La Gazette

des Comores

Rétrospective 2017 / Moroni rompt ses relations diplomatiques avec Doha

Rétrospective 2017 / Moroni rompt ses relations diplomatiques avec Doha © : HZK-LGDC

Début juin 2017, les Comores rompent leurs relations diplomatiques avec le Qatar, préférant se ranger derrière l’Arabie Saoudite dans cette crise du Golfe. Une décision qui ne sera pas sans conséquence puisqu’elle précipitera les évènements, allant même jusqu’à changer la donne sur l’échiquier politique des Comores. Retour sur un feuilleton qui a marqué 2017.


Nous sommes le mercredi 7 juin, à la sortie du conseil des ministres. Azali Assoumani, impassible, annonce officiellement devant la presse : « Il fallait faire un choix. Les Comores choisissent l'Arabie Saoudite même si le Qatar est un pays-frère plus qu'un pays ami ». Pour la petite histoire, le torchon brûle entre le Qatar et l’Arabie saoudite. Les Comores, qui entretenaient jusque là d’excellentes relations avec le Qatar et qui bénéficiaient d’un soutien conséquent de leur part, prendront partie pour l’Arabie saoudite, à l’instar du Bahreïn, des Émirats arabes unis, de l’Égypte, des Maldives et du Yémen. « L'Arabie Saoudite est le lieu choisi pour faire naître l'islam, c'est donc aussi notre pays », expliquera Azali Assoumani. D'aucuns déploreront un Etat comorien « pas si souverain » puisqu'apparemment assujetti à l'Arabie saoudite qui soutient Moroni chaque année à grands coups de centaines de millions de pétrodollars.

 

Les Comores, seul Etat de l'océan indien  membre des pays de la Ligue arabe, avaient rompu, un an avant l’arrivée au pouvoir d’Azali, leurs relations diplomatiques avec l’Iran c'est-à-dire, sous la présidence d’Ikililou Dhoinine. Le nouveau régime lui emboitera le pas, et demandera à l’ambassadeur et les Ong iraniennes de plier bagages. Avec cette rupture fracassante des relations diplomatiques avec le Qatar, les Comores confirment leur alignement sans faille derrière l’Arabie saoudite en  accusant  Qatar de « soutenir le terrorisme ».

 

Les ONG qataries priées de plier bagage aussi

Après la décision du président Azali Assoumani de se ranger auprès de l'Arabie Saoudite dans le conflit qui l'oppose à son voisin, les ONG qataries seront priées également de quitter le pays. Des départs lourds de conséquences pour les centaines d’orphelins soutenus par les Ong qataries. La fondation qatarie, principale actionnaire d'une entreprise d'eau minérale et d'une société de pêche aux Comores, a également reçu une consigne verbale de l'Emirat pour quitter le territoire. Là encore, ce sont plus de 200 personnes qui seront touchées par ces fermetures. Ces fondations s'étaient installées dans le pays suite à la conférence de Doha en 2011 pour le développement et les investissements aux Comores. C'est précisément la raison pour laquelle les autorités comoriennes se disent surprises car « la rupture avec le Qatar ne concernait que l'aspect diplomatique ». Les diplomates comoriens présents à Doha ont également été sommés de partir.

Rupture diplomatique à l’origine de la scission Crc/Juwa

La crise entre l’Arabie Saoudite et le Qatar aura des répercussions également sur l’alliance politique Crc/Juwa. Le 9 juin, soit deux jours après la déclaration d’Azali, Sambi, via les réseaux sociaux, s’exprimera sur le sujet, s’insurgeant contre la décision du gouvernement. La sortie médiatique de l'ancien président Sambi  n'a pas plu aux ténors du parti Crc. Ali Mhadji, député de Hambou, dans une conférence tenue à Moroni au siège du parti, le 12 juin, demandera au président Azali la fin de l'alliance avec Juwa. « La Crc demande le divorce avec Juwa », sollicite t-il. Dans une déclaration télévisée, le député Mhadji éclate de colère: "Si les membres du parti Juwa ne sont pas d'accord avec les ordres et décisions du président Azali, ils n'ont qu'à demander le divorce et partir. On demande en effet, au président de l'Union que nous en avons marre et nous avons honte de ce qui se passe. Si le parti Juwa ne demande pas le divorce, nous vous demandons de précipiter ce divorce et de leur fermer la porte."

Mardi 13 juin, un communiqué des services de Communication de Mohamed Ali Soilihi alias Mamadou assure que ce dernier "désapprouvait" la décision prise par le Chef de l'Etat sur la crise du golfe. Le lendemain, La gazette des Comores publiera un article intitulé : « Mamadou soutient désormais la position du gouvernement ». La Gazette précise qu'il s'agit plutôt d'un "REVIREMENT". « Je tiens à apporter un démenti catégorique aux propos selon laquelle je me désolidarise de la position d’Arabie saoudite, des Emirats arabe unis et Egypte sur la crise au Golf », dira Mohamed Ali Soilihi.

La rupture des relations entre le Qatar et ses voisins est liée à des enjeux stratégiques majeurs dont la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran, les ambitions du Qatar qu’ils n’arrivent pas à contenir, la guerre au Yémen et en Libye, le soutien financier au régime égyptien. Il reste que l’enjeu de cette crise est lié à la rivalité des deux grands pays de la région, l’Iran et l’Arabie saoudite, et dont l’expression la plus violente est la guerre civile au Yémen. 

Ibnou M, Abdou

 


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