Depuis le début du mouvement de grève du personnel soignant contractuel, l'hôpital de référence semble retenir son souffle. Entre des services de soin au bord de l’asphyxie, un personnel fonctionnaire épuisé et des renforts étudiants encore trop fragiles comme appui, l’établissement vit des heures difficiles.
En franchissant le hall du bâtiment principal, autrefois bondé de monde le matin, le constat est immédiat : l’effervescence a laissé place à une paralysie feutrée. Dans les différents services de soins, le “ service minimum ” n’est plus qu’un concept théorique, car sur terrain, c’est une lutte contre l’épuisement. Les quelques rares fonctionnaires encore en poste tentent de colmater les brèches. Épuisés, ils multiplient les gardes et assument des charges de travail normalement réparties sur des équipes entières auparavant, luttant chaque minute pour maintenir la continuité des soins. « Nous essayons de relever le défi, mais sans nos collègues contractuels, nous sommes comme amputés », confie une infirmière des Urgences, le regard marqué par les cernes.
Un des majors de l’hôpital, ne cache pas son désarroi. Submergé, il a dû improviser des transferts de stagiaires d’un pôle à l’autre pour assurer et maintenir les activités techniques de base. Désespéré, il a même avoué avoir tenté de raisonner certains grévistes par téléphone, les suppliant de reprendre le travail. Pour pallier ce manque, l’administration a lancé un recrutement massif d’étudiants ressortissants de l’École de Médecine et de Santé Publique (EMSP). Si beaucoup de contrats sont signés, la réalité opérationnelle est tout autre. Ce renfort, bien que volontaire, manque cruellement d’expérience et de disponibilité faute d'alternance pour stabiliser un édifice qui vacille.
Au pôle chirurgical, la situation frôle l’inhumain selon une source interne. La semaine dernière, en plein jeûne, un chirurgien et son équipe réduite ont dû enchaîner des interventions d'urgence de 15h à 23h sans la moindre interruption. À bout de forces, ils ont dû solliciter l’aide en urgence d’un confrère du secteur privé pour terminer le programme opératoire. De la maternité à la néonatalogie, en passant par les urgences, le manque de personnel paramédical est criant. Beaucoup de services fonctionnent en mode dégradé, portée par des soignants qui ne tiennent plus que par devoir moral.
Dans les chambres d'hospitalisation, l’inquiétude grandit. Mme Mkapvapvo (nom d’emprunt), dont la fille est hospitalisée en pédiatrie depuis trois jours, témoigne : « Les visites des soignants sont de plus en plus espacées. On sent qu’ils courent partout, qu’ils sont à bout. L'état de mon enfant se stabilise au mieux, mais je crains qu’une urgence ne survienne, on sait jamais. » Même constat au centre d’imagerie, avec peu de médecins en poste et une partie du personnel en retrait, la continuité des soins est compromise.
Les salles d’attente, habituellement bondées, sont étrangement désertes. Les citoyens, conscients de la situation, semblent déserter l’hôpital de référence, ne s’y rendant qu’en cas d’extrême nécessité. Aujourd'hui, El-Maarouf survit grâce aux « moyens du bord ». Médecins et infirmiers partagent le même souhait : que ce calvaire prenne fin, que les contractuels retrouvent leurs postes et que l'hôpital puisse, enfin, soigner dignement ses patients.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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