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Spécial 42ème fête de l’indépendance / A la découverte du Molinaco et son leader Abdoubacar Boina

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Spécial 42ème fête de l’indépendance /  A la découverte du Molinaco et son leader Abdoubacar Boina © : HZK-LGDC

A quelques jours de la célébration de la 42ème fête de l'indépendance des Comores, La Gazette en partenariat avec la rédaction de l'Ortn vous propose un focus sur les partis et les mouvements politiques qui ont lutté pour la décolonisation du pays.


Si ailleurs dans d'autres contrées africaines aspirant à l'indépendance les mouvements de libération nationale se font à l'intérieur, avant de prendre le chemin de l'exile au gré des événements, aux Comores l'inspiration viendra des jeunes issus de la diaspora comorienne fortement présente à Zanzibar autrefois terre d'immigration de nombreux comoriens en quêtes d'une vie décente.

Comment un enseignant affecté dans l'île par l'administration coloniale pour aller enseigner aux comoriens la langue du colon sera dès son arrivée attrapé par le virus indépendantiste ? Abdoubacar Boina s'explique : « Je suis arrivé à Zanzibar le mois de mai 1962 et j'ai trouvé l'île sous une tension politique du fait que tous les partis politiques (opposition et pouvoir) étaient engagés pour l'indépendance de leur pays. C'était quelque chose d'exceptionnelle pour moi, car quand j'ai quitté les Comores, le mot indépendance n'était même pas d'actualité, ni la notion de parti politique ».

Et de poursuivre : « pour l'histoire, en 1961 quand l'association des jeunes comoriens à la tête de laquelle se trouvaient Ali Soilih, Ali Bazi Selim et Said Ali Said Tourqui qui étaient nos aînés, on a voulu rencontrer Said Mohamed Cheikh et Said Ibrahim pour savoir ce qu'ils pensent de l'indépendance du pays, c'est tout un scandale à Moroni, une infamie pour nous. D'ailleurs on a failli être passés à tabac par la notabilité et certains jeunes ».

Revenant de son périple, la vie de cet enseignant va complètement basculer cette année là quand il fréquentera le club de ces jeunes dont leur seul contact avec les Comores restent liens de parenté. « En 1962 ils m'ont proposé de fonder avec eux un mouvement de libération à l'instar de ce qui se fait ailleurs en Afrique. Je me suis donc étalé à les informer sur l'administration comorienne, comment elle fonctionne et qui sont les administrateurs  et les démarches pour les statuts ». Un problème qui n’est pas des moindres va se poser alors après la rédaction du statut. Qui va présider le mouvement ? Sûrement pas lui, empêché par sa qualité de fonctionnaire ni ces jeunes qui ne savaient rien des Comores.

Le coup de grâce viendra du ciel quand un certain Ali Mohamed Chami, connu pour son opposition contre Cheikh débarque dans l'île pour des soins, rejoint par simple concours de circonstance par Youssouf Abdoulhalik qui était à Zanzibar avec sa femme pour des vacances. A leur tour d'être convaincus par les relents indépendantistes et ont finalement accepté de ravir la tête du mouvement en quête d'une place et de légitimité au sein des mouvements africains de libération.

Obligé de déménager vers la Tanzanie déjà décolonisée, les dissensions ne tarderont pas à surgir six mois après la reconnaissance officielle du mouvement et son déménagement vers Dars Es Salam en 1963.

L'indépendance de Zanzibar qui est suivie par un coup d'État en 1964 n’arrangera pas les choses pour le jeune mouvement qui voit ses soutiens de première heure le lâcher et les aides s'effondrer de facto. Et pour cause, le Molinaco n’échappera pas à la manipulation des puissances mondiales, ce qui frustrera les autorités du pays d'accueil. Abdoubacar Boina va devoir donc abandonner famille et emploi pour remettre sur les rails une locomotive déjà à l'abandon.

« C'était très difficile de remettre les pendules à l'heure à un moment où nos principaux soutiens notamment le Tanganyika African Nation Uni (Tanu) ont fini par se décourager à cause de ses divergences », fait-il observer. Comment le mouvement est arrivé à survivre face à une telle situation ?

« Je laisse à vous, nouvelle génération fortement instruite, le soin d'imaginer combien on a souffert devant une puissance mondiale, fait-il observer, c'est l'abnégation et le fait qu'on ne rate jamais les réunions des comités de libération et les conseils des ministres ». Et de continuer : « j'ai profité de ces occasions pour distribuer des mémorandums et des tracts ». Les voyages pour Addis-Abeba, c'est lui même et la communauté comorienne qui finançaient ainsi que des amis d'autres mouvements de libération.

« Le Frelimo d’Albert Chissano m'a beaucoup aidé. Lui même était trilingue, il traduisait en anglais mes mémorandums et les tracts écrits en français. De même pour mon premier voyage à Addis-Abeba, c'est un amis du MPLA (Mouvement de libération de l'Angola) qui m'a payé l’hôtel ». La persévérance finira par payer en 1968 date à la quelle la question de l'indépendance des Comores sera abordée pour la première fois au sommet des chefs d'États de l’OUA à Alger, qui vont décider de saisir l'Onu.

« Tsiranana et certains pays francophones vont s'opposer génériquement mais n'auront pas la majorité ». La résolution sera votée. Des pays comme la Russie et la Yougoslavie reconnaîtront le Molinaco comme un mouvement de libération. Ainsi commence une nouvelle vie pour ce mouvement qui tissera d'avantage des relations fortes avec des pays comme l'Égypte de Nasser qui ouvrira les portes de la prestigieuses Al Azaha Charif à des boursiers comoriens.

 

Maoulida Mbaé 

                                       

          


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Commentaires (3)

  1. SAID:
    03/07/2017 à 05:49 PM

    comme lui, il en avait à la veille de l'indépendance. Mais nous savons que notre indépendance a été tronquée. Tous ces enfants de bonne volonté et de dévouement à l'adresse de notre chère patrie ont été été écartés ... .

  2. Ghailani:
    04/07/2017 à 04:58 AM

    Les braves et vrais patriotes ont tout fait et tout sacrifié pour cette jeune nation. Quelques décennies après c'est des personnes imbues de leur égo qui l'ont héritée. Quelle scandale? Quelle bande d'opportunistes qui refusent même de décorer celles et ceux qui ont transpiré et saigné pour la liberté. Pire encore ils semblent avoir vendu l'héritage du Molinaco à Mbeberu Mlapaha.

  3. Ghailani:
    04/07/2017 à 05:03 AM

    Quel Scandale? Les responsables de ces dernières années n'arrivent pas à la cheville de cette sommité du patriotisme comorien et les femmes et hommes tellement rares encore en vie doivent se poser des questions sur ce qui es devenu le fruit de leurs privations et sacrifices