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Soulèvements à Anjouan / Mouzaoir Abdallah: « Nous demandons une plus profonde implication de la communauté internationale »

Soulèvements à Anjouan / Mouzaoir Abdallah: « Nous demandons une plus profonde implication de la communauté internationale » © : HZK-LGDC

Dans une déclaration fracassante, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Mouzaoir Abdallah a brisé le silence, lui qui est si économe des mots. Il est revenu sur la situation politique qui prévaut dans le pays depuis la tenue du référendum et les conséquences qui peuvent en découler si rien n’est fait. Il est bien évidemment revenu sur les derniers événements qui ont agité l’île d’Anjouan, prônant l’apaisement.


Pour le bien du pays. « Ye mka pvavo pvo wa djuha wa hima kudji trambayo kudji tratru mindu, Ye mka pvavo mwendza wuhu tsawule, ngo rongowo hakuwu, sha zi trendwa kapvu. Kari tsu djuwa hula nda hupvi ngwendo nda hupvi, ndranzi na mra ndranzi yizo za wu tsuha ntsapve mwendza midzungu mwendza ankili ». L’ancien ministre des Affaires étrangères, Mouzaoir Abdallah a commencé sa déclaration par cette conversation que nous avons préféré vous transcrire en langue nationale pour ne pas en altérer le sens. Conversation qu’il a eue, il y a plusieurs décennies, alors qu’il était en tournée politique dans le village de Domoni.

 

Mouzaoir Abdallah avait commencé sa déclaration samedi, lors du rassemblement de l’Union de l’Opposition, place Badjanani. Rassemblement qui a finalement été interdit puis dispersé par les forces de l’ordre. C’est donc dans sa résidence qu’il finira son allocution. Ancien soutien de la première heure du président Azali Assoumani, son allocution sonne le glas de leur relation, que certains pensaient, privilégiée. « Ce qu’il s’est passé aujourd’hui (samedi, lors de la dispersion du meeting de l’Union de l’opposition ndlr) reflète le jugement que je porte sur Azali Assoumani, et les événements qui ne vont pas dans le bon sens », a-t-il fait savoir. Il profitera de l’occasion pour apporter son soutien à Anjouan qui, la semaine dernière, était en proie à une insurrection armée.

 

« Nous n’allons pas lâcher Anjouan, nous allons nous exprimer parce que les derniers événements ne peuvent que nous interpeller », a-t-il poursuivi. « Ye nyi wa komori mrongowawo za wuzi, no wudo hamba ndrogowo ye zaya ntsi, nyi nde ma zeha rawumbiwa nawo, na ma zeha kwadji wu renda nayi, hawu kaya lazima mbi zi wa kawushiye, zinu nga mzambiyo umati, sha walemengu wa zi djuwe, hawuka ngapvo ze taraha mbi zi pvirawo harumwa ye ntsi yinu, ngazidjo kawu zalisa ndrongowo zi ndrwadjina, zidjo kana wudziro harmwa yentsi ».

 

Après avoir tenu ces propos lourds de sens, il a insisté sur l’importance d’une profonde implication de la communauté internationale. « Il faut qu’elle prenne ses responsabilités, elle ne peut pas laisser ce qui se passe à Anjouan continuer de la sorte, elle ne peut pas laisser les citoyens se faire malmener de la sorte », a-t-il averti. « Ce qui s’y passe est tellement regrettable accouplé au fait qu’il n’y a aucune possibilité de faire machine arrière (référence au référendum) avec les lourdes conséquences que cela suppose».

 

En ce qui concerne l’interdiction du rassemblement qui n’avait pas reçu l’autorisation selon la mairie, répondant à la question d’un journaliste sur sa signification, il a répondu ceci : « Nous vivons dans un pays dit démocratique, il n’est pas possible que chaque fois que des citoyens voudront sa rassembler, qu’il leur soit exigé une autorisation au préalable alors que ce que nous voulons, c’est défendre nos droits. Même à l’époque des mercenaires, cela ne se passait pas comme cela ». La situation politique, selon lui est très tendue, oppressante. Il fera ensuite allusion à l’assassinat du président Ali Soilihi dont il était le ministre des Affaires étrangères. Et des 12 ans du régime Abdallah qui ont suivi, affirmant avoir refusé de travailler sous sa présidence parce n’étant pas d’accord avec ce qui s’y passait.

 

Et de rebondir sur l’actualité : « Je ne peux pas tolérer ce qui se passe maintenant, mieux encore, il me faut le combattre ». « Ce qu’il restera peut-être au président Azali sera de donner l’ordre qu’on me fasse du mal, que l’on m’emprisonne ». Et de refaire un bond dans le passé, quand il était dans les geôles du régime des mercenaires à Voidjou : « J’ai fait 8 mois en prison, c’est là-bas que j’ai connu le jeune Azali Assoumani alors qu’il revenait de l’Académie royale militaire; il m’avait fait bonne impression, tellement bonne impression qu’il m’a leurré parce qu’à l’époque, il me permettait de faire quelques pas dehors, à la nuit tombée ».

 

Il est revenu sur une plus grande implication des diplomates du pays, seuls selon lui, « à pouvoir apaiser la situation, en faisant pression sur le président afin qu’il rétablisse les libertés individuelles et collectives à Anjouan; pour les événements d’Anjouan, apaiser encore une fois, autrement le pays court un grand danger ». Pour lui, il faut que les diplomates se déplacent à Anjouan, qu’ils puissent s’entretenir avec les autorités de l’île autonome d’Anjouan, recueillir leurs avis. « Le gouverneur Salami est un garçon intelligent, les propos qu’il tient sont toujours sensés, il faut qu’ils l’écoutent ».

 

Mouzaoir Abdallah rejettera énergiquement les accusations portées sur le gouverneur d’Anjouan, accusé d’avoir fourni les armes aux insurgés de la médina. Réagissant sur le pacte passé entre le candidat Azali Assoumani et l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi (en détention provisoire depuis le 20 août dernier dans le cadre de l’enquête sur la gestion des fonds de la citoyenneté économique) lors des dernières présidentielles, il affirmera « que personne ne peut comprendre que deux personnalités se soient mises d’accord pour mener une même politique, et se partager le pouvoir et qu’une fois remporter les élections, il y ait eu pareille trahison ».

 

Et de poursuivre: « C’est grâce à Sambi que Azali a remporté les élections, ce dernier aurait pu faire preuve de reconnaissance, je le sais, j’étais là, je ne peux rien dire de plus ». Soutien de la première heure du président, il affirme que « depuis que Azali Assoumani a remporté les élections, je n’ai jamais pu le voir seul à seul ».

 

Faïza Soulé Youssouf

 


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