La Gazette

des Comores

Tensions à Anjouan / Fahmi Said Ibrahim exhorte le gouvernement à "plus de retenue"

Tensions à Anjouan  / Fahmi Said Ibrahim exhorte le gouvernement à © : HZK-LGDC

72 heures depuis que la médina de Mutsamudu est assiégée. Devant les échanges de tirs permanents entre forces armées et insurgés, les hommes politiques de tout bord réagissent. Fahmi Said Ibrahim, candidat malheureux aux présidentielles de 2016, s'est exprimé hier, après plusieurs mois de silence. Il appelle le gouvernement à faire preuve de plus de retenue, et à l’opposition de reprendre le dialogue.


Mutsamudu sous les balles. 72 heures depuis que la ville, quadrillée par l'armée, est le témoin d'échanges de tirs entre forces de l'ordre et civils armés. Une situation inédite dans le pays qui fait vivement réagir. Fahmi Said Ibrahim, candidat malheureux aux élections présidentielles de 2016, est intervenu hier après plusieurs mois d'absence médiatique. Au gouvernement comorien, il appelle à plus de retenue. A l’opposition, il exhorte la reprise du dialogue.

 

« Il est temps que les hostilités s’arrêtent à Anjouan. Avoir des morts sous nos yeux, on a oublié ce genre de scène depuis qu’on a retrouvé la stabilité politique du pays », regrette Fahmi Said Ibrahim. Proche du Juwa dont il était le candidat, Me Fahmi presse le gouvernement à cesser d'envenimer les choses. « Je regrette sincèrement l’accusation du ministre de l’Intérieur sur l’Exécutif d’Anjouan. Je pense que c’était une erreur de sa part et l’erreur est humaine. (...) Il aurait fallu attendre l’ouverture de l’enquête avant d’accuser quiconque ». Sur la fronde à Anjouan, Fahmi Said Ibrahim y voit le fruit d’un sentiment de frustration de la population anjouanaise après la réforme constitutionnelle du 30 juillet dernier.


Une justice à deux poids, deux mesures


Le « protégé » de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi est également revenu sur le cas de Sambi, placé en résidence surveillée depuis plusieurs mois. Pour cet avocat au barreau de Moroni, l'ancien président n’est pas coupable de détournement de fonds comme il se dit. « Au delà de la prescription, l’ancien président Sambi n’a pas fait de détournement d’argent. Je ne veux pas qu’on reste dans ce délai de prescription mais on aurait souhaité qu’on lui laisse la liberté de s’exprimer sur ce qu’on lui reproche. Dire qu’il y a prescription, c’est dire que les faits sont avérés mais que le temps est passé pour aller devant la justice. Je ne suis pas d’accord avec cette stratégie ».

 

Sur la détention provisoire de Sambi dans sa résidence à Voidjou, Me Fahmi dénonce une justice à deux poids deux mesures. Rappelons qu'une note du parquet de la République a levé les restrictions imposées à l’ancien président Ikililou, pourtant dans le même cas que Sambi. « Ikililou peut désormais se rendre où il veut. Mais le président Sambi, lui, est toujours en détention. Il n’y a pas une justice équitable. On aurait aimé voir le président Sambi bénéficier des mêmes droits que l’ancien président Ikililou. Je ne vois pas la faute qu’aurait commise le président Sambi alors que le programme (de citoyenneté économique) a continué jusqu’en 2016. On sait qu’au cours de ces cinq dernières années, beaucoup de choses se sont passées. Cela n’a pas empêché que le président Ikililou soit entendu par la justice, et retrouve sa liberté. C’est ce qu’on aurait souhaité pour le président Sambi ».

 

Oui pour la suppression de la tournante


Absent de la scène médiatique depuis presque 1 an, Fahmi Said Ibrahim est également revenu sur la réforme constitutionnelle. Il reste persuadé que l’ancienne constitution n’était pas compatible pour répondre aux besoins du développement du pays. Un point de vue qu'il défend mais dont il regrette le procédé employé. « La vision de dire que la tournante n’est pas une bonne solution, je suis tout à fait d’accord. Mais on aurait dû terminer le cycle avant de la supprimer. C’est à dire laisser l’Anjouanais et le Mohélien gouverner puis se concerter pour supprimer la tournante. De la sorte, il n’y’aurait pas eu de frustration. Et c’est à partir de là que la nouvelle constitution devrait entrer en vigueur ».

 

Et lui de rajouter que « la tournante existe toujours dans la nouvelle constitution et cette fois, pour deux mandats. On ne peut en aucun cas déclarer briguer deux mandats! ». Alors qu'il se murmure qu'il a pris ses distances avec son parti, Fahmi Said Ibrahim affirme qu’il "est et restera" un membre du Juwa, à jamais. Aux élections anticipées annoncées par le président de la République dans le premier trimestre de 2019, il ne sera absolument pas candidat.


Mohamed Youssouf

 


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