à ce constat préoccupant, la lutte contre le paludisme à Ngazidja reste l’affaire de tous. Elle dépendra en grande partie de la capacité des autorités sanitaires à sensibiliser et convaincre la population de l’importance de suivre les traitements et de respecter les protocoles nationaux.
Mohamed Ali Nasra
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