De nouveau arrêté à Madagascar le 13 janvier, Inssa Mohamed, célèbre sous le surnom de Bobocha, devait être extradé à Moroni dans un vol spécial. Mais les choses ne se sont pas passées exactement comme prévu. Il n’est pas arrivé ce 16 janvier à Moroni, peut-être même n’arrivera-t-il jamais…
C’était l’évènement le plus attendu de ce week-end, le transfert vers les Comores d’Inssa Mohamed depuis la grande île, Madagascar. Les éléments du PIGN - peloton d’intervention de la gendarmerie nationale - étaient déjà en ordre de bataille pour accueillir comme il se doit, à l’aéroport de Hahaya, celui qui est présenté par les autorités comme un « terroriste ». Cette effervescence avait même atteint le sommet de l’État. Mais à 8H00 de ce 16 janvier, l’avion de type Cessna Grad Caravan de la compagnie Madagascar Trans Air n’a pas décollé de l’aéroport d’Ivato. Le plan ne se déroulera pas comme prévu.
Pourtant tout était prêt, ficelé. Ou presque. La veille, le fugitif était transféré de Majunga à Antananarivo par voie aérienne, selon une source sécuritaire à Moroni. D’après un document officiel que nous avons consulté, Bobocha devait faire le voyage Antananarivo-Moroni avec 5 autres « passagers ». Ses compagnons de vol seraient des militaires malgaches devant l’escorter durant les 130 minutes du trajet. Sauf qu’à la dernière minute, les autorités malgaches ont fait machine arrière et stoppé l’ « extradition » selon une source diplomatique basée dans la capitale malgache qui précise que ce revirement est le fruit d’une « énorme » pression du Haut-commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR).
A Moroni la douche fut si froide que même les autorités, naguère surchauffées, se font discrètes. Le mandat d’arrêt international délivré par le juge Ali Amane à l’encontre d’Inssa Mohamed n’aura pas résisté au droit international et les engagements que l’État malagasy a ratifiés. Du moins pour ce week-end. Cette position corrobore en tout cas les bruits de couloir selon lesquels la première « extradition » du mois de juillet, n’en était pas légalement une, car menée dans la clandestinité, sans le sceau officiel d’Antananarivo.
Contacté par nos soins, le très médiatique procureur de la République de Moroni, Mohamed Abdou estime que le sujet relève désormais de la sécurité nationale, une façon de refiler la patate chaude au ministre de l’Intérieur. Alors que celui-ci a été contacté via la messagerie WhatsApp sans réponse, le directeur de cabinet du chef de l’État, chargé de la défense, regrettera, lui, de « ne plus » être dans le secret des Dieux.
Inssa Mohamed a déjà été arrêté à Madagascar au mois de juillet et « extradé » à Moroni dans la foulée. Il était détenu à la maison d’arrêt de la capitale fédérale sous le coup d’un mandat de dépôt, après un court séjour à l’hôpital militaire. Au mois de novembre, profitant de la liesse suscitée par le match opposant la sélection nationale au Kenya, il s’évade de la prison avec des dizaines d’autres détenus. Il est considéré par Moroni comme le cerveau de la tentative d’attentat à la dynamite contre l’avion du chef de l’État à l’aéroport d’Anjouan, au mois d’avril dernier. Affaire pour laquelle beaucoup de personnes sont mises aux arrêts.
Toufé Maecha
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC