La Gazette

des Comores

Rétrospective politique / 2018 une année charnière pour la république comorienne

Rétrospective politique /  2018 une année charnière  pour la république comorienne © : HZK-LGDC

Assises nationales, attentat aux clous, Sambi en résidence surveillée, tentative de complot contre la sûreté de l’Etat, mutilation du gendarme le jour du référendum, insurrection à Anjouan, mise en détention du gouverneur d’Anjouan, Salami Abdou Salami, l’année 2018 a été mouvementée. En espérant que 2019 le soit moins.


Le 31 décembre 2017, lors de son traditionnel discours à la nation, le président de la République avait consacré beaucoup de temps à la tenue d’assises nationales courant 2018. Si celles-ci ont bien eu lieu, du 05 au 12 février,  elles n’ont pas été tout à fait inclusives, loin s’en faut. En fait, elles auront été le déclencheur de deux positions extrêmement opposées, que rien ni personne n’arrivera à concilier. Boudées par une partie de la société civile parmi lesquels, certains membres fondateurs du Mouvement du 11 aout, à l’origine du bilan post-indépendance, qui refusaient de « servir de caution alors que tout était joué d’avance » et de l’opposition, d’elles émaneront une série de propositions sur le bilan des 42 années de l’indépendance mais une seule retiendra l’attention de ceux qui en auront fait par la suite, la promotion : la réforme constitutionnelle.

 

Pratiquement à la même période, le 21 février 2018, des clous ont été déversés sur le tarmac de l’aéroport de Bandar Es Salaam alors que le présidentiel avion devait décoller pour Moroni, sans dégâts, fort heureusement. Deux agents de l’aéroport seront mis en détention préventive. Cette tentative d’attentat aux clous comme est communément appelée l’affaire, sera la première d’une assez longue série d’affaires qui ont émaillé l’année qui vient de se fermer.

 

Ainsi, alors que la Cour constitutionnelle était paralysée depuis plus d’une année (rien n’a été entrepris par les autorités  pour y remédier), le président Azali Assoumani, par une simple « décision » en date du 12 avril, a transféré « provisoirement » les compétences de la Cour constitutionnelle à la Cour suprême. Cet acte a fait scandale, l’Union de l’opposition le qualifiera de coup d’Etat, en vain.

 

Un peu plus tard, après une absence de plusieurs mois du pays, l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, et entretemps redevenu l’adversaire de l’actuel chef de l’Etat retourne à Moroni, au mois de mai. Alors qu’il contestait la tenue du référendum, le voici assigné à résidence « pour troubles à l’ordre public) par une note du secrétariat général du ministère de l’intérieur, le 19 mai. Il s’y trouve encore. Sauf que l’assignation à résidence s’est muée en détention préventive, dans le cadre de l’affaire dite de la citoyenneté. L’ex Raïs est inculpé pour « corruption, détournements de deniers publics », etc.

 

En juin alors que la tenue du référendum constitutionnel se profile, une grande réunion se tient à Mrodjou le 16, à la résidence du Gouverneur de l’île de Ngazidja. S’y trouvaient des leaders de l’Union de l’opposition, des élus et, surprise de taille, le vice-président, Djaffar Ahmed Said Hassani.  Haranguant la foule, celui-ci contestera publiquement l’inconstitutionnalité du scrutin à venir et fera connaître son opposition. Mis au ban du gouvernement, ce sera son unique sortie médiatique. On n’entendra peu parler de lui, jusqu’à son voyage précipité en septembre. Un mandat d’arrêt international a été émis contre lui dans la foulée sans réel succès, le 10. Il se trouverait vraisemblablement en Tanzanie.

 

Les  événements de l’année qui vient de s’écouler n’ont fait qu’augmenter et se sont même enchainés à un rythme très soutenu. Le référendum s’approche désormais à grands pas et voilà que le vice-président Moustadroine Abdou, est victime d’une tentative d’attentat par armes à feu  dans la nuit du 21 juillet à Anjouan, alors qu’il voulait se rendre dans sa région natale de Sima.  Seuls les pneus du véhicule ont été touchés par les balles.

 

Si l’Union de l’opposition avait au début scandé que la consultation populaire n’allait pas avoir lieu, elle a par la suite appelé à son boycott par ses partisans et sympathisants. Quelques jours plus tard, le 30 juillet, jour du référendum constitutionnel, le sergent Radjabou, alors qu’il se trouvait dans un bureau de vote dans un quartier de la capitale, a eu la main coupée par un groupe de gens qui ont fait irruption dans ledit bureau. Très vite, le principal parti d’opposition, le Juwa a été désigné comme étant l’instigateur de l’opération. Plusieurs de ses leaders ont été mis en prison, notamment Ahmed Hassan El-Barwane, le secrétaire général, de la formation politique  mais aussi son porte-parole, le Dr Chakour. Un autre membre de l’Union de l’Opposition, l’ancien ministre Mmadi Ali, avait lui aussi été arrêté. Et le quartier général du Juwa est depuis, mis sous scellé.

