Le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme à Genève, considère que le transfert d’Inssa Mohamed d’Antananarivo à Moroni au mois de juillet 2020, relève d’un « enlèvement extraterritorial commandité par l’État comorien ».
C’est par la réponse du ministre comorien des affaires étrangères que nous avons eu connaissance de la teneur du courrier du Haut-commissariat des droits de l’Homme à Genève. Cette réaction de l’agence onusienne et les termes secs employés, loin des louvoiements diplomatiques habituels, témoignent de la tension qui règne entre l’État comorien et le Haut-commissariat des droits de l’Homme. Laquelle tension, rappelons-le, était déjà palpable depuis qu’un expert de l’ONU sur la torture, en l’occurrence Nils Melzer, a dû suspendre sa visite aux Comores au mois de juin 2019, en raison des restrictions imposées par Moroni pour ses visites sur les lieux de détention.
Et de fait, par courrier Ref AL COM 1/2020 en date du 14 octobre 2020, émanant du bureau des Nations Unies sur les droits des l’Homme adressé au ministre comorien des affaires étrangères Dhoihir Dhoulkamal, le rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants, souhaite attirer l’attention du gouvernement comorien sur l’affaire d’Inssa Mohamed alias Bobocha, « extradé » (selon le terme savamment choisi par Moroni) de Madagascar aux Comores au mois de juillet dernier. Le rapporteur n’y va pas avec le dos de la cuiller : Inssa Mohamed a fait l’objet d’un « enlèvement extraterritorial commandité par l’État comorien sans mandat ni ordre judiciaire ».
Moroni qui regrette tout naturellement les « allégations » de la part du Haut-Commissariat des Droits de l’Homme, devait tenter de tirer son épingle du jeu. Et pour ce faire, le plan pensé consiste à dépeindre le fameux Bobocha en « terroriste ». C’est de bonne guerre ! « Le dénommé Inssa Mohamed est reproché d’avoir participé et organisé une tentative d’attentat à l’encontre du chef de l’État comorien Azali Assoumani, le 18 avril 2020… Il est donc étonnant de constater les allégations selon lesquelles l’intéressé serait poursuivi en raison de son engagement politique ». Le ton délibérément posé au début, montera crescendo. « Permettez-moi de vous rappeler que l’intéressé est connu des services policiers et judiciaires comme étant un grand trafiquant de drogue et d’alcool, de contrebande, opérant entre Madagascar et les Comores », poursuit M. Dhoulkamal dans sa réplique de trois pages et demi, en date du 10 décembre 2020.
Alors que le défaut de mandat d’arrêt est souligné par l’agence onusienne, Moroni assure le contraire. En effet, à en croire toujours la missive, Bobocha faisait bien l’objet d’un mandat d’arrêt international émis le 11 juin 2020, pour « atteinte à la sureté de l’État, tentative d’assassinat et terrorisme ». Une information que La Gazette des Comores n’a pas réussi à confirmer auprès de ses interlocuteurs réguliers. Pour ce qui est du transfert à Moroni du mis en cause le mois de juillet 2020, la partie comorienne indique que « les autorités judiciaires de l’Union des Comores ont coopéré avec les autorités de Madagascar conformément aux dispositions pertinentes de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée, notamment son article 16, qui évoquent les procédures exigées en matière d’extradition, entre l’État requis et l’État requérant ».
Inssa Mohamed a déjà été arrêté à Madagascar au mois de juillet et « extradé » à Moroni dans la foulée. Il était détenu à la maison d’arrêt de la capitale fédérale sous le coup d’un mandat de dépôt, après un court séjour à l’hôpital militaire. Il est poursuivi pour « association de malfaiteurs, complots et complicité, détention illégale d’armes à feu, non révélation de crimes et délits, recel des malfaiteurs ». Au mois de novembre, profitant de la liesse suscitée par le match opposant la sélection nationale au Kenya, il s’évade de la prison avec des dizaines d’autres détenus. Le 13 janvier, il s’est fait de nouveau arrêter à Madagascar. Alors que son transfert vers Moroni était prêt le 16 janvier, le gouvernement malgache a stoppé l’opération à la dernière minute, sous la pression de l’ONU à travers son agence le Haut commissariat pour les réfugiés (lire notre édition du mardi 19 janvier 2020).
Toufé Maecha
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