La 77ème assemblée générale des Nations Unies se tient cette année dans un moment d'extrême tension après l’invasion Russe de l’Ukraine. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, jamais le monde n'était aussi proche du précipice nucléaire, surtout après les menaces du président Russe d'utiliser tous les moyens à sa disposition pour défendre son pays.
« Nous utiliserons sans aucun doute toutes les armes à notre disposition », une menace à peine voilée du président Russe à l’utilisation de l’arme nucléaire. Une perspective considérée différemment des deux côtés de l'Atlantique. Les européens considèrent les propos de Poutine comme étant un aveu de faiblesse de sa part surtout depuis la contre offensive ukrainienne, tandis que les américains prennent au sérieux la menace russe. Dans une interview à la chaîne américaine ABC rapportée par nos confrères de Le Temps, le porte-parole du Conseil de Sécurité Nationale John Kirby précise la vision américaine. « C’est une rhétorique irresponsable de la part d’une puissance nucléaire, mais ce n’est pas incohérent avec la manière dont il s’exprime depuis sept mois et nous prenons cela au sérieux », a-t-il avancé.
Lors de son discours jeudi dernier, le président Azali s’est essayé à un exercice d'équilibriste très périlleux en ne voulant pas frustrer l’ami américain tout en se tenant bien de ne pas trop choquer son allié objectif sur la question de Mayotte. La Russie étant la seule puissance à avoir pris clairement position sur l’appartenance comorienne de l'île de Mayotte. C’est pourquoi, mon pays, condamne avec la plus grande fermeté cette invasion, un acte d’un autre temps et, exhorte la communauté internationale de convaincre la Russie et l’Ukraine, de reprendre, dans les meilleurs délais, le chemin du dialogue », a-t-il déclaré. La fermeté utilisée par le chef de l’Etat, nous renvoyant aux déclarations de principes chers à la diplomatie classique qui consiste à condamner sans toutefois prendre clairement position.
Le président est revenu aussi sur l'épineux conflit israélo-arabe ou il a évoqué « l'impérieuse nécessité de trouver une solution rapide, juste et équitable à l’injustice flagrante que subit la Palestine ». Et le président de plaider « le droit du peuple palestinien à disposer d’un Etat souverain, avec Jérusalem Est pour capitale, en harmonie et en parfaite sécurité avec l’Etat d’Israël », une reconnaissance tacite du chef de l’Etat hébreu. Pas une surprise, quand on sait que depuis la signature des accords d’Abraham (décembre 2020) qui vise à la normalisation diplomatique entre Israël et certains pays arabes dont le Maroc, grand allié des Comores, des murmures qui se font de plus en plus entendre, évoque la possibilité d’un accord de principe entre (Israël et les Comores) pour une normalisation des relations sous certaines conditions. On nous parle d’une possible relance du « plan de paix arabe » qui avait dans le passé obtenu une large consensus au sein du monde arabe et voir au-delà.
A l’initiative de Fahd Ibn Abdelaziz alors prince héritier, le Royaume saoudien avait soumis cette proposition de sortie de crise lors du sommet de Fès en 1982, avant que le projet ne soit relancé en 2002 par le prince régent d’alors, celui qui deviendra Roi en 2005 Abdallah Ibn Abdel-Aziz Al-Saud. Des plans qui ont été torpillés à chaque fois par les israéliens*. Sur le Maroc, le chef de l’Etat a été plus que claire sur la position de son gouvernement et l’on comprend pourquoi. « S’agissant de la question du Sahara marocain, je tiens à réitérer ici, l’appui sans faille, de l’Union des Comores au principe de la marocanité du Sahara », a-t-il dit. Tout comme sur « la nécessité pour la République Populaire de Chine de recouvrer son intégrité sur la province chinoise de Taiwan », une position sans risque dans la mesure où même les grandes puissances ne reconnaissent Taiwan en tant qu’Etat souverain tout en lui assurant une certaine sécurité. Un pays n’a pas d’amis mais des intérêts, disait De Gaulle. La diplomatie étant une question de moyen et de rapport de force, les Comores n’ayant pas encore les moyens de leur diplomatie, on est dans l’obligation de s'accommoder avec les desiderata de nos bailleurs. La main qui donne est celle qui commande. Une faiblesse diplomatique qui se résume par l'absence de leviers de pression sur la France s’agissant de l'île comorienne de Mayotte.
* Le plan de Paix Arabe : Genèse, Réactions et Perspectives (Ghassan El-Ezzi) édition l’harmattan, 2002.
AS Badraoui
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