Le ministre comorien des affaires étrangères ne décolère pas après la décision des autorités françaises d'élargir les sanctions des visas aux particuliers. Pour Mohamed Soeuf El-Amine pas question de céder aux menaces des autorités françaises. Le circulaire interdisant bateaux et avions de transporter des refoulés comoriens de Mayotte demeure valable. Mohamed Soeuf El-Amine reste droit dans ses bottes malgré la décision prise par la France de suspendre cette fois-ci, la délivrance aux ressortissants comoriens de visas d'entrer en France et dans tout l'espace Schengen.
Dans une conférence de presse tenue hier mercredi, le chef de la diplomatie comorienne semble ne pas être surpris par cette sanction qui ne dit pas son nom. « Nous sommes conscients que cette décision ne sera pas la première ni la dernière. Mais comme je l'ai montré hier (mardi), les français ont certes la force mais nous avons le droit avec nous qui est conçu pour protéger les plus démunis », a-t-il déclaré. « Je dis souvent que le problème n'est pas d'ordre d'aide au développement mais plutôt d'un drame humain qui se passe sur le bras de mer séparant Mayotte et Anjouan. Et qui si on ne régit pas pour trouver une solution pérenne, nous risquons d'être rattrapés par l'histoire », fait-il observer.
Pour-lui, la force que la France utilise aujourd'hui ne déplacera pas le centre de gravité «parce qu'il y a un problème qui se trouve à Mayotte. C'est un problème social, économique et sécuritaire des gens qui vivent à Mayotte ». Et de poursuivre : « les vrais enjeux de cette crise, ces sont les 5000 mineurs. Des petits délinquants nés à Mayotte et qui n'ont aucun port d’attache dans les autres îles. Nous refusons des les accueillir par ce que nous n'avons pas les structures adéquates pour leur accueil ».
Interrogé sur la riposte à donner, le patron de la diplomatie comorienne indique qu'il est hors de question de lever l'interdiction sur les bateaux et les avions qui transporteront des refoulés. « Nous avions négocié une dérogation pour les volontaires qui voulaient retourner à Moroni ou Anjouan avec un certain nombre de mesures d’accompagnement. Cette dérogation n'est plus d'actualité (…) Nous sommes entrain d'examiner une série de réponse par rapport à la position de la France mais dans un cadre vraiment civilisé », a-t-il assuré.
A l'en croire, la France serait perdante par rapport aux mesures qu'elle a prises. Notamment pour les franco comoriennes qui se verront imposés une rupture de relations familiales. « Je ne crois pas que la France a intérêt à diviser des familles françaises », a-t-il martelé. Autres conséquences, toujours d'après le chef de la diplomatie comorienne, économiques « parce que vous savez que toutes les demandes qui sont déposées à l'ambassade de France en vue d'obtenir un visa exigent une somme autour de 50 000 fc qui ne sont pas remboursables au moment où le dossier est rejeté ». Il estime la totalité de cette somme entre 100 et 150 millions fc que le consulat français encaisse pour des dossiers dont les visas sont rejetés.
« Il y aura aussi un maque à gagner pour les compagnies françaises qui, directement ou indirectement, desservent le pays. Il y a Ewa, il y a Air Madagascar, Kenya Airways qui travaillent avec Air France Klm parce qu'ils n'auront pas des passagers faute de visas », a-t-il dit. Le commerce sera aussi impacté dans ce cadre. « Nous commerçons beaucoup avec l'Europe en particulier la France. Cette rupture va encourager les comoriens à aller faire le commerce dans l'espace Comesa ou l'espace Sadc. Il y a aussi les gens qui partaient pour se faire soigner qui payaient leurs soins. Cet argent sera orienté vers l'espace Comesa et Sadc, voir l'Inde ou la Chine », indique-t-il. Le ministre des affaires étrangères ne ferme pas toutefois la porte des négociations. « Nous privilégions le dialogue pendant que les autorités françaises privilégient la force. La France peut toujours faire usage de la force vis-à-vis des pays comme les Comores, il y a 15 ans de cela les américains ont passé outre les positions de la France et de la Russie et de la Chine pour aller envahir l'Irak » dit-il. « De toutes façons c'est du déjà vu », a-t-il lâché.
Maoulida Mbaé
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