Le parti Juwa de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi voit de l’éviction de la présidente de la section électorale une manière pour le chef de l’État Azali Assoumani de « décourager » ses adversaires. Pour l’instant, il ne compte pas lui offrir ce cadeau comme l’a fait l’opposition malgache à Andry Rajoelina. « Il nous trouvera sur son chemin ».
Le limogeage de la présidente de la Section constitutionnelle et électorale de la Cour suprême fait couler beaucoup d’encre. Au sein de l’opposition, cette décision est très mal perçue. Mais pour autant, certains ne comptent pas jeter l’éponge malgré les pressions d’une partie de l’opinion qui voit en cette décision la voie vers un scrutin joué d’avance. Le candidat soutenu par la coalition de l’opposition dont Juwa, Salim Issa Abdillah, poursuit quant à lui son petit bonhomme de chemin. Contacté par La Gazette des Comores, son directeur de campagne Djaffar Mansoib se veut confiant. « Quand on change les règles du jeu en pleine campagne, c’est effectivement inquiétant. Mais on est dans les élections, on va l’affronter. S’il fait cela pour nous décourager, il se trompe car on est là. Il nous trouvera sur son chemin », réagit celui qui dit ne pas souhaiter faire « comme l’opposition malgache », laquelle a boycotté les élections offrant ainsi un boulevard au président sortant Andry Rajoelina, réélu dès le premier tour. « Il », c’est Azali Assoumani, président sortant et candidat à sa propre succession. C’est lui qui a limogé la magistrate de la haute juridiction.
Candidat pour la présidentielle, Mohamed Daoudou alias Kiki déplore quant à lui un défaut d’égalité des chances et appelle à une table ronde. « On ne change pas un arbitre en cours de jeu. Il y a matière à réflexion par rapport à la suite du processus. Face à cette situation, j’invite tous les candidats, y compris le président Azali, pour discuter car si l’on veut organiser des élections libres et transparentes, tous les candidats doivent être sur le même pied d’égalité. Là, il n’y a pas d’équité parce qu’aujourd’hui, il peut y avoir des décisions qui vont influer sur le processus et ce n’est pas normal », a-t-il a réagi sur RFI.
Cette inquiétude est aussi partagée par l’opposant Said Larifou, président du parti Ridja, résidant à l’étranger depuis plusieurs années. « Dans une lettre en date du 27 octobre 2023 envoyée aux Nations Unies, j’avais tenu, à titre préventif, à alerter les partenaires des Comores et les organisations internationales spécialisées sur le Coup d’État électoral en cours aux Comores. Il me semblait alors inadmissible, injuste et contraire aux textes en vigueur en Union des Comores et aux engagements internationaux signés par notre pays, que tous les organes chargés de conduire les prochaines élections soient tous sous la tutelle et l’autorité de la même personne qui, seule, désigne, nomme et révoque à sa guise tous les membres de ces organes », a-t-il indiqué dans une lettre ouverte aux magistrats de la Cour suprême.
Sans surprise, les soutiens du président sortant défendent bec et ongles ses décisions. « La nomination aux postes civils et militaires est une compétence constitutionnelle du président de la République. Je pense que l’opposition voit le diable un peu partout. Je ne vois pas quel timing il faut, l’État fonctionne, le président de la République est en fonction. Sa décision, c’est un pouvoir discrétionnaire qu’il peut exercer à tout moment », a expliqué à RFI Sounhadj Attoumane, secrétaire général de la présidence de la République. Ce qui est sûr, la mainmise du président sortant sur la plus haute juridiction n’est pas de nature à rassurer ses adversaires, à quelques jours de l’ouverture la campagne électorale.
Andjouza Abouheir
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