La Gazette

des Comores

Report du vote du projet de loi d’habilitation / L’échec du gouvernement

Report du vote du projet de loi d’habilitation / L’échec du gouvernement © : HZK-LGDC

La date devrait être connue aujourd’hui La séance plénière pour le vote du projet d’habilitation aurait dû se tenir le 19 novembre à l’Assemblée nationale à 10h00. Après 5 heures de flottement, le ministre en charge des Relations avec les institutions a annoncé son report. La nouvelle date devrait normalement être connue aujourd’hui.


Il est des situations inénarrables. Celle qui a prévalu à l’hémicycle ce lundi 19 novembre en fait partie. Sauf que loin d’être cocasse, elle est tragique. Ce lundi 19 novembre devait se tenir la séance plénière en ce qui concerne le projet de loi d’habilitation, à 10h00. Elle permettra au président de la république, si elle passe, de légiférer par ordonnances, certaines dispositions du code électoral, de la loi organique relative à la cour suprême ou encore celles relatives aux conditions d’éligibilité du président afin d’être conformes à la nouvelle constitution.

 

Une seule information, du moins officielle, nous a été offerte par le ministre en charge des Relations avec les institutions, Mohamed Daoudou à 15h10min. Soit plus de 5 heures après le début prévu de la séance plénière. Mohamed Daoudou confirmera le report de cette dernière : « Elle devait se tenir ce matin mais les députés sont dépendants du règlement intérieur pour le fonctionnement du parlement ; nous attendions donc que le président de l’Assemblée nous prévienne, nous membres du gouvernement, afin de commencer les travaux », a-t-il expliqué. Et de poursuivre, « nous avons attendu longuement, le président de l’institution n’a pas fait appel à nous et c’est ainsi que cherchant à savoir ce qui se passait, l’on nous a informé qu’il avait convoqué une conférence extraordinaire des présidents au cours de laquelle il a été décidé que la plénière a été reportée ».

 

Conciliabules

 

Des journalistes présents, personne n’a posé ne serait ce qu’une question à la suite de la déclaration du ministre. Nous apprendrons également qu’une conférence des présidents est prévue ce matin pour décider de la prochaine tenue de la séance plénière. Et ce sera, tout, du moins pour les informations officielles. Entre 10h et 15h, l’hémicycle à l’Assemblée nationale avait ouvert sa très jolie porte en bois sculpté. Pas une seule fois, le président de l’institution, Abdou Ousseni ou encore les vice-présidents Maoulana Charif et Dhoihir Dhoulkamal n’y sont entrés. Pas plus que les membres du gouvernement qui étaient au parlement en nombre. Et entre cet intervalle, des infos glanées ici et là sur ce qui se passait. Le projet de loi d’habilitation est d’une importance capitale pour le gouvernement. Les habitués du parlement l’ont compris : quand une séance prévue en plénière démarre avec du retard ou ne démarre pas du tout (comme ce fut le cas ce lundi), c’est qu’il y a anguille sous roche. Des différents députés, interrogés, qu’ils soient de la mouvance présidentielle ou de l’opposition parlementaire, ressortait une évidence : « le projet de loi n’avait aucune chance d’être adopté ». Seulement, 9 députés sur les 33 que compte l’Assemblée y seraient favorables.

 

Enchères

 

« C’est le pourquoi de tous ces conciliabules dans l’aile réservée au président de l’Assemblée dans laquelle se trouvaient aussi des membres influents du gouvernement ». Et de poursuivre : « vous avez remarqué que les députés Moheliens ne se trouvent plus dans l’hémicycle, ils essaient de faire en sorte qu’ils votent pour ». Un autre, jubilant, espérait faire « augmenter les enchères ». Par pudeur, nous nous en tiendrons à cette petite phrase, agrémentée d’une petite dernière : « le ministre-là, il croyait nous rouler et bien, c’est nous qui l’avons roulé », a-t-il renchéri. Nous ne donnerons pas le nom du ministre en question.

 

Toujours est-il que durant les 5 heures passées à l’Assemblée, en compagnie des représentants de la Nation, où l’on a vu défiler membres du gouvernement, un grand élu mohélien, etc., les murs du Palais du peuple nous apostrophaient, nous journalistes. Et a révélé au grand jour ce malaise, cette défiance entre la population comorienne et ses élus : « vous savez, les députés finiront par voter cette loi, c’est une question de temps et d’argent », a par exemple, affirmé avec force un citoyen lambda qui « avait juste eu le temps de déposer son sac au boulot et de venir assister à la plénière ».

 

Jusqu’à hier, l’opposition parlementaire disait « tenir bon ». Sûre que le projet de loi d’habilitation n’allait pas passer. Sauf qu’ici, en république comorienne, l’équilibre des forces peut changer très vite, le temps d’une loi avant de reprendre son cheminement normal. Mais cette fois, les élus de l’opposition, ont en plus de la pression de leurs partis politiques, celle du peuple, du moins la partie qui ne soutient pas la politique du président Azali Assoumani et de son gouvernement. La fêlure qui existe entre les élus et la population risque de devenir un fossé, si étant de l’opposition, les représentants de la nation jouaient le jeu du gouvernement par mercantilisme crasse. Toujours est-il que sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes estiment que le report de la séance plénière « est en soit un échec du gouvernement qu’il faudra renouveler ».


Faïza Soulé Youssouf

 


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