Anssoufouddine Mohamed est cardiologue au CHR de Hombo à Anjouan. Il a contribué comme superviseur à la première enquête qui a doté les Comores de données sur les maladies non transmissibles (Enquête STEPS wise). Il est aussi le point focal national des maladies non-transmissibles et membre fondateur de l’Association Narienshi qui lutte contre les maladies non-transmissibles. Interview.
Question : Quel est le taux de glycémie de la femme enceinte ?
Anssoufouddine Mohamed : Dans ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui l’épidémie du diabète dans notre pays, certaines définitions méritent d’être vulgarisées. L’on est diabétique si la glycémie à jeun est supérieure ou égale à 1,26 g/l. L’on est pré-diabétique si la glycémie à jeun est comprise entre 1,10 à 1,25 g/l. Dans la diversité de ces définitions, il y’a une entité bien particulière: le diabète gestationnel qui est une forme particulière du diabète apparaissant pendant la grossesse. Chez la femme enceinte si la glycémie à jeun est supérieure ou égale à 0,92 g/l, on parle de diabète gestationnel.
Question : Quels sont les risques d’un diabète gestationnel chez la femme enceinte ?
AM : Pour la maman, elle peut avoir des risques d’hypertension artérielle, risque d’hémorragie à l’accouchement ou bien des risques d’infection. Pour le bébé, il peut arriver prématurément, risque d’un gros bébé de naissance, risque d’hypoglycémie à la naissance ou bien risque de cardiopathie. Dans le long terme, même si l’on sait qu’en matière de diabète gestationnel, la glycémie se normalise dès l’accouchement, la maman court quand bien même le risque de devenir diabétique dans l’année à venir.
Question : Quelles sont les causes du diabète gestationnel ?
AM : D’une façon générale, l’insuline est l’hormone qui diminue le taux de sucre dans le sang, en déplaçant le sucre des tuyaux sanguins vers les organes. Chez la femme enceinte, il y a une baisse de cette capacité de transfert du sucre des tuyaux sanguins vers les organes. Chez certaines personnes, ce handicap à ne pas pouvoir faire déguerpir le sucre du sang vers les organes est tel que le sucre s’accule par voie de conséquence dans le sang réalisant ainsi le diabète. On connait plus ou moins le profil de femmes enceintes chez qui, il faut craindre le diabète gestationnelle. Il s’agit des femme enceinte âgée de plus de 35 ans, des femmes enceintes en surpoids ou obèses, des antécédents de diabète chez les parents ou les frères et sœurs de la femme enceinte, une femme enceinte qui a déjà fait un diabète gestationnel au cours de grossesses antérieures, une femme enceinte qui a déjà accouché un gros bébé par le passé. Le diabète gestationnel doit se rechercher activement chez toute femme enceinte entrant dans ce profil.
Question : Comment traiter le diabète gestationnel ?
AM : Le traitement est d’une importance capitale car elle permet d’éviter toutes les complications qui menacent aussi bien le bébé que la maman. Il faut prendre le temps de discuter avec la femme et ses parents car un diabète avec une glycémie à 0, 92 g/l, cela leur parait aux yeux de la personne profane comme une blague. Ce traitement comprend fondamentalement le régime et éventuellement les médicaments sur le régime, il s’agit de s’interdire de l’alimentation hypocalorique et faire de l’activité physique. L’alimentation hypocalorique comprend les jus, les boissons sucrées, les autres aliments à index glycémique élevé tel que les bouillies (riz, maïs, sagou...), les fritures. Privilégier par contre les aliments protecteurs comme les légumes, les légumineuses (haricot, ambrevades...) et les fruits. Pour l’activité physique, il faut privilégier la marche de loisir de 30 mn à 1 heure par jour, les travaux ménagers, bouger au travail, profiter d’aller d’un endroit à l’autre à pieds. Si le régime ne suffit, il appartient au médecin de décider de l’ajout des médicaments.
Question : Comment ça se passe la prise en charge de la femme enceinte qui a cette catégorie de diabète aux Comores ?
AM : Aux Comores, la prise en charge se fait en partenariat entre le gynécologue ou la sage-femme avec les médecins habilités à traiter le diabète pour les femmes qui ont la chance d’être vues dans des grands hôpitaux ! Mais il faut sincèrement dire que cette entité du diabète gestationnel avec ses enjeux en terme de complications, est encore peu connu et par les soignants et par les malades, surtout dans les centres de santé et les postes qui constituent les structures de premier recours de nos femmes enceintes. Il y a lieu de faire un vrai travail de formation des agents de santé.
Question : Quels sont vos conseils ?
AM : Former les agents de Santé sur cette entité que constitue le diabète gestationnel et vulgariser cette notion auprès de la population comme ça l’est aujourd’hui avec l’hypertension artérielle. Le diabète gestationnel va souvent de pair avec l’hypertension artérielle. « S’occuper de l’hypertension artérielle et négliger sa jumelle qui est le diabète est une erreur presqu’enfantine » disait Abdoul Kane, un émérite cardiologue du Continent.
Propos recueillis par Andjouza Abouheir
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