Azali vient de remanier son gouvernement en mettant ses ministres influents hors d’état de nuire. Cela va sans dire mais c’est encore mieux en le disant, l’éviction de Mohamed Daoudou et Said Ali Chaihane, ou encore l’affaiblissement de Houmed Msaidié sont un boulevard qui s’ouvre vraisemblablement pour la relève… C’est donc une équipe plus technocratique que politique, puisque l’ouverture politique espéré n’a pas eu lieu, tout comme le dialogue national qui aurait pu le justifier, en séduisant une partie de l’opposition.
Le remaniement ministériel a été annoncé jeudi 26 août. L’éviction de Mohamed Daoudou et de Said Ali Chaihane, respectivement ministre de l’Intérieur et ministre des Finances, marque le fait que plus aucun ministre nommé en 2016, dans la foulée de l’élection d’Azali Assoumani, ne se trouve au gouvernement. Le premier est le leader du parti Orange, la principale formation politique alliée au régime. D’aucuns lui prêtent, à raison peut-être, des ambitions présidentielles en 2024. Lui accorder la présomption d’innocence ne revendrait-il pas à se rendre coupable de naïveté ?
Kiki, comme il aime se faire appeler, est un fin politique. Il connait parfaitement Moroni. Et pas que. Le pays tout entier, dans ses moindres recoins, pour l’avoir sillonné et sillonné. Il fréquente le peuple. Et il le connait. Ils se connaissent. Il a rendu des grands « services ». Aux législatives comme aux municipales, il a réussi à faire élire ses candidats contre la gourmandise et l’appétence de la CRC, le parti du président Azali. C’est en son honneur, en tant que chef de parti, d’avoir résisté là où d’autres ont retiré leurs candidats pour céder le passage à la principal formation de la Mouvance présidentielle.
Mais son éviction à la tête du ministère de l’Intérieur peut être le début de la désillusion. Certes son successeur Fakridine Mahamoud n’est pas politique, ne fréquente pas le peuple et il est très loin des préoccupations de ce dernier, mais il peut tenter de mettre à contribution sa parfaite connaissance des sérails de l’État pour l’avoir servi comme gendarme, chef des Renseignements généraux, dirigeant d’une grande société publique…, pour ébranler Kiki ne serait-ce qu’à Moroni, centre névralgique de la stabilité nationale. Le parti Orange devrait peut-être se préparer à s’opposer « constructivement » au régime comme l’avait prévenu son porte-parole dans un entretien à La Gazette des Comores en juin dernier.
Quant à Houmed Msaidie, il est le plus grand perdant dans ce remaniement. Il se dit qu’il était très difficile pour le président de se séparer du plus politique des ministres mais en même temps il fallait affaiblir son influence politique. C’est fait. Aux yeux de tous nos partenaires, l’agriculture est un des postes stratégiques majeurs dans tous les pays du monde sauf pour les Comores. Nous importons tout, même des ignames, des pays voisins. Autant dire que l’agriculture n’a jamais été au centre des préoccupations des différents gouvernants qui se sont succédés après Ali Soilihi. C’est pourquoi Msaidie n’aura aucun rôle majeur à jouer à court terme. Il va initier des projets, accompagner ceux déjà existants mais pas de chantiers importants sur l’agriculture au point de laisser une trace pour la postérité. Bref, le désormais ex-ministre de l’Économie va devoir se contenter à continuer le projet du nouvel hôtel sur le site de Galawa et à porter la parole du gouvernement.
Une partie de l’opinion a très mal pris la nomination de Kamal Souef en tant que ministre des Finances. Cet ex directeur général des douanes est, surtout dans le monde des affaires, accusé d’être à l’origine de l’inflation constatée ces derniers mois et surtout de la perte du pouvoir d’achat des ménages les plus démunis. Sa promotion est perçue comme un joli pied de nez du chef de l’État à l’endroit des revendications contre la vie chère. Certes il a réussi l’exploit d’avoir les meilleurs recettes des douanes de ces 10 dernières années, mais cet effort budgétaire a-t-il été productif en termes de redistribution équitable de la richesse nationale ? D’aucuns pensent que le ministre de l’Économie Mze Abdou aurait fait un excellent ministre des Finances vu son background professionnel irréprochable mais, hélas, n’a pas la proximité nécessaire pour occuper ce poste.
Le déclassement du leader du parti Radhi, l’éviction de Kiki et Chaihane, la nomination des caciques du parti présidentiel à l’étranger, cet état de fait laisse supposer que le père est sur le point de dégager la voie pour son digne fils…
La Rédaction
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC