C’est comme si le ministre de l’intérieur, s’était réveillé un bon matin, et qu’après avoir savouré sa première tasse de café, il s’était dit, « tiens, si j’installais des caméras de surveillance ? ». Ni une ni deux, il lui faut mettre en application cette génialissime trouvaille. Les caméras furent donc installées. Au mépris de la loi. Le comorien ignore jusqu’ici l’usage de ces vidéos, combien de temps elles seront conservées et dans quel cadre légal.
S’il est un ministre dans le gouvernement Azali, visible, omniprésent, qui semble même être pourvu du don d’ubiquité, c’est Mohamed Daoudou, le tout puissant ministre de l’intérieur. Celui-ci prend son travail au sérieux : à toute heure du jour ou de la nuit, il est au taquet. Il n’est pas rare de le voir, au niveau d’un rond-point, discutant avec ses hommes, tard dans la nuit. Certains citoyens de la capitale se demandent à juste titre, s’il laisse de temps en temps Morphée le prendre dans ses bras. Conduisant lui-même sa (petite) voiture, il semble vouloir cultiver une image de super-politique, proche du peuple, adorant les mêmes gargotes et riant aux mêmes blagues que ce peuple dont il se revendique.
Ce peuple dont il veut à tout prix assurer la sécurité. Même si pour cela, il doit piétiner quelques lois… En fait, si nous devions un jour, étudier les discours de l’ancien homme fort des Douanes comoriennes, nous nous rendrions bien vite compte que ce sont les mots « sécurité et interdiction » qui reviennent le plus souvent, révélant presque une obsession.
Souriez, vous êtes filmés
Vous l’aurez compris, la sécurité des comoriens lui tient à cœur. Il veille au grain. En milieu de l’année dernière, il a eu la lumineuse idée d’installer des caméras de surveillance dans la capitale. Cela se fait dans plusieurs autres pays du monde et c’est tout à son honneur. En ces temps secoués par des attentats terroristes, où la sécurité des Etats est mise à mal par des énergumènes zélés, on n’est jamais trop prudent. Sauf que voilà, Mohamed Daoudou a décidé « seul » qu’il fallait installer ces caméras. Par « seul », comprenez, sans l’aval du parlement. C’est comme s’il s’était réveillé un bon matin, et qu’après avoir savouré sa première tasse de café, il s’était dit, « tiens, si j’installais des caméras de surveillance ? ». Ni une ni deux, il lui faut mettre en application cette génialissime trouvaille. Les caméras furent donc installées. Au mépris de la loi. Le comorien ignore jusqu’ici l’usage de ces vidéos, combien de temps elles seront conservées et dans quel cadre.
Quasiment à la même période, vinrent les feux de signalisation. Peut-être que l’idée des caméras de surveillance et de ces derniers, lui est venue en même temps après avoir bu son premier café du matin. Ici aussi, il a expliqué leur implantation dans la capitale par la sécurité routière. Il est vrai que des chauffards, y en a marre. Oui mais est-ce que le code de la route a prévu l’existence même des feux rouges comme on les appelle communément ? Et, s’il vous prenait l’envie de griller un feu, sur quelle base légale serez-vous sanctionné ? Le code de la route est silencieux ? Pas grave, la force des arrêtés ministériels parlera.
Entre le téléphone et le volant il faut choisir
Le sieur Mohamed Daoudou ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin, la sécurité des comoriens lui tient tellement à cœur//. Cette année, rien qu’hier, la population comorienne apprenait qu’il était désormais interdit de faire usage de son téléphone alors qu’on est au volant de son véhicule. Que les voitures aux vitres teintées étaient désormais « interdites », « sauf autorisation préalable écrite et délivrée par le ministère de l’intérieur » selon un arrêté du premier flic du pays en date du 08 août dernier. Les contrevenants seront punis (avec notamment un retrait du permis de conduire), des amendes prévues et il est même fait mention de « sanction portée au double » pour le récidiviste.
Toutes ces infractions ne sont pas prévues par notre code de la route, qui date de 2009. Les sanctions qui en découleront ne reposeront et ne reposent déjà pas sur une base juridique. Le fait du prince en république. Nous oublierons le « r » majuscule pour le moment.
Toutes ces mesures prises par l’inamovible ministre de l’intérieur, pour lequel nous éprouvons le plus grand respect auraient dû faire l’objet d’un passage au parlement. Nous avons des députés qui sont là pour cela. Le premier d’entre eux, à savoir le président de l’Assemblée a affirmé à plusieurs reprises, « qu’il était là pour voter TOUTES les lois de la république ». De ce fait, Mohamed Daoudou eut sans doute été plus inspiré, ce lointain matin alors qu’il sirotait sa première tasse de café, de se dire il vaut mieux sans doute légiférer afin d’adapter le code de la route et y intégrer ces nouvelles mesures. Et la République (avec un Grand R) lui aurait été reconnaissante.
Faïza Soulé Youssouf
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