Le 10 mai dernier, des chiites qui effectuaient la prière du vendredi ont été malmenés par les forces de l’ordre. Ils ont par la suite été conduits au ministère de l’intérieur. Selon Mohamed Rafsandjani, « cette intrusion n’était pas légale ».
Vendredi dernier, plus de 30 fidèles priaient dans une mosquée située au sud de la capitale. « Nous étions en train de faire la prière du Djumwa, le Gipn a débarqué, cassé la porte, piétiné les tapis de prière et nous ont tirés par la main pour sortir dehors, pieds nus devant tout le monde », a témoigné un fidèle, qui pour des raisons de sécurité, a requis l’anonymat. La raison de toute cette violence est que tous ces fidèles sont chiites. Un autre croyant a fait valoir « qu’ils ne se sentaient pas en sécurité ici ». Et un autre de faire part de l’étonnement d’un des agents du Gipn, quand il a constaté « que les chiites lisaient le même coran que les sunnites ».
Toujours est-il que le groupe a été conduit manu militari au ministère de l’intérieur où il est resté jusqu’à 17 heures, leurs téléphones confisqués. Là-bas, ils ont dû décliner leur nom, leur confession, etc. Aux agents présents à qui ils demandaient plus de précisions quant au pourquoi de cette interpellation violente, ils auraient répondu, « nous on ne fait que nous conformer aux ordres et ceux-ci viennent d’en haut ».
Les fidèles parmi lesquels se trouvaient des personnes âgées, malades sont tous d’origine étrangère. Certains sont comoriens établis ici depuis plusieurs décennies, d’autres non mais aucun comorien « de souche ». Ils ont été donc relâchés, « traumatisés et la peur au ventre », « choqués que leur lieu de prière ait été « vandalisé, souillé dans un total irrespect ».
L’histoire a scandalisé une bonne partie de l’opinion publique. Des posts de soutiens ont été publiés sur les réseaux sociaux, en particulier sur Facebook, des Comores à Madagascar où vit une importante communauté d’origine indienne ou pakistanaise.
La question qui se pose après cette violente intrusion dans un lieu de culte est d’ordre légal. Les policiers en avaient-ils le droit ? Selon Mohamed Rafsandjani, doctorant en droit constitutionnel, la réponse est « non, ils n’en avaient pas le droit ». Il explique « qu’il faut d’abord une loi qui réglemente le rite (chaféite, ndlr), c’est au législateur de régir les droits et les libertés publics ». Ensuite, a-t-il poursuivi, « le ministre de l’intérieur qui n’est qu’une autorité administrative peut appliquer la loi par voie d’arrêté par exemple, afin de la faire respecter, en notant tout de même qu’il ne peut le faire qu’à titre préventif, c’est-à-dire, pour préserver par exemple l’ordre public, mais autrement, cela ne serait plus de son ressort mais du ressort de la justice ».
Tout ce charivari s’explique par le fait que selon la constitution révisée en 2018, « l’Islam est religion d’Etat. L’Etat puise dans cette religion, les principes et les règles d’obédience Sunnites et de rites Chafiites (sic) qui régissent le culte et la vie sociale (art 97) ». « Cette inscription dans la constitution change la donne par rapport à celle de 2001. Cela donne aux autorités le droit de régir le culte et la vie sociale en général suivant les prescriptions sunnites et chaféites », a expliqué notre interlocuteur, non sans rappeler « qu’ils avaient attiré l’attention sur la dangerosité de cette constitution en vain ».
Et encore une fois de rappeler « cependant, pour régir le culte, il faut des lois, la constitution ne posant que des principes constitutionnels et cette loi est pour l’instant inexistante ». Quid des étrangers qui ne seraient pas de confession sunnite, chaféite ? « L’Islam sunnite mentionné dans le préambule présente celui-ci comme un élément de l’identité nationale, donc de ceux qui font ou qui aspirent à faire partie de la communauté nationale, en d’autres termes, tout ceci ne concerne pas les étrangers », a indiqué Mohamed Rafsandjani.
Après la polémique sur le nombre des Raqq’as du Taraweh, l’interdiction « du sport de nuit », de l’intrusion des forces de l’ordre dans une mosquée chiite, attendons donc le prochain épisode de la très longue suite « d’interdits » en Union des Comores.
Fsy
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