Samedi, 24 novembre 2018 devait se tenir la séance plénière du projet de loi d’habilitation après son report le lundi dernier. Le 21 novembre, la conférence des présidents a décidé de cette date. Les élus réfractaires à l’adoption du controversé projet de loi d’habilitation sont restés 14 heures de temps à l’hémicycle, les journalistes aussi, sans que la plénière ait lieu. Retour sur les principaux événements de cette rocambolesque journée.
A 09h00, les journalistes voulant entrer au parlement se verront interdire l’accès. La raison ? La sécurité nous a fait savoir que nous ne pouvions y entrer qu’à partir de 10h30 alors que la plénière devait se tenir à 10h00 tapantes. Après quelques coups de fil, nous voici autorisés à y accéder. Direction l’hémicycle. Ici encore, un problème. Le monsieur qui en tient la garde nous informe que seuls les journalistes d’Al-watwan et de l’Ortc, les médias d’Etat, sont autorisés à pénétrer le sanctuaire. Quelques coups de fil plus tard, l’on nous informe que nous journalistes avons le droit de nous installer au balcon surplombant l’hémicycle, qui est d’ailleurs pris d’assaut par de très nombreux citoyens. Par contre, seuls les photographes des médias d’Etat peuvent entrer à l’hémicycle.
A 10h00, il y a du grabuge au portail d’entrée. La sécurité empêche l’accès au parlement du député Abdoulkarim. Deux députés du Juwa, Ibrahim Mohamed Soulé et Mohamed Msaidie ne l’entendaient pas ainsi. S’en suivent bousculade et invectives. Les deux élus parviennent à faire entrer le député. La sécurité est renforcée et quelques minutes plus tard, il se retrouve à l’extérieur du Palais du peuple. Une conférence de presse est organisée dans la foulée. Ibrahim Mohamed Soulé accuse nommément le vice-président Maoulana Charif du principal parti au pouvoir, la Crc, lors d’un live Facebook, d’avoir ordonné à ces messieurs de la sécurité d'empêcher la venue du député Abdoulkarim. La conférence n’est pas achevée, que celui-ci entre au parlement.
Vers 10h30, soit une demi heure après le lancement prévu de la plénière, dans l’hémicycle, les députés opposés à la loi d’habilitation ont tous pris place dans le bloc central. Au niveau du perchoir, seuls les secrétaires sont présents. Aucune trace du président de l’Assemblée, encore moins de ses vice-présidents. Et contrairement à la séance plénière avortée du lundi 19, les membres du gouvernement sont absents, sinon plus discrets. Près de deux heures plus tard, Oumouri, le député d’Itsandra Nord, nous informe que « le président de l’Assemblée a informé les députés par un huissier qu’il était malade, qu’il rentrait à son domicile, que le gouvernement ne se trouvant pas à l’Assemblée, les conditions de travail n’étaient pas réunies ; il nous a donc demandé de partir et une fois que celles-ci (les conditions) seront de nouveau réunies, il nous le fera savoir ».
Les députés opposés à la loi d’habilitation refusent de quitter l’hémicycle, « craignant un piège ». Certains de ceux soutenant la mouvance présidentielle sont aussi sur place. Le temps s’égrène et chacun y va de son petit commentaire mais il ne se passe pas grand-chose. A 18h, le vice-président Dhoihir Dhoulkamal fait son entrée au parlement. Il invite la presse. Il veut faire une déclaration dans son bureau. Très vite, il minimise l’importance et « les enjeux supposés « de la loi d’habilitation et « exhorte le président de la république à convoquer le collège électoral puisque le projet ne le bloque en rien et ne bloque en rien le processus électoral et que la survie du régime ne dépend pas de son adoption». Il appelle aussi à cesser les stigmatisations contre les députés qui y sont favorables, et appelle « à la dignité ».
De 18h00 à 20h00. Le temps semble suspendu. Et puis, les députés présents dans l’hémicycle décident de prendre une photo de famille « pour sécuriser leurs voix et montrer au monde entier que la majorité est de leur côté ». Ils sont au nombre de 17. Ils font par ailleurs état des procurations en leur possession, lesquelles sont au nombre de 4. Selon eux, 21 députés sur 33 sont opposés à la loi d’habilitation. Passé ce moment, rien ne viendra troubler l'atmosphère déjà tendu à part les va-et-vient de ceux qui apportaient de la nourriture, de l’eau, du café, aux représentants de la nation, toujours présents dans l’hémicycle depuis 10h00 du matin.
A 23h59, les élus de la nation quittent l’hémicycle pour la salle des commissions des finances pour y tenir une déclaration. La plénière, samedi comme lundi n’a pas eu lieu.
Faïza Soulé Youssouf
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