Financé à 35 millions de dollars par la Banque mondiale, le programme COMPASS a transformé l'accès aux soins primaires dans le pays. Sa clôture ouvre une phase décisive, la pérennisation de ses acquis par l'État.
Validé en 2019 puis lancé officiellement en 2020 face à un système insulaire fragmenté et fragile, le Projet d'Approche Globale de Renforcement du Système de Santé (COMPASS) a imposé une doctrine spécifique, rapprocher le soin du patient. Via le financement basé sur la performance, il a redonné autonomie et moyens à 90% des formations sanitaires, des centres de district aux hôpitaux insulaires de Ngazidja, Mohéli et Ndzouani. Son impact est concret et quotidien. Plusieurs structures ont été entièrement réhabilitées, dotées d'équipements, de consommables et d'ambulances médicalisées. Des évacuations coûteuses vers l'étranger ont été évitées, des accouchements sécurisés à proximité. La chaîne d'approvisionnement en médicaments essentiels, jadis marquée par des ruptures chroniques, a été stabilisée, restaurant la confiance des familles envers le service public.
À Anjouan, la rupture était la plus visible. Sur cette île enclavée au réseau historiquement faible, le COMPASS a maintenu pendant des années un filet vital pour la santé maternelle. Des kits d'accouchement gratuits, des échographies prénatales, des analyses de laboratoire, précisément des actes devenus accessibles sans bourse délier. Les maternités rurales ont été ainsi équipées, les blocs d'accouchement renforcés, afin de réduire la mortalité néonatale et d'éviter les transferts à haut risque vers les grands centres hospitaliers. Les consultations prénatales y ont presque doublé depuis 2021, signe d'adhésion. Par ailleurs, le projet n'a pas seulement offert des équipements. Il a instauré une culture de résultats. En subventionnant les actes maternels et infantiles, il a levé la barrière financière pour les ménages vulnérables. En formant sages-femmes, infirmiers et agents communautaires mobiles, il a ancré localement les compétences, réduit l'isolement et renforcé la résilience épidémiologique du pays face aux crises futures.
Sa clôture, actée après la mission d'appui de la Banque mondiale d'août-septembre 2025, marque un transfert de responsabilité plutôt qu'un désengagement brutal. L'enjeu est désormais institutionnel et budgétaire. En effet, l'après-COMPASS pourrait s'articuler autour de trois piliers. Interrogé par La Gazette, un responsable de l'unité de gestion dudit projet actuellement clôturé, a expliqué que cette transition reposerait sur la reprise en direct des centres de district rénovés par les directions régionales de santé ; l'intégration des standards de qualité dans la Stratégie de coopération OMS-Comores à l'horizon 2030 ; et enfin, le volet social, avec la pérennisation des gratuités partielles expérimentées pour les césariennes, les accouchements et les consultations de proximité. Reste tout de même une question centrale : l'État pourra-t-il financer durablement ce que l'aide internationale a amorcé ? Sans maintien rigoureux des approvisionnements et des primes de performance, le risque de reflux demeure réel.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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