La Gazette

des Comores

Loi sur les binationaux : Azali « assume »

Loi sur les binationaux :  Azali « assume » © : HZK-LGDC

Sans surprise, le chef de l’État Azali Assoumani dit « assumer » la loi organique relative à l’élection du président de l’Union des Comores, excluant les binationaux de cette course à la magistrature suprême.


Dans un face à face avec la presse, hier mardi 17 janvier, le chef de l’Etat Azali Assoumani est revenu sur différents points de l’actualité notamment sur les échéances électorales desquelles les binationaux sont écartés. Malgré les multiples contestations sur cette loi qualifiée « d’exclusion », car elle empêche les binationaux de briguer la magistrature suprême sauf s’il renonce à leur citoyenneté étrangère, le président de l’Union des Comores ne cache pas sa satisfaction. « Il ne devrait même pas avoir un débat là-dessus car même les États-Unis qui sont la première puissance mondiale n’autorisent pas les binationaux à devenir président. Nous avons fait de même et j’assume », devait-il répondre à une question posée par un journaliste au cours de cette conférence qui a suivi la cérémonie de présentation des vœux à la presse. 

 

Si Azali Assoumani justifie sa position par crainte de voir un ex président fuir se réfugier dans son deuxième pays au lieu de répondre à la justice comorienne en cas de besoin, c’est loin d’être le cas pour ses opposants qui y voient une manière pour celui qui est à la tête du pays depuis 2016 de s’offrir un énième boulevard. « L’Assemblée nationale vient d’opposer les binationaux aux autres Comoriens. Notre pays a souffert avec le séparatisme, et cette loi va créer le sentiment, pour les binationaux, pourtant plus de la moitié de la population, de ne pas appartenir à la même nation. C’est inquiétant », fustige Me Fahmi Said Ibrahim. L’ancien candidat à la présidentielle de 2019 estime que « cette loi risque de contribuer à fragiliser la nation déjà affaiblie ».

 

« Elle suggère l’existence d’un lien de causalité entre le patriotisme du chef de l’Etat au fait que ce dernier ne soit pas détenteur d’une autre nationalité. Cela ne repose sur aucun fondement, c’est une fausse bonne solution à un vrai problème qui est notre incapacité à faire les réformes structurelles nécessaires qui sont un préalable à l’enrichissement de la nation comorienne et à son développement. Il est regrettable qu’après 47 ans d’indépendance, ce faux débat surgisse comme il a été dans certains pays de notre continent il y a 30 ans ou plus. En revanche, si la bi nationalité était la cause de notre sous-développement, les Comores seraient déjà très développées puisque, hormis Ahmed Abdallah Abderemane (1978-1989), aucun des 5 autres présidents que les Comores ont connus, n’était détenteur d’une autre nationalité », poursuit l’avocat.

 

Connu pour son sarcasme, Me Fahmi poursuit : « Je propose que la loi aille encore plus loin pour garantir le développement des Comores puisque le président ne gouverne pas seul. Il faut ainsi empêcher les ministres, les gouverneurs, les gradés de l’armée nationale, les diplomates et les hauts fonctionnaires comme les magistrats, d’accéder à ces fonctions s’ils sont détenteurs d’une autre nationalité. Ainsi le développement de notre pays sera-t-il garanti selon l’esprit de cette loi ». Il explique qu’il y aurait un problème si un gouverneur binational venait à être appelé à suppléer un président empêché. Idem pour l’intérim en cas de voyage du chef de l’État, « ce dernier doit veiller à ce que le ministre, par lui choisi pour l’intérim, ne soit pas un binational ». 

 

« C’est une loi qui n’est pas de nature à apaiser et unir la nation, elle va la diviser. Enfin, les Mahorais sauront que désormais, ils ne pourront même pas rêver d’être un jour président des Comores alors que notre Constitution affirme que Mayotte est comorienne. Les députés viennent créer la notion de Comoriens à part, alors que jusqu’à cette législature, tous les Comoriens étaient tous des Comoriens à part entière. Triste », déplore celui qui conclut en rappelant que l’ancien président du Ghana Jerry Rawlings est un des meilleurs présidents africains « et il a du sang écossais et de nationalité britannique ».

 

Andjouza Abouheir

 

 

 

 

 

 


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