La Gazette

des Comores

CHRI de Samba, un centre polyvalent

CHRI de Samba, un centre polyvalent © : HZK-LGDC

Associé aux épidémies de choléra, de Covid-19 et de la mpox, le centre hospitalier régional insulaire de Sambakouni peine à attirer les patients pour les soins courants. Pourtant, sur place, l’établissement affiche des couloirs calmes, des services complets et des protocoles de sécurité stricts. Reportage dans un hôpital qui cherche à reconquérir la confiance des citoyens comoriens.


Dès l’arrivée, le contraste frappe. On s’attend à une zone médicalisée, austère, marquée par l’urgence. On découvre un vaste domaine de plusieurs hectares, aéré, sous un ciel d’un bleu franc. Des bâtiments propres, bordés d’arbustes taillés et de pelouses entretenues. Des panneaux solaires sur les toits captent la lumière. Aujourd’hui le CHRI de Sambakouni est un hôpital ouvert, calme, où l’espace respire. Mais depuis la période Covid, les patients se font rares. Pourtant, sa vocation dépasse la gestion des crises sanitaires. « On associe souvent l'hôpital de Sambakouni aux épidémies. Je le comprends. Mais notre vocation première, c’est d’être un Centre Hospitalier Régional Insulaire. L’unité épidémie n’est qu’une partie de notre mission, activée en cas d’urgence. Au quotidien, nous sommes un hôpital généraliste complet qui soigne tant d'autres maladies. La population doit le savoir », rappelle Djamila Bacar, surveillante générale de l'établissement.

 

Au quotidien, Sambakouni fonctionne comme un hôpital complet : Médecine générale, urgences adultes et pédiatriques et pédiatriques, gynécologie-obstétrique, urologie, pneumophtisiologie-lèpre, neurologie avec prise en charge des AVC et de l’HTA, ainsi que le suivi des maladies chroniques tels que les patients diabétiques : plus d’une dizaine de médecins spécialistes et généralistes y exercent. Le plateau technique suit : bloc opératoire, maternité avec suites de couche, consultations prénatales, planification familiale, laboratoire d’analyses, centre d’imagerie avec échographie et radiologie, pharmacie interne et service de stérilisation. « Depuis l’après-Covid, les patientes ont peur. Certains appellent même ce site “Sambacorona”. C’est dur à entendre quand on voit notre maternité, bien équipée, quasi vide. On tourne à 5 ou 6 naissances par mois. C’est très peu pour notre capacité. On a des salles propres, du personnel formé, un bloc en cas de césarienne, et un forfait très abordable pour l’accouchement. Les femmes de la région pourraient accoucher ici en sécurité, sans attendre des heures à Moroni. Mais la peur bloque tout », nous a raconté Soibira Abdallah, sage-femme et major au service maternité.

 

La peur reste la contagion. Pour y répondre, l’hôpital a cloisonné ses flux. Les patients épidémiques arrivent par une voie séparée, à l’arrière du site, directement vers des mobiles homes installés “très loin des autres services”. L’ambulance emprunte un chemin dédié. Un patient qui serait venu en consultation générale ne croiserait donc pas ce circuit. Aussi, la désinfection est permanente. Des agents du Croissant-Rouge comorien sont dépêchés en continu sur la zone prise en charge des épidémies. Tout le circuit et l’unité de soins sont traités selon le protocole. Surtout, le personnel est sectorisé. « Les équipes qui prennent en charge de la mpox, par exemple, ne sont pas les mêmes que celles qui accueillent le public général », précise Djamila Bacar. Vestiaires, plannings et zones de repos sont distincts. « Notre protocole fait du site hospitalier de Sambakouni un des lieux de soins les plus cloisonnés du pays », affirme-t-elle.

 

L’autre atout est l’espace. Là où El-Maarouf sature, Sambakouni offre de grandes terrasses, un coin emménage pour les proches des malades en cas de besoin pour s'allonger ou pour prier et même une cuisine mise à disposition des visiteurs. Les patients gagnent du temps : consultation, prise de sang et retrait des médicaments se font sur place, sans allers-retours. Moussa Alhadhuri, 42 ans, originaire d’Itsandra, a témoigné après sa consultation aux urgences : « Je suis venu la boule au ventre à cause des rumeurs, mais avec la grève à El-Maarouf j'ai dû venir ici. Je n’ai vu aucune ambulance portant un cas d'épidémie, aucun malade grave. En une matinée, j’ai vu le médecin, fait mon bilan et eu mes médicaments. Si j’avais su, je serais venu avant. C’est un hôpital normal, mais avec de la place et du calme. » Le centre hospitalier veut redevenir un hôpital de proximité. Les équipements, les soignants et les protocoles sont en place. Il ne manque que les patients pour franchir ses portes en toute confiance.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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