« Il appartient à Azali Assoumani de fermer définitivement cette page de 3 ans, qui a été ensanglantée, dans un exercice du pouvoir douteux, contesté, au cours de laquelle, la République a été fortement ébranlée, les libertés publiques crucifiées, la liberté de la presse sans cesse bafouée, les droits de l’homme, et c’est le cas de le dire, durement torturés. En un mot comme en mille, le pays a connu une dérive totalitaire, certains n’hésitant pas à parler de dictature ».
Dans 2 jours aura lieu l’investiture de Azali Assoumani, élu dès le premier tour, lors d’une élection marquée par de graves violences et contestée à la fois par une bonne partie de l’opposition et de l’opinion publique.
L’investiture aura lieu dans le complexe sportif de Malouzini ce dimanche. Il appartient à Azali Assoumani, de faire en sorte que celle-ci ne soit pas une intronisation d’un monarque tout puissant, qui concentre à lui seul, les 3 pouvoirs, voire les 4. L’on parle de grâce présidentielle pour la cohorte de prisonniers politiques qui se trouvent dans les déshumanisantes prisons de la république comorienne et, ce serait selon certains bruits de couloir, la principale annonce de l’investiture. Cette grâce, une grande partie de la population l’attend pour des procès qui furent expéditifs mais pas seulement.
Le Azali Assoumani de ce 26 mai 2019 devra être un homme neuf, en rupture avec qu’il aura représenté à tort ou à raison, soucieux de marquer d’une belle empreinte l’Histoire de notre jeune Etat. Il faut sans doute préciser que la nature des attentes des citoyens comoriens a considérablement changé. La question sécuritaire a pris le pas sur la question économique. Plus que les routes refaites, plus que le riz revu à la baisse, plus que la stabilité de l’électricité ou de la fourniture de l’eau, le comorien ressent le besoin impérieux qu’on lui redonne confiance dans les institutions qui composent la République, aujourd’hui sans doute plus qu’hier. Il ne suffit pas de réconcilier les comoriens entre eux, comme annoncé. Il vous faut surtout réconcilier les comoriens avec les institutions qui fondent la République.
Et pour cause, le comorien ne se sent pas en sécurité, ne fait pas confiance en la justice, ne fait pas confiance en l’exécutif, ne fait pas confiance dans les forces de l’ordre. Intimidations, harcèlements, psychose, tortures, emprisonnements arbitraires, procès staliniens ont jalonné les 3 ans de la précédente mandature avec une exacerbation en 2018.
Il lui appartient ainsi de fermer définitivement cette page de 3 ans, qui a été ensanglantée, dans un exercice du pouvoir douteux, contesté, au cours de laquelle, la République a été fortement ébranlée, les libertés publiques crucifiées, la liberté de la presse sans cesse bafouée, les droits de l’homme, et c’est le cas de le dire, durement torturés. En un mot comme en mille, le pays a connu une dérive totalitaire, certains n’hésitant pas à parler de dictature.
Il appartient à Azali Assoumani d’apaiser la population dont il est à la tête. Lourde tâche que celle qui l’attend. Il lui faudra s’entourer des hommes et des femmes les plus méritants ne serait-ce que pour espérer atteindre l’émergence tant vantée. Des hommes et des femmes compétents disais-je, mais encore faudrait-il qu’ils soient républicains, probants, portant à cœur l’intérêt général. Qu’un vent nouveau souffle sur la République. Que les Comoriens soient libres de manifester, de revendiquer, de critiquer. Que les organes de presse, tous les organes de presse soient libres d’informer, que la presse soit réellement le 4eme pouvoir. Que les citoyens comoriens, peu importe leur obédience politique ne soient pas stigmatisés et mis à l’écart pour non-appartenance à la mouvance présidentielle. Que l’armée soit républicaine. Que la lumière soit faite sur les principales affaires de 2019. Que les comoriens, tous les comoriens soient assujettis aux règles qui régissent la République, à commencer par le premier d’entre eux. Vaste chantier, mais s’il fait sienne cette noble ambition, tous les espoirs sont permis… car Azali III n’a pas droit à l’échec.
Mohamed Youssouf
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