Dans un entretien exclusif accordé à La Gazette des Comores, le Dr Hassanaly Abdoulanziz, chirurgien au Centre hospitalier de référence insulaire (CHRI) de Fomboni, livre un constat particulièrement sévère sur le fonctionnement de l’établissement. Selon lui, les médecins eux-mêmes portent une part importante de responsabilité dans la dégradation des services, sur fond d’ingérence politique et de perte d’autorité de la direction.
Le Dr Hassanaly Abdoulanziz ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque la situation actuelle du CHRI de Fomboni. Pour lui, le désordre qui règne au sein de l’établissement ne peut pas être imputé uniquement au manque de moyens. Les pratiques de certains professionnels de santé contribueraient également à fragiliser le fonctionnement de l’hôpital. « Chacun agit de son propre chef. Ils viennent au travail quand ils veulent, ils privilégient leurs cliniques privées et il n’y a plus personne pour les recadrer. Et moi, je fais partie de ces gens-là », reconnaît le chirurgien. Selon son témoignage, cette situation se traduit notamment par une présence irrégulière de certains médecins, des services insuffisamment entretenus et des conditions d’accueil dégradées. Il convient de noter également que l’état des douches de l’établissement est particulièrement préoccupant.
Le chirurgien estime par ailleurs que l’autorité du directeur de l’hôpital s’est progressivement affaiblie. Il attribue cette situation notamment à l’intervention de responsables politiques dans la gestion interne de l’établissement. « Les médecins sont plus écoutés que le directeur de l’établissement et, au final, chacun fait ce qu’il veut », déplore-t-il. Pour le Dr Abdoulanziz, les responsabilités sont partagées. « Les premiers responsables de cette situation, ce sont les médecins. Les deuxièmes, ce sont nos dirigeants politiques qui s’ingèrent dans les affaires internes de l’hôpital. Et troisièmement, ce sont les patients », affirme-t-il. Il invite notamment les usagers qui ne trouvent pas leur médecin à l’hôpital à dénoncer ces absences plutôt que de se rendre directement dans les cliniques privées.
Interrogé également sur le départ des médecins chinois autrefois affectés au CHRI de Fomboni, le chirurgien réfute toute responsabilité dans leur retrait. Il estime, cependant, qu’il était temps que les spécialistes présents localement prennent davantage leurs responsabilités. Il précise que leur départ était lié à une demande de l’hôpital de Bambao-Mtsanga Anjouan dans le cadre de son inauguration. Autre dossier préoccupant : le scanner livré au CHRI il y a environ trois ans, mais toujours pas mis en service. Le Dr Abdoulanziz déplore qu’un équipement acquis pour près d’une centaine de millions de francs puisse rester inutilisé pour des problèmes de câblage et d’accessoires, dont le coût serait estimé à environ huit millions de francs. Pour le chirurgien, cette situation illustre les dysfonctionnements qui empêchent encore le CHRI de Fomboni de jouer pleinement son rôle d’hôpital de référence de l’île.
Riwad
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