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des Comores

Issa Abdoussalami : « Il n’y a pas de méfiance entre la diaspora et l’Etat comorien »

Issa Abdoussalami : « Il n’y a pas de méfiance entre la diaspora et l’Etat comorien » © : HZK-LGDC

Nommé à la tête du commissariat chargé de la diaspora il y a seulement deux semaines, Issa Abdoussalam compte bien s’atteler sur le dossier du vote des Comoriens de l’étranger. Un dossier vieux comme Mathusalem et dont les enjeux politiques ne sont pas sans inquiéter la classe politique à Moroni. Ce docteur en sociologie, une des grandes gueules du régime à l’extérieur, plus précisément à Paris, estime par ailleurs qu’il n’existe aucun climat de méfiance entre la diaspora et l’État comorien. Rappelons que depuis plus d’un an, les Comoriens de France sont vent debout contre le régime en place. Un mouvement qui connait une très forte mobilisation qui n’a d’égal excepté le mouvement de 2009 après le crash à Moroni d’un avion de la compagnie Yemenia Airways.


Question : Vous venez d’être nommé commissaire chargé de la diaspora. Quels sont vos premiers chantiers ?

 

Issa Abdoussalam : Comme vous le savez, le Commissariat chargé de la Diaspora est une institution étatique très importante. Sous tutelle du ministère des affaires étrangères, le Commissariat a la charge de l’administration de nos compatriotes hors du pays en ce qui concerne la protection de leurs droits et de leurs intérêts. Il a aussi la charge de suivre le dossier du vote à l’étranger et participe à leur accueil dans le pays, en facilitant leur réinstallation ainsi que leurs séjours temporaires. Cela veut dire que le Commissariat est le point focal des activités de la diaspora à l’intérieur du pays comme à l’extérieur.

Il y a plusieurs chantiers à mettre en place mais je retiendrai pour vous trois aspects qui me semblent urgents et indispensables. D’abord, la visibilité de notre structure. Le Commissariat est régi par un décret présidentiel qui attribue au ministère de tutelle de déterminer son fonctionnement, son organisation et ses attributions. Or que jusqu’à aujourd’hui, ce travail n’est pas encore fait. Il nous revient maintenant d’impulser une démarche qui puisse donner à notre commissariat les moyens de bien travailler, c’est-à-dire une autonomie administrative et financière. Dans ce contexte nous travaillons avec la direction des affaires juridiques et le secrétariat général. Un autre point et non le moindre, c’est le travail de communication. Je pense qu’il faut expliquer aux citoyens ce qu’est le commissariat. Je ne suis ni un émissaire de l’Etat auprès de la diaspora, ni un ambassadeur. Certains me demandent même si mon bureau est en France. Cela a une signification. Le Commissaire est le premier interlocuteur des Comoriens de l’Etranger. Quand on parle de diaspora, ce ne sont pas uniquement les Comoriens établis en France, ou à Marseille, ou à La Courneuve, ou à Lyon. Il y a des Comoriens partout dans le monde : en Afrique, en Asie, en Amérique, dans les îles voisines de l’océan indien…Et cette diversité de Comoriens constitue ce qu’on appelle diaspora. C’est un travail de pédagogie, de sensibilisation citoyenne qu’il faut mener pour faire comprendre le statut à la fois juridique et politique du commissariat.

Ensuite, l’autonomie administrative et financière. On ne peut pas travailler si on n’a pas les moyens qu’il faut. Le Commissariat a besoin d’un siège pour héberger ses services, au même titre que l’Agence Nationale de Coopération Internationale (ANCI), le Commissariat au Plan ou le Commissariat au Genre. C’est dans cet aspect que les Comoriens de l’Etranger comprendront l’importance qu’on leur attribue dans le développement du pays.

Enfin, un troisième chantier est de faire le suivi des dossiers en cours par une adaptation effective au Plan Comores Emergentes (PCE) et au Plan de Développement Intérimaire (PDI).

Nous travaillons avec l’AFD sur le Projet de Développement France-Comores (PDFC) mais nous avons aussi des partenaires privilégiés comme l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) qui est toujours disponible à nous accompagner.

 

Question : Pensez-vous que vous incarnez le rassemblement et que vous allez parvenir à rétablir le climat de confiance entre la diaspora et l’Etat comorien, vous qui prenez plaisir à prendre violemment à partie ceux qui critiquent les actions du régime ?

 

Issa Abdoussalam : D’abord, incarner le rassemblement, je pense qu’il faut comprendre une chose. Il n’y a pas une méfiance entre la diaspora et l’Etat comorien. Les compatriotes qui sont au Maghreb, à Madagascar, en Amérique, en Chine, en Inde…n’ont aucun problème avec l’Etat. Je répète encore qu’on parle de diaspora comorienne. On ne peut pas être nombriliste et réduire ce qu’on appelle diaspora comorienne à ceux qui sont uniquement en France. Ensuite, je vous rappelle qu’il y a beaucoup de compatriotes, hommes et femmes qui sont en France et qui se montrent prêts à accompagner les actions de développement du pays. Alors, me poser cette question, c’est exclure et marginaliser une grande partie de Comoriens qui souhaitent et qui sont actifs dans des actions d’investissement au pays. Je peux vous citer plusieurs cas qui montrent cela : des entreprises, des start-ups, des associations qui œuvrent pour notre développement sont là et travaillent. Ce qui mérite d’être mentionné c’est de comprendre qu’une partie de la diaspora s’est investie dans la politique, dans l’opposition contre le régime et cultivent un esprit d’immobilisme, d’inertie et d’acharnement contre l’Etat. Et là, il faut vraiment un travail de prise de conscience collective. On peut s’opposer au pouvoir sans nuire et ternir l’image du pays à l’extérieur. Cela est possible. Donc, établir la confiance n’est pas un travail à sens unique. Nous avons des personnes respectables, influentes dans la diaspora qui peuvent nous accompagner dans la décrispation des relations entre « certains ressortissants comoriens en France » et le régime en place. Mais cela présuppose, comme je l’ai dit, une part de transcendance, de nécessaire dépassement des uns et des autres, pour le bien du pays, pour le bien de tous. Quant à la question de ceux qui critiquent les actions du régime, je n’ai jamais été violent envers eux. J’ai plutôt été toujours objectif dans mes propos et je pense qu’il n’y a jamais eu un dérapage verbal. J’ai tout simplement des amis qui ne supportaient pas que je leur dise la vérité, qu’ils étaient ou qu’ils sont sous l’emprise d’une manipulation et d’une récupération politique. Est-il violent de rappeler à un ancien ambassadeur des Comores d’éviter des propos qui nuisent l’image du pays qu’il a représenté ? Est-il violent de rappeler aux journalistes l’éthique et la déontologie de leur profession ? Est-il violent de recadrer des amis qui tentent de me faire un lynchage médiatique ? Je ne vois pas cette violence verbale dont vous parlez.

 

Propos recueillis par Andjouza Abouheir

 


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