Rentrée au pays après plusieurs années en Chine, Salouoi Adam Youssouf revient diplômée en pharmacie de l'Anhui University of Chinese Medicine et en chimie médicinale de la prestigieuse China Pharmaceutical University. Entre rigueur exemplaire des laboratoires chinois et ambition affirmée de bâtir un pont pharmaceutique durable entre Pékin et Moroni, elle raconte avec lucidité son parcours, ses défis et son rêve pour son pays. Elle a accepté de répondre à nos questions. Interview.
Question : Qu'est-ce qui vous a poussé vers la pharmacie et pourquoi la Chine ?
Salouoi Adam Youssouf : Depuis l'enfance, je suis fascinée par l'action des médicaments sur le corps humain. Mon père et moi souffrons de migraines sévères pour lesquelles nous n'avions que des remèdes à base de plantes, jamais de traitement curatif. Cette lacune est devenue ma vocation : transformer la molécule en soin concret. Aux Comores, je pensais qu'il fallait faire médecine pour produire des traitements. Je suis d'abord partie pour cela. Après l'apprentissage du chinois, j'ai découvert l'immensité de la pharmacie et j'ai bifurqué. La chimie médicinale, c'est concevoir, synthétiser et optimiser des molécules actives. C'est exactement ce que je voulais. On m'a un jour demandé : vous voulez vendre du Doliprane ? J'ai répondu : non, je veux apprendre à le fabriquer.
Question : Comment s'est passée votre intégration ?
S.A.Y : Le choc culturel était réel. Mes cours de licence et de master étaient en anglais, mais tout le reste se passait en chinois : les repas, les courses, les réunions de laboratoire. Au début, je ne comprenais rien. J'ai beaucoup travaillé avec mes camarades chinois et aujourd'hui je suis des discussions scientifiques en chinois. J'ai été émerveillée par l'histoire millénaire, la cuisine, le Nouvel An chinois, mais aussi par la modernité : technologies de pointe, rapidité, efficacité des transports. Dans ce rythme intense, j'ai trouvé une chaleur humaine inattendue et des amitiés venues du monde entier.
Question : Que ramenez-vous de Chine ?
S.A.Y : Bien plus qu'un diplôme, une méthode. Les laboratoires fonctionnent avec une discipline impressionnante. J'y ai maîtrisé la RMN, la spectrométrie de masse, la chromatographie et la thermophorèse microscopique (MST) pour mesurer les interactions moléculaires. J'ai appris à ne rien laisser au hasard, à vérifier, recommencer, tout documenter. Et je garde ce que j'appelle la persévérance tranquille : une intensité silencieuse, sans plainte. Pendant mon master, je passais des journées sur une réaction qui échouait. Mes collègues ajustaient et recommençaient sans cesse. Aujourd'hui, face à un obstacle, je cherche une autre voie, je n'abandonne pas.
Question : Quel est votre projet futur pour les Comores ?
S.A.Y : Mon retour est d'abord un temps de retrouvailles, de repos auprès de ma famille. Professionnellement, j'observe. Mon rêve est de devenir un pont entre la Chine et les Comores : identifier et convaincre des entreprises pharmaceutiques chinoises d'investir ici, pour garantir des médicaments de qualité, accessibles, créer des emplois et former des talents. Aux jeunes Comoriennes qui hésitent, je dis : osez l'inconnu, transformez chaque difficulté en force et restez connectées à vos racines. Où que vous alliez, vous êtes ambassadrices des Comores avec fierté et honneur absolu.
Propos recueillis par Hamdi Abdillahi Rahilie
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC