La Gazette

des Comores

Révision constitutionnelle / Un référendum qui divise la classe politique

Révision constitutionnelle / Un référendum qui divise la classe politique © : HZK-LGDC

Les Comoriens sont appelés aux urnes le 30 juillet prochain. Dans son message à la Nation depuis Anjouan, Azali Assoumani a annoncé la tenue d'un référendum sur une révision de la Constitution. Sur la question, les avis divergent. Si certains disent que le président a tenu parole en initiant ce référendum après la clôture des assises nationales, d’autres parlent d’un mépris des institutions.


Le Chef de l'Etat vient de l'annoncer, le référendum constitutionnel se tiendra le 30 juillet prochain. Si le contenu n’est pas encore connu, l’opinion, elle, reste partagée sur cette question. Houmed Msaidie, secrétaire général du parti Radhi se réjouit de voir le président de la République tenir sa parole de faire un référendum pour valider les conclusions des assises nationales. Son parti approuve et s’inscrit dans cette dynamique de révision constitutionnelle: « Je me réjouis que le président Azali Assoumani ait tenu sa promesse. On espère que la population va saisir cette opportunité offerte pour dépoussiérer la Constitution et alléger son fonctionnement et crédibiliser ses institutions », déclare Houmed Msaidié.

 

Alors que dans les rangs de l’opposition l’on craint de voir ressurgir les démons du séparatisme dans cette initiative, cet ancien ministre préfère citer l’article 10.2 de l’actuelle Constitution qui préconise des mesures si une telle action tente de se reproduire. « On peut être pour ou contre mais je ne pense pas qu’il y’aura une personne ou bien une île qui refusera le référendum. Ca été fait en 2009 et 2013 dans le calme », rappelle-t-il.

 

Du côté de la société civile, Idriss Mohamed parle d’un aventurisme du chef de l’Etat. Il reste convaincu que se pencher sur certains points en se fondant sur les assises apparaît comme une pure provocation. « Toucher à la tournante en se fondant sur des assises décriées apparait comme une pure provocation, un saut dans l'inconnu. Les démons du séparatisme risquent de ressurgir avec violence. Son venin est vivace et les quatre îles sont sérieusement gangrenées. Sous-estimer ce phénomène peut être lourd de conséquences. Il faut y ajouter une opposition prête à tout pour s'opposer à Azali. L'initiative parait donc aventureuse », lance-t-il.

 

Ce référendum de juillet 2018 en rappelle un autre, celui de Sambi de 2009, lorsque la France départementalisait l'île comorienne dans l'indifférence générale. Il se demande aujourd’hui quel est son objectif et qui veut-on couvrir. « Le président Azali semble pourtant sûr de son fait. Il a affirmé avec détermination qu'il ne tolérera pas des troubles de quelque ordre que ce soit. Il est certainement renforcé par la facilité avec laquelle il impose ses réformes, sans respect des normes juridiques », poursuit-il.

 

Au niveau de l’opposition, Idriss Mohamed dénonce un président autoritaire qui continue à mépriser tout un peuple en faisant fi de la souveraineté du peuple. Il reste convaincu que les conditions pour faire le référendum ne sont pas du tout respectées. « Les mécanismes devant conduire à un référendum ne sont pas respectés. Tout un ensemble de conditions pour pouvoir convoquer le collège électoral ne sont pas réunis », souligne Mahmoud Wadaane, membre de l’opposition, pour qui « dès le début, le président a fait preuve de mépris des institutions. La manière dont il a dissout la Cour constitutionnelle puisque il ne s’agit pas d’un transfert provisoire, démontre que le chef de l’Etat au delà du coup d’Etat militaire procède à un autre coup d’Etat constitutionnel ».

 

Le parti Ridja se dit très favorable à la révision de certaines dispositions de la Constitution afin de doter le pays, des institutions adaptées aux défis colossaux. « Ce serait faire preuve de démission voir de lâcheté collective que de vouloir maintenir les institutions actuelles qui, en réalité, favorisent la corruption et les détournements des deniers publics en faveur d'une poignée d'individus installés dans chacune des îles de l'archipel », avance Said Larifou, leader du Ridja. Son parti se prépare déjà à mener une campagne très active en faveur des réformes des institutions à partir du 3 mai.

 

A l'inverse, le parti Ulezi parle d’une mascarade politique. Selon le premier secrétaire du parti, la convocation est nulle et non avenue. Aucune procédure électorale ne peut être engagée avant la remise en place d'un arbitre républicain tel que la Cour constitutionnelle. « Le président Azali doit revoir sa copie et revenir sur sa décision qui n'a respecté aucune règle constitutionnelle. S'il décide de faire les choses à sa guise, alors autant se nommer empereur. On ne peut pas être gardien du temple et vouloir se l'approprier ! Il est uniquement le garant du respect de la Constitution mais il n'est pas la Constitution » lâche Natuk Mouza. En attendant, le corps électoral est convoqué le 30 juillet sur l’étendue du territoire en vue de se prononcer par voie de référendum sur le projet de révision de la Constitution de 21 décembre 2001, révisée.

 

Mohamed Youssouf

 


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