La Gazette

des Comores

CHN El-Maarouf : Un service vital en sursis

CHN El-Maarouf : Un service vital en sursis © : HZK-LGDC

La revendication des contractuels de l’hôpital de référence a provoqué un retour de bâton. Et les conséquences sont lourdes. Selon un témoignage recueilli sous couvert d’anonymat par notre rédaction, le personnel du service de gynécologie-obstétrique s’est vidé de moitié. Depuis mars 2026, l'effectif est passé de six à seulement trois praticiens. Aidés d'un unique médecin de la mission chinoise, ils doivent désormais assurer l'intégralité des urgences, les consultations quotidiennes, le suivi des accouchements, les hospitalisations et la gestion des blocs opératoires.


« Nous sommes trois pour 24h/24, 7j/7 », confie, la voix fatiguée, un témoin du service qui requiert l’anonymat. « On termine une césarienne à 3h du matin, on se retrouve à suivre d’autres urgences telle qu’une hémorragie du post-partum, et à 8h on doit enchaîner les consultations prénatales, sans oublier les gardes. On n’a plus de jour ni de nuit. C'est épuisant. » Actuellement, seuls Dre Rahia Madi Soilihi, Dr Seha et Dr Issa Soulé. À leurs côtés, un médecin de la mission chinoise et, ponctuellement, un chirurgien général est désigné en renfort pour assurer une mission d'appui technique auprès de l'équipe de la maternité du CHN El-Maarouf, alors qu’on avait déjà des praticiens gynécologues-obstétriciens formés dans ce domaine précis. Et ce, pendant des années pour assurer le bien-être maternelle et périnatale de notre pays mais qui sont actuellement renvoyer par la juste raison de refus de signer un papier qui vise à mettre fin à leur revendication.

 

« Avant la grève, le service tournait déjà avec des moyens très limités : échographe vieillissant, manque des matériels pour poser des gestes en salle de Naissance, rupture fréquente de gants stériles, bloc opératoire partagé avec la chirurgie. « Mais au moins, on était six pour se relayer. Aujourd’hui, quand l’un de nous tombe malade, c’est tout le service qui vacille », poursuit le témoin. Le service a tenté de s’adapter. Le témoin décrit des gestes qui tremblent, des ordonnances relues trois fois de peur d’une erreur de dosage. « On travaille la peur au ventre. Une erreur de concentration et c’est une patiente qui risque de morfler. On est des humains, pas des machines. Ça double notre charge mentale. »

 

Selon lui, après la fin de la grève des contractuels, une gynécologue contractuelle qui travaillait toujours alors qu’elle a refusé aussi de signer la fiche individuelle imposée par la direction pour mettre fin aux revendications des contractuels, a été cherchée à son domicile par un véhicule de l’hôpital à cause de la grève des transports pour assurer les activités quotidiennes ainsi que la garde. Après un mois de travail, aucun salaire ne lui a été versé. En raison de son refus de signer la fiche imposée par la direction, cette dernière aurait décidé qu'elle ne ferait plus partie des médecins de la structure. « On nous demande de sauver des vies, mais on nous traite comme des bénévoles corvéables. C’est ce mépris qui a mis le feu aux poudres. » Face à la pénurie, la direction a affecté selon notre témoin un chirurgien généraliste « en appui ». Sur le papier, il peut opérer. En réalité, la gynécologie-obstétrique, c’est aussi le suivi de grossesse pathologique, la prise en charge des fausses couches, l’endométriose, les cancers gynécologiques, pouvoir orienter sur le choix des contraceptions adaptées, la prévention des complications dans ce domaine précis. « Il ne peut pas faire une échographie pour un diagnostic précis en vue de prendre la décision de la prise en charge à temps, ni la gestion médicale d'une pré-éclampsie qui ne peut ne pas être absolument chirurgicale dans un premier temps. On colmate, mais on ne soigne pas correctement. »

 

Jusqu’à quand les trois praticiens tiendront-ils ? Les patientes payent le prix. Les retards de prise en charge évolueront en complications. Ce qu’on aurait pu éviter avec une équipe au complet et formée dans le domaine précis. Pourquoi ce silence ? Malgré le protocole d’accord signé le 28 avril dernier, la direction exige des engagements individuels que les grévistes refusent. « On a l’impression que le ministère de la santé ne fait pas de la santé périnatale une priorité. On demande la reprise du travail de nos collègues et qu'on nous donne les moyens de travailler sans mettre nos patientes en danger, » rajoute le témoin.

 

À l'heure où nous publions ces lignes, le service gynécologie de l'hôpital de référence ne tient plus qu'à un fil. Si l'un des trois médecins restants s'effondre, le service basculera-t-il en « urgences vitales uniquement » ? En attendant, au vu de cette situation critique qui ne se limite pas aux heures de nuit, les mères, les nouveau-nés et leurs familles jouent leur vie à pile ou face.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.