La Gazette

des Comores

Politique / Une vingtaine de manifestantes pacifiques arrêtées par la gendarmerie

Politique / Une vingtaine de manifestantes pacifiques arrêtées par la gendarmerie © : HZK-LGDC

Parties du restaurant Le Cœlacanthe, des centaines de femmes ont battu le pavé jusqu’à la Place de l’Indépendance. Ici, ils ont observé un sit-in. Elles ont à peine terminé la récitation de quelques versets du Coran que les gendarmes les ont contraint à partir. Le journaliste de « Facebook FM » Oubeidillah Mchangama, est également arrêté.


L’opposition reprend-t-elle du poil de la bête ? Après la vague de répression systématique et de toute forme de manifestation contre le pouvoir, des femmes qui s’identifient à l’opposition ont réussi à descendre dans la rue samedi 30 novembre pour contester le régime en place. Elles avaient d’abord tenu une réunion de sensibilisation au restaurant Le Cœlacanthe avant de prendre leur courage à deux mains et battre le pavé. « Quand le coq n’est pas là, c’est la poule qui chante », a lancé Mma Barouf lors de la réunion. Cette dame originaire de la région de Dimani fait allusion aux arrestations massives des hommes politiques en général. « Ils sont tous mis en prison. Et maintenant, le moment est venu pour la femme de s’indigner et affronter Azali. Femmes, levez-vous et dites non à la dictature ! ».

 

Effectivement elles ont retroussé les manches. Toutes ont quitté la salle et emprunté la route, pancartes à la main, en direction de Volo-Volo. Sur ces pancartes on pouvait lire entre autres : « Azali n’est pas mon président », tandis que dans la salle où était tenue la réunion, une imposante banderole collée au mur : « Non à la conférence des partenaires » de Paris. Elles étaient plusieurs centaines et devaient s’arrêter au marché principal de Moroni. Mais arrivées à ce lieu où des vendeuses se sont jointes au mouvement, l’excitation gagna certaines d’entre elles qui ont continué la manifestation, tandis que d’autres, probablement venues du Nord de l’île, avaient rebroussé chemin.

 

La foule, quelque peu effritée mais animée d’une fougue révoltée, continue vers la Place de l’Indépendance. Durant tout ce trajet qui a duré une bonne quarantaine de minutes, La Gazette n’a constaté la moindre présence des forces de l’ordre. Les manifestantes sont arrivées à bon port. Elles se sont assises, ont entamé la récitation de quelques versets du Coran. A peine elles ont terminé de dénoncer le pouvoir que la gendarmerie a débarqué. Elles sont empêchées de partir et invitées à monter dans les pick-up des policiers.

 

Certaines ont opposé une résistance, allant jusqu’à se jeter par terre dans l’espoir de dissuader les gendarmes, en vain. Repérés dans leurs véhicules, des chauffeurs de bus qui attendaient des manifestantes ont été cueillis. Le journaliste de Facebook FM Oubeidillah Mchangama qui se trouvait en plein reportage vidéo au milieu de la foule, n’aura pas été épargné. Contacté par La Gazette dans les heures qui ont suivi la manif, la Gendarmerie n’a pas voulu nous indiquer le chiffre exact des personnes interpellées. Selon de sources anonymes, elles seraient une « vingtaine ». Ce qui correspond à nos estimations. Jusqu’au moment où nous bouclions ces lignes, samedi à 16H, ils n’étaient pas encore relâchés.

 

Ces interpellations de manifestantes pacifiques sont tombées à point nommé avec la conférence des bailleurs qui se tient à Paris ces 2 et 3 décembre. Une occasion pour l’opposition de prouver aux yeux du monde l’absence d’État de droit à Moroni, au moment où le régime et ses soutiens font des pieds et des mains pour faire croire le contraire. Et si c’était cela le but recherché, provoquer une mauvaise publicité au gouvernement Azali, lequel s’active à montrer patte blanche à la communauté internationale en général, et aux investisseurs en particulier ?

 

Toufé Maecha

 


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