Bientôt s’ouvre le dialogue inter-comorien préconisé par l’Union africaine début juin, juste après le tumulte du 26 mai, en vue de venir à bout des crispations nées d’abord de la réforme constitutionnelle de 2018, ensuite de la présidentielle de 2019. Dans son invitation aux forces vives du pays, le chef de l’État Azali Assoumani dit vouloir faire de cet évènement le levier pour « les conditions propices au climat d’apaisement dont nous avons tous besoin pour aller de l’avant », les échéances électorales de 2024 entre autres. Mais chat échaudé craint l’eau froide, l’UPDC comme la majorité des formations politiques de l’opposition, juge cette requête « irrecevable ».
Encore une table ronde de quelques jours pour plancher sur des thématiques prédéfinies par le chef de l’État dans son invitation du 9 septembre aux forces vives du pays : les échéances électorales de 2024, la réforme de la Commission électorale, la révision du découpage électoral, la mise en application de la loi sur les partis politiques, la place et le rôle de l’opposition dans la gestion du pays. Ce dialogue est annoncé alors que l’Union africaine reconnait que « la situation politique aux Comores reste tendue et fragile » à plus d’un titre. Le noyau des tensions reste rappelons-le la réforme constitutionnelle de 2018 qui a permis au chef de l’État Azali Assoumani, initialement élu pour 5 ans en 2016, de rester au pouvoir jusqu’en 2024 au moins.
Parallèlement à ce tripatouillage du texte fondamental, l’emprisonnement de plusieurs leaders politiques à la tête desquels l’ancien président Sambi, et le gouverneur déchu d’Anjouan Salami. C’est peu dire que l’organisation d’un dialogue inter-comorien est une bonne idée en soi. Seulement, d’emblée plusieurs indices suscitent le doute de l’opposition quant à l’issue de cette table ronde qui n’est pas la première du genre avec le régime en place. Les Assises nationales de 2018 n’ont aux yeux de beaucoup, « rien apporté à part renforcer le pouvoir d’Azali »… La répression continue de plus belle, l’État de droit n’existe qu’à l’état d’hypothèse, l’ouverture tant espérée lors du dernier remaniement ministériel s’est avérée illusoire. Autant dire que le régime est parvenu en un temps record à fournir le bâton pour se faire fouetter. Dernier fait en date qui pourrait avoir influé dans l’organisation de ce dialogue, l’emprisonnement des leaders de Mabedja, ce mouvement issu de la diaspora de France dont des membres venus aux Comores pour les droits et libertés fondamentaux sont poursuivis pour participation à un groupe criminel organisé, association de malfaiteurs et troubles à l’ordre public.
« Il n'est pas question pour nous de participer à une opération de diversion. Le seul dialogue qui vaille aujourd'hui est celui qui porterait sur le rétablissement de l'ordre constitutionnel et démocratique. Inviter l'opposition et la société civile à négocier sur les modalités d'organisation des élections de 2024 c'est faire injure au peuple comorien. Et c'est prendre aussi les représentants de la communauté internationale pour des girouettes. N'oublions pas que ses observateurs ont tous fait le constat que le référendum constitutionnel de 2018 et la présidentielle de 2019 n'ont tout simplement pas eu lieu », devait cogner Youssouf Boina, cadre du parti UPDC dont il fut le secrétaire général. Installé à Paris depuis quelques années, notre interlocuteur estime que si le chef de l’État s’est empressé d’inviter l’opposition et la société civile, c’est pour « une mise en scène visant à faire bonne figure à la veille de l'arrivée de l'émissaire de l'Union africaine. Mais n'étant pas un novice, celui-ci comprendra que cette initiative est au plus une comédie de mauvais goût ». De la comédie ou pas, du côté du pouvoir les choses vont bon train. Le chef de l’État a en effet désigné ce week-end le coordinateur du dialogue en la personne de Mohamed Touhiri. Mais M. Boina n’en a que faire :
« Je ne dirais jamais assez que non seulement l'initiative d'Azali est irrecevable en raison de son objet, mais manque aussi de crédibilité. S'il était sérieux, la moindre des choses eût été de libérer l'ensemble des prisonniers politiques, et à plus forte raison les têtes de l'opposition. Qui représenterait à juste titre l'Updc et Juwa si ce n'est Mamadou et Sambi ? Il n'y a pas de doute, ce dialogue fera long feu. Certes, comme lors des assises dites nationales, Azali cherchera à forcer le destin. Mais il y a fort à parier que plus personne de sérieux n'acceptera d'être le dindon de la farce. Seuls quelques éléments corruptibles et manipulables joueront le jeu ». Des réquisitoires d’une telle virulence, l’envoyé spécial de l’Union africaine Bakole Adoye, arrivé à Moroni depuis hier dimanche, en aura plein les oreilles dans son entretien avec l’opposition ce lundi, avant la fin de sa mission mercredi prochain.
TM
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