Mahamoudou Ali Mohamed ou Mahamoudou CBE du nom de son entreprise, évolue à la fois dans le monde politique et dans le monde des affaires. Il a accepté de répondre aux questions de La Gazette des Comores / HZK-Presse.
Question : Azali vient d’opérer un remaniement ministériel. Quelle lecture faites-vous sur cette nouvelle équipe ?
Mahamoudou Ali Mohamed : La lecture semble simple. Il s’agissait de corriger l’action du gouvernement ou d’apporter des solutions face à son inaction. Du moins je suppose que le chef de l’Etat Assoumani Azali a modifié son gouvernement car rien n’allait plus. D’ailleurs lors d’une interview réalisée au 1er trimestre de cette année, je me rappelle avoir suggéré le limogeage d’au moins deux ministres qui s’étaient illustrés par leur désinvolture et leur incompétence dans la conduite des missions qui leur étaient confiées. Encore une fois, on constate le peu de cas d’écoute à accorder à son peuple et le non-respect de la place de la femme dans ce gouvernement. Le chef de l’État a fait fi de l’importance du rôle de l’équipe gouvernementale. Il a plutôt privilégié la politique des « bavou », des amis et des fidèles.
Question : Comment traduiriez-vous le déclassement de M. Msaidie, un des ministres influents de ce régime, passé de l’Economie à l’Agriculture ?
Mahamoudou Ali Mohamed : Le rôle influent de Houmed Msaidie se situait dans sa voix de porte-parole. Et il conserve ce rôle. Passé de l’Economie à l’Agriculture n’est pas pour moi un déclassement. De plus il reste toujours en 2e position après le ministre premier. Je suis plutôt effaré que des responsabilités encore plus importantes (l’agriculture, la Pêche et le Tourisme) lui soient confiées.
Question : Le directeur de la douane Kamalidini Soeuf est devenu ministre des Finances. D’aucuns voient dans cette promotion un joli pied de nez du chef de l’État à l’endroit de celles et ceux, surtout dans le monde des affaires, qui indexaient M. Soeuf comme étant le principal responsable de la cherté de la vie…
Mahamoudou Ali Mohamed : La politique économique et financière du chef de l’Etat Assoumani Azali a consisté jusqu’aujourd’hui à comment engendrer plus de recettes publiques. Et Kamal Soeuf l’a bien appliquée à la Douane. Son chef s’attend surement à ce qu’il fasse plus auprès des autres départements de perception. Il était tout à fait logique pour le chef de l’Etat de le remercier en hissant Kamal Souef au rang de ministre des Finances. Mais pourra-il appliquer le plan d’actions du ministère comportant plus d’une cinquantaine de points clés ? Mais la cherté de la vie et la difficile situation du monde économique ont empiré avec les hausses successives des taxes douanières et les pratiques abusives instaurées par Kamal Souef. Le message à l’endroit du monde des affaires est bien limpide. Le monde économique comorien s’est fracassé, mais pour le chef de l’État « tout va bien ».
Question : Il y a une récession économique très importante. Si cette question devait être parmi les priorités de ce nouveau gouvernement, que préconiseriez-vous ?
Mahamoudou Ali Mohamed : L’État, et les gouvernements successifs se sont montrés incapables d’assurer le minimum des intérêts économiques dans notre pays. La quasi-totalité des acteurs économiques est très vulnérable. La récession économique s’est enracinée. Toute bonne stratégie commence par l’écoute des citoyens. Les revendications de la population sont nombreuses mais il y a tout de même une demande qui hurle aux oreilles de tout le monde, du chef de l’État et de ses ministres : le peuple souffre, il veut être écouté et respecté. Mon conseil à ce nouveau gouvernement c’est cela. Ensuite réclamer des définitions de fonctions à votre chef et travailler pour le peuple. Et peut-être qu’un jour le peuple aura l’audace de décider !
Question : La non-reconduction de Mohamed Daoudou (qu’on savait tombé en disgrâce depuis au moins un an) en faveur de Fakridine Mahamoud a marqué les esprits. À quoi peut-on s’attendre, sachant qu’ils sont tous les deux de la capitale, centre névralgique de la stabilité nationale ?
Mahamoudou Ali Mohamed : Un ministre est là pour appliquer la politique du gouvernement. C’est l’équipe gouvernementale qui a été partiellement renouvelée. La méthode du gouvernement d’Assoumani Azali n’a pas changé à ce que je sache. Pour preuve, en deux jours de présence des jeunes de Mabedja coïncidant avec le changement de gouvernement, le chef de l’État a-t-il lancé des messages d’apaisement ? La liberté de parole est-t-elle instaurée ? Et celle de manifester ? Notre sécurité nationale ne s’apprécie pas avec ce jeu de chaises musicales.
Propos recueillis par Andjouza Abouheir
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