La raison est simple : « ils ont fait le choix de ne pas se présenter aux élections, qu’ils restent donc chez eux ». Une déclaration qui fait la joie de l’opposition laquelle trouve par là un énième angle de tir.
Une mise en garde aussi bien cocasse qu’illégale. Le ministre de l’intérieur et leader du parti Orange l’a dit sans broncher lors du grand meeting réunissant tous les candidats de son parti au niveau de Ngazidja, à Ajao dimanche 5 janvier : « A l’attention du chef de l’opposition : puisqu’ils ont fait le choix de ne pas prendre part aux élections (législatives), qu’ils restent donc chez eux jusqu’à la fin de la période électorale car rien ne les autorise à tenir des meetings politiques ».
Et s’ils s’avisaient à s’affranchir de cette mise en garde ? « Nous allons gérer » leur cas, prévient le ministre connu par son je-m’en-foutisme aux règles démocratiques. Cette annonce que Kiki a faite avec tout son sérieux a amusé l’opposition qui y trouve une énième occasion de tirer à boulets rouges, à raison sans doute, sur le pouvoir.
« Je pense que cela confirme encore une fois que la dictature est là, elle est présente. Le destinataire de ce message s’appelle Azali Assoumani puisque c’est lui qui chante partout qu’il n’y a pas de dictature aux Comores. Je suis intimement convaincu que c’est bien lui le destinataire, et non l’opposition. Nous, nous savons déjà que nous vivons dans une dictature. Kiki demande à Azali Assoumani d’arrêter de dire qu’il y a de la démocratie aux Comores », devait réagir, amusé, Mouigni Baraka, figure de proue de l’opposition.
« Si nous ne nous sommes pas présentés c’est parce que les conditions pouvant nous donner des garanties n’ont pas été réunies. C’est une mascarade car d’ailleurs il a déjà conclu que ses candidats (du parti Orange) remporteront la victoire « dès le premier tour ». Ça montre que nous avions raison que l’opposition ne se soit pas présentée dans une telle mascarade et je ne peux que m’en réjouir. Dire qu’il va gérer, bah ce n’est pas nouveau. C’est eux qui gèrent tous les jours avec les emprisonnements arbitraires et les exils forcés. Rien de nouveau sous le soleil ! », poursuit l’ancien gouverneur de Ngazidja.
Coté juridique, la déclaration du ministre de l’intérieur ne passe toujours pas. Me Idrisse Saadi, avocat au barreau de Moroni, donne son avis à La Gazette des Comores qui l’a interrogé. « Les droits, les libertés et les garanties ne peuvent faire l’objet d’une suspension qu’en cas de déclaration d’état de siège ou d’état d’urgence, conformément aux dispositions de la Constitution », soutient-il, en référence l’article 19 de la Constitution. « Cette disposition se désolidarise complètement des propos tenus par le ministre de l’intérieur chargé des élections ».
Également le juriste appelle le ministre à « comprendre et surtout savoir faire la différence entre un politicien qui parle en public et un ministre, car son propos est juridiquement conçu comme étant une décision orale. Laquelle décision est en contradiction directe avec cette disposition constitutionnelle et met en péril la garantie des droits et libertés des citoyens comoriens ».
Il poursuit : « S’entêter unilatéralement dans une privation désordonnée et systématique des libertés fondamentales accordées aux citoyens comoriens par la Constitution, revient à croire que le ministère de l’intérieur est au-dessus de la Constitution de l’Union des Comores, une forme dangereuse tendant à ternir notre jeune démocratie (…) En définitive, le droit à manifester ne saurait souffrir d’une suspension quelconque, que lorsque l’état de siège ou d’urgence a été déclaré, ce qui n’est point le cas ».
TM
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