 

C’est dans ce climat tendu où mouvance présidentielle et Union de l’opposition s’accusaient mutuellement que le Haut représentant de l’Union africaine, Ramtane Lamamra, à la demande du président Azali Assoumani, est venu à Moroni en septembre. Sa principale tâche était de parvenir au désormais fameux « dialogue intercomorien ». Comme plus tôt dans l’année lors des assises nationales, l’Union de l’opposition et une partie de la société civile n’ont pas tardé à claquer violemment la porte des négociations, aussitôt remplacés par d’autres opposants et d’autres membres de la société civile. Nul ne sait où en est le dialogue intercomorien ou en tout cas, ses conclusions.

 

En plein dialogue justement, 3 députés de l’opposition, Tocha Djohar, Ali Mhadji, Mohamed Bacar Dossar ont vu leur immunité parlementaire, lever au début du mois d’octobre. La demande relative à la levée de l’immunité, introduite par le procureur de la république, Mohamed Abdou concernait à l’origine, 4 députés dont Abou Achirafi. Après l’échec d’une première tentative, la deuxième sera la bonne. Toutefois pour des raisons évidentes, Abou Achiraffi conserve encore sa protection immunitaire, contrairement aux 3 autres.

 

Toujours au cours du dixième mois de l’année, le 15 plus exactement, Anjouan est en proie à une insurrection armée. Les insurgés se barricaderont à la médina. Des tirs d’armes seront échangés. Ils feront 3 morts selon la version officielle. Un protocole d’accord sera signé le 19 entre les différentes autorités locales, insulaires et centrales, lequel accordait l’impunité à tous les insurgés  qui rendraient leurs armes. L’opération a remporté peu de succès, les insurgés par on ne sait quel miracle, ont tous pu s’échapper de la vieille ville malgré la surveillance des forces de l’ordre. Le gouverneur de l’île, Abdou Salami Abdou a été placé en résidence surveillée le 21 octobre avant d’être placé en mandat de dépôt le 27 octobre pour « atteinte à l’unité nationale, participation à un mouvement insurrectionnel, complicité de meurtre », etc. Lors de sa toute dernière interview, d’ailleurs accordée à La Gazette des Comores, le Dr Salami avait affirmé vouloir une enquête internationale pour faire la lumière sur l’insurrection armée. En vain.

 

 Le président Azali Assoumani nommera le 08 novembre, en lieu et place du gouverneur élu en détention, Abdallah Mohamed. Celui-ci fut un proche collaborateur de Salami, d’abord secrétaire général ensuite très brièvement directeur de cabinet. Salami avait procédé à un mini remaniement peu avant son arrestation le 21 octobre.

 

Toujours au cours de ce mois, le parlement était appelé à voter pour ou contre le projet de loi d’habilitation qui allait permettre s’il était adopté, au président de légiférer par ordonnances, plusieurs dispositions relatives aux élections. Reportée une première fois, la deuxième séance qui devait se tenir le 24 novembre n’a finalement jamais eu lieu. Confronté à une très large opposition, le projet de loi n’avait aucune chance d’être adopté. Le gouvernement par le biais de son secrétaire général a décidé son retrait. Les élections présidentielles se feront sans harmonisation des textes électoraux avec la nouvelle constitution.

 

En décembre, le 09 plus spécialement, les forces de l’ordre envahissent la ville d’Ikoni afin de récupérer deux véhicules, « sortis illégalement » de la douane. Bilan un mort par balles, le jeune Ahmada Gazon, victime collatéral de l’usage disproportionné de la force par des éléments de l’armée, meurt dans la nuit du 10 au 11 septembre. On y dénombre aussi plusieurs blessés, certains gravement. 10 jours plus tard, la commune de Bambao ya Mbwani a porté plainte contre X. 

 

Au cours de ce même mois, 4 procès se sont tenus devant la Cour de sûreté de l’Etat. Pour les peines les plus lourdes, l’écrivain Said Ahmed Said Tourqui, Me Bahassani Ahmed, l’ancien vice-président Djaffar Ahmed Said Hassani (condamné par contumace) et le commandant Faissoil Abdou Salami sont condamnés le 16 décembre à des travaux forcés à perpétuité, peine assortie d’une période de sûreté incompressible de 30 ans et la privation de leurs droits civiques durant 10 années. Ils sont accusés de complot contre la sûreté de l’Etat.

 

Le 24 décembre, le président de la république a publié le décret portant convocation du collège électoral. Les élections présidentielles et gubernatoriales auront lieu le 24 mars prochain pour le premier tour et pour le deuxième, ce sera le 21 avril.

 

Ainsi s’est achevée une année qui a été sur bien des égards, charnière pour notre jeune république.

 

Rassemblés par Fsy

 

 


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