Pour que le président Azali Assoumani puisse convoquer le collège électoral, il faut que le projet de loi d’habilitation l’autorisant à légiférer par ordonnance pour les textes relatifs à l’organisation des élections soit adopté. Selon certaines sources, celui-ci a peu de chances de passer. A moins que…
Le 17 octobre dernier, le gouvernement a déposé un projet de loi d’habilitation du président de l’Union des Comores à légiférer par ordonnance les textes relatifs à l’organisation des élections en Union des Comores.
Il est vrai qu’avec l’adoption de la nouvelle constitution, certaines dispositions relatives au code électoral ou encore au rôle de la cour suprême, entre autres, doivent être mises à jour. Maintenant se pose la question de son adoption. En dehors du parlement, les soutiens du régime Azali Assoumani, assurent que le projet de loi d’habilitation passera. Mais un autre son de cloche résonne. Comme ce député, proche de la mouvance présidentielle qui a requis l’anonymat. Il a assuré que le texte « avait peu de chances de passer ». Et de compter, les parlementaires qui voteraient pour. « Il n’y aura pas plus de 7 députés sur les 33 que compte le parlement», a-t-il affirmé. Avant de préciser : « ce vote est crucial car sans lui, le président de la république ne pourra pas convoquer le collège électoral, prélude aux élections anticipées prévues pour le premier trimestre 2019 ».
Les représentants de la nation qui soutiennent le président Azali sont connus. La Convention pour le Renouveau des Comores, principal parti au pouvoir, ne compte qu’un député, le vice-président Maoulana Charif, auquel il faut ajouter, Abou Achirafi, qui a opéré un ralliement. Le vice-président Dhoulkamal du parti Soma soutient la mouvance présidentielle, tout comme les deux députés du Radhi de Houmed Msaidie. Le président de l’institution, Abdou Ousseni a toujours voté pour les lois portées par le gouvernement. Il n’y a à l’évidence aucune raison pour qu’il en soit autrement pour ce cas de figure. Numériquement, le projet de loi a peu de chances de passer. Numériquement parce que dans la pratique, tout peut arriver. La dernière loi de finances en est l’exemple le plus éloquent.
Ce ne serait pas faire de la surenchère que de dire que tous les regards sont braqués sur le parlement et plus particulièrement sur l’opposition parlementaire (Juwa, Rdc, Updc). En tout cas, les regards des citoyens qui s’intéressent à la chose politique et ses enjeux. Elle a, avec cette habilitation, l’occasion de stopper, sinon de retarder les échéances électorales de l’année prochaine. L’opposition, ne reconnaissant toujours pas la nouvelle constitution et revendiquant « le retour à l’ordre constitutionnel ». 3 députés qui en sont issus ont déclaré fermement que le projet d’habilitation n’a aucune chance d’être adopté. L’un d’entre eux a même avancé un nombre plus généreux que celui-ci cité plus haut : « 10 députés à tout casser se prononceront pour, mais pas plus, il risque même d’enregistrer un rejet massif ».
L’opposition a ici une chance de prouver que la litanie entonnée depuis plusieurs mois, à savoir le retour à l’ordre constitutionnel et la tournante pour Anjouan en 2021 n’est pas qu’une rengaine sans profondeur. Surtout qu’il se murmure de plus en plus fortement que certains de ses leaders se préparaient déjà à l’élection présidentielle anticipée de 2019. Loin, très loin des revendications affichées publiquement.
Faïza Soulé Youssouf
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