La Gazette

des Comores

Tisslame Sambi, fille de l’ancien président Ahmed Sambi : « J’ose espérer que le droit sera appliqué »

Tisslame Sambi, fille de l’ancien président Ahmed Sambi : « J’ose espérer que le droit sera appliqué » © : HZK-LGDC

À quelques jours du délibéré de la Cour suprême sur le maintien en détention de l’ancien chef d’État Ahmed Sambi, La Gazette des Comores/HZK Press, a interrogé sa fille Tisslam. Comme beaucoup d’autres voix, cette élève-avocate regrette une détention provisoire au-delà du délai légal. Pour ce qui est du verdict de la Section judiciaire de la Cour suprême samedi prochain, la fille de l’ancien raïs ne demande « rien d’autre que l’application du droit et rien que le droit ».   


Question : Est-ce que vous pouvez nous parler de vous ? Qui est Tisslame ?


Tisslame Sambi
 : Je suis une élève-avocate au Barreau de Paris, née à Mutsamudu à Anjouan. Je ne suis pas habituée à me décrire, donc cela n'est pas aisé de répondre à cette question. Par contre, je suis convaincue de faire de mon mieux pour être une personne profondément attachée à sa famille, à son pays ainsi qu’à l’islam. Aujourd’hui à un moment de ma vie où je suis privée de ma source d’inspiration, de mon modèle, de mon premier conseiller, honnêtement je vous avouerai que je suis devenue une personne beaucoup plus sensible, même si j’évite de le montrer.

 

Question : Ces derniers temps vous êtes trop active dans les manifestations réclamant le rétablissement de l’État de droit en général et la libération de l'ancien président Sambi en particulier. Avez-vous milité parce que c'est votre père ?

 

T.S. : Comme je vous l’ai dit, je suis profondément attachée à mon pays. De ce fait, j’ai toujours activement participé à des événements contribuant à aider notre pays. Donc ma présence aux différentes manifestations réclamant un État de droit, est naturelle. Elle s’inscrit dans ma vision d’un pays où il fait bon vivre et où les habitants y sont heureux. Le fait que mon père soit victime des circonstances actuelles, n’a fait que mettre plus de lumière sur ma présence lors de ces rencontres, mais sachez que j’aurais milité de la même façon s’il était libre.

 

Question : Sur une chaine algérienne le week-end dernier, vous avez dit être optimiste quand au sort de votre père en détention depuis deux ans dans le dossier de la citoyenneté économique. Qu’est-ce qui vous rassure ?

 

T.S. : Maintenant que son dossier est arrivé au bureau des magistrats les plus expérimentés de notre nation, ceux de la Cour Suprême, j’ose espérer que le droit sera appliqué. Nous ne demandons rien d’autre que l’application du droit et rien que le droit. En effet il est impossible, d'une part, que des magistrats aussi expérimentés puissent faire une abstraction totale des nombreuses irrégularités de procédure cumulées dans ce dossier depuis 2 ans. Le dépassement des délais légaux (de plus de 14 mois!) de notre Code de procédure pénale est un fait. Nous le constatons tous et personne ne peut le nier. D'autre part, appliquer à mon père une loi manifestement inapplicable en ce qui le concerne, eu égard notamment aux infractions visées par la loi, aux principes de la non-rétroactivité de la loi pénale et de la présomption d’innocence, comme cela a été démontré encore récemment par Mohamed Rafsandjani, et ceux, d'autant plus que la Commission en charge de l'application de cette loi n'existe même plus depuis de nombreuses années dans notre pays (!), serait totalement incompréhensible et inexplicable en droit et en fait. Ainsi, je reste optimiste car je sais qu'en droit, rien ne peut justifier la détention de mon père. Ainsi sachant pertinemment que mon père est innocent, qu'il est accusé à tort et qu’il est victime d’un acharnement, je reste donc optimiste sur le fait que les personnes qui auront accès à la réalité des faits, seront honnêtes et dignes. Mon père m’a appris à être forte et optimiste, donc c’est ce que j’essaie d’être.

 

Question : Êtes-vous de ceux qui croient dur comme fer que l’ancien raïs n’a détourné aucun centime ?

 

T.S. : Je ne crois pas, je le sais. Je n’ai aucun doute là-dessus. D’ailleurs, s’il existait la moindre preuve d’une quelconque infraction, elle aurait été rendue publique depuis longtemps. Avez-vous déjà vu une personne être accusée de vol, sans que l’on puisse chiffrer, au bout de deux ans d’enquête, le montant exacte du préjudice présumé ? C'est le cas dans le dossier de mon père. Jusqu’aujourd’hui, la justice comorienne a été incapable de déterminer le montant de ce prétendu détournement de fonds publics ou encore le montant du pot-de-vin fantaisiste. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'aucun détournement ni aucune corruption n’ont eu lieu. Encore une fois cela prouve l’innocence de mon père.

 

Question : Votre combat au côté du mouvement « Dawula ya Haki » vous a-t-il donné goût à la politique ?

 

T.S. : Cela peut paraitre curieux mais en tant que fille d’un ancien Chef d’Etat, je n’ai jamais été intéressée par la politique. Je ne suis pas intéressée par la politique politicienne. Par contre, quand on parle d’État de droit, ce n’est pas uniquement au niveau de la politique que cela se joue. Il nous faut des personnes intègres dans les différents secteurs et métiers. J’espère un jour pouvoir apporter ma modeste contribution, sans pour autant forcément faire de la politique. Exercer un jour aux Comores et faire preuve d’exemplarité et d’intégrité, pour moi, cela serait une contribution à l’avènement d’un Etat de droit dans notre pays.

 

Question : 2021 arrive et des mouvements qui réclament la Tournante pour Anjouan poussent comme des champignons. S’il doit y avoir un Président issu de l’île d’Anjouan en 2021, quel nom vous vient en tête ?

 

T.S. : Je ne peux pas me substituer aux Anjouanais ni aux Comoriens. Ce que je souhaite, c’est que la prochaine échéance électorale ne souffre d’aucune contestation, et que les comoriens puissent respecter le choix d’une majorité réelle. Parce que seul le peuple est souverain, mais encore faut-il que ce peuple puisse s’exprimer librement pour choisir ses représentants.

 

Question : Votre père est malade. Le gouvernement l’a même avoué. De quoi souffre-t-il ?

 

T.S. : Mon père se portait très bien quand il est arrivé aux Comores en mai 2018. Moi, je ne l’ai pas vu depuis cette date. Par contre toutes les personnes qui l’ont vu ces derniers mois, sont inquiètes par rapport à son état physique qui s'est fortement dégradé. Son médecin a effectué des examens mais ne parvient pas à un diagnostic puisqu’il a besoin d’examens supplémentaires, non accessibles aux Comores. Les malaises dont il est régulièrement victime, ne sont pas de nature à nous rassurer d’une quelconque façon. Le temps est vraiment compté. Son état de santé instable est connu de tous, et reconnu par le juge d'instruction lui-même. Ainsi, la vraie question qui se pose aujourd'hui est celle de savoir pourquoi son évacuation médicale, autorisée par le juge d'instruction, n'a jamais eu lieu ?

 

Propos recueillis par A.O Yazid

 

 


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