Médecin généraliste à Moroni, le Dr Ismaël Mhoudine Said, alias Dr Rahmou, constate chaque année une hausse de 30% des AVC ischémiques et hémorragiques durant le Anda et l'Aïd. Un pic qu'il attribue directement au relâchement du suivi médical et aux excès festifs. Il a accepté de répondre aux questions de La Gazette des Comores.
Question : Vous évoquez une augmentation de 30% des AVC pendant les festivités. Pouvez-vous préciser votre constat : sur quelle période et quel est le profil type des patients concernés ?
Dr Ismaël Mhoudine Said : Il faut comprendre que le risque cardiovasculaire explose dès 65 ans. C'est le profil que nous voyons le plus en consultation et aux urgences pendant les trois à quatre mois de festivités, y compris les préparatifs du Anda. Ce sont des patients de plus de 65 ans, hypertendus, diabétiques, ou les deux à la fois. Mais un phénomène nouveau et inquiétant apparaît : des AVC hémorragiques chez des adultes jeunes, de 50 à 55 ans, sans autre antécédent que l'alcoolisme chronique, la fameuse petite bouteille devenue un fléau.
Question : Vous citez le manque de suivi, le défaut d'observance thérapeutique et les excès alimentaires. Concrètement, comment ce triptyque peut-il déclencher à la fois un AVC ischémique et un AVC hémorragique ?
Dr I.M.S : C'est une question d'observance stricte. Un diabétique ou un hypertendu a un traitement à vie. Quand il saute des prises ou arrête, il déséquilibre toute sa régulation vasculaire. Un diabète déséquilibré détruit les vaisseaux, favorise les plaques d'athérome, bouche les petites artères et peut provoquer une ischémie cérébrale, mais aussi une hémorragie. Pour l'hypertension, c'est identique : excès de sel, manque d'eau remplacée par sodas ou boissons énergisantes, absence de marche quotidienne de 30 minutes fragilisent la paroi vasculaire. Une poussée tensionnelle peut rompre un vaisseau et causer un AVC hémorragique, ou obstruer l'irrigation et provoquer un AVC ischémique. L'hypertension fatigue aussi le cœur, qui n'irrigue plus correctement le cerveau. Pendant les fêtes, l'adrénaline et l'euphorie donnent une fausse sensation de forme. Le patient se croit guéri et oublie son traitement. Tout s'accumule jusqu'à la décompensation : une fois les festivités terminées, l'organisme n'a plus de réserves et c'est l'explosion des urgences.
Question : Ce pic semble évitable. Quelles sont vos recommandations concrètes pour la population et pour le système de santé comorien afin d'éviter la rupture de traitement ?
Dr I.M.S : Il est évitable. Pour la population, la règle est simple : festivités ou pas, on respecte son traitement. Si le médecin dit matin, midi et soir, on respecte l'horaire et la posologie sans exception. On limite le sel à une cuillère par jour maximum, on boit de l'eau et on garde 30 minutes de marche quotidienne, même en période de Anda. Pour le système de santé, il faut anticiper ce pic prévisible. Renforcer la sensibilisation avant l'Aïd et le Anda, organiser des rappels de renouvellement d'ordonnances, éviter toute rupture de stock de médicaments essentiels et maintenir des consultations accessibles pendant les fêtes.
Propos recueillis par Hamdi Abdillahi Rahilie
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