A Anjouan où avec des membres du gouvernement il menait campagne pour les Assises nationales, le vice-président en charge de l’aménagement du territoire assurant l’intérim du chef de l’Etat, a accepté de répondre aux questions de La Gazette des Comores / HZK-Presse sur les Assises nationales et la consultation insulaire que veut organiser le gouverneur d’Anjouan. Les questions cultuelles qui, il faut le dire, intéressent beaucoup le régime actuel font partie des sujets abordés au cours de cet entretien.
Question : Vous battez campagne à Anjouan dans le cadre des Assises nationales pour le bilan des 42 ans d’indépendance. Pourquoi essentiellement ici et quelle appréciation faites-vous depuis maintenant des mois que vous avez lancé la machine ?
Moustoidrane Abdou : Je dirais que précisément à Anjouan parce que moi je suis le vice-président anjouanais. Alors si j’ai des sensibilisations à faire je dois les faire d’abord chez nous avant de les faire dans d’autres îles. Il y a des vice-présidents à la Grande-Comore et à Mohéli. Donc c’est à eux de voir quand est-ce qu’ils vont commencer. Moi j’ai pensé que le plutôt serait le mieux. C’est ce que je fais car je me sens beaucoup plus concerné par ces Assises. Anjouan est une île qui a connu le séparatisme, c’était aussi le président Sambi qui a changé la Constitution et beaucoup de choses qui ont mis à mal l’unité nationale à tel point qu’il y a beaucoup de gens qui croyaient qu’Anjouan était un Etat à part. Alors là on s’est dit qu’on doit tout faire pour que les anjouanais sachent que l’île d’Anjouan fait partie intégrante de l’Etat comorien, et qu’elle ne peut pas faire cavalier seul. Depuis que nous avons lancé la campagne, je trouve que beaucoup de gens commencent à comprendre car c’est maintenant qu’ils arrivent à entendre beaucoup de vérité. Une chose à la quelle la population anjouanaise n’était pas habituée, hélas.
Question : Vous êtes pour des Assises nationales. Pourquoi vous opposez-vous à des consultations insulaires, plus particulièrement à Anjouan ?
M.A : Parce que les autorités anjouanaises et leur parti Juwa n’ont d’autre motivation que de se séparer des autres îles parce qu’ils ont la soif du pouvoir. J’insiste à dire que les autorités anjouanaises actuelles, quand elles ne sont pas au pouvoir elles raisonnent national. Mais dès qu’elles sont au pouvoir, elles raisonnent insulaire pour leurs propres intérêts, et manipulent les anjouanais en leur mentant qu’ils les défendent comme si les intérêts des anjouanais ne sont pas des intérêts comoriens. Et un comportement pareil, ne peut pas être toléré. Il faut que les anjouanais comprennent que nous cherchons à conserver l’unité et non se disloquer. Et c’est justement le tremplin de ces Assises : le développement du pays dans l’unité. Les Assises sont nationales. Pas d’Assises insulaires. Et là c’est clair.
Question : Le gouverneur de Ngazidja est en train de consulter les Wangazidja…
M.A : Ce que nous voulons, ce n’est pas ce qu’une île souhaite pour soi. Plutôt ce qu’elle souhaiterait pour les Comores. Des idées pour la nation et non insulaires. Il faut converger dans l’unité. On ne peut pas accepter le retranchement insulaire. Salami et son mentor Sambi eux, ils prônent des idéologies séparatistes. Ils sont là pour créer des perturbations. Ils veulent pousser les Anjouanais dans la rue. Provoquer des bains de sang dans le pays. Et ça, jamais on ne peut tolérer. Jamais ! Qu’ils prennent garde sur ce chemin. Qu’ils sachent que personne n’a oublié qu’ils n’ont rien fait d’autre que débarquer à Anjouan pour verser du sang.
Question : Les Assises sont dites inclusives. Pourquoi menacer d’expulser ceux qui seraient contre ? Le débat contradictoire vous ferait-il peur ?
M.A : Nous ne menaçons pas ceux qui mènent des débats contradictoires. Non ! Nous disons que ceux qui ne veulent pas les Assises, c'est-à-dire ceux qui veulent ramener les gens dans la rue pour troubler l’ordre public en brulant des voitures…, nous ne serons pas d’accord avec eux. Tous ceux qui veulent prendre part pour la construction des Comores, sont les bienvenus.
Question : A vous entendre, vous, gouvernement, récupérez ces Assises alors qu’elles sont dites « nationales » par la société civile qui les a initiées, le Mouvement du 11 août notamment…
M.A : Je suis d’accord que nous ne sommes pas les initiateurs des ces Assises. Mais dans la mesure où nous avons accepté qu’elles soient organisées, nous avons le devoir de veiller à ce qu’elles se déroulent dans un climat apaisé pour ne pas que certaines personnes ne s’en servent pour porter atteinte à l’unité nationale.
Question : Devant l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, Son excellence Azali a dénoncé à juste titre les persécutions birmanes contre la minorité Rohyngas. Comment expliquer la démolition des mosquées à Anjouan et les propos hostiles que tiennent les autorités à l’encontre de la minorité chiite aux Comores ?
M.A : Ca n’est pas la même chose. En Birmanie il y a des chrétiens et des musulmans, donc deux choses différentes. Par contre ici, il y en a qui veulent venir nous apprendre qu’ils sont des bons musulmans par rapport aux autres. Alors que nous, nous connaissons l’héritage que nous ont légué nos ancêtres. Nous tenons rigueur de ce qui se passe dans les pays arabes où il y a le chiisme. Deux enfants qui ont grandi dans la même famille, l’un, une fois grandi, ne peut pas comprendre que le père dont il porte le nom n’est pas le sien propre. Donc nous non plus nous ne pouvons pas comprendre que l’Islam que nous avons hérité n’est pas le bon. On ne peut pas comprendre qu’ils viennent nous raconter que l’Islam que nous pratiquons nous mènera en enfer. Quand est-ce qu’ils ont rencontré Dieu, ces gens-là ? Qu’ils nous le disent. Pourquoi ils veulent nous convertir au chiisme ? D’ailleurs, et je le dis haut et fort, nous allons totalement déraciner le chiisme sur l’ensemble du territoire.
Question : Un dernier mot, monsieur le vice-président ?
M.A : Nous avons engagé une sensibilisation pour que le peuple comorien comprenne l’utilité de l’unité. C’est ça ce que nous sommes venus prêcher. Je profite ici pour prendre l’exemple de la radio Ndzuani. Elle ne peut pas exclusivement diffuser les événements de Juwa. Il faut que les dirigeants de l’île comprennent que la radio n’appartient ni à l’île ni un parti politique. C’est une radio publique, donc de l’Etat. Que tout le monde puisse s’exprimer au nom de la diversité d’opinion. Sinon nous serons obligés de prendre des mesures draconiennes.
Propos recueillis par Toufé Maecha
(Ndlr : L’entretien s’est déroulé l’après-midi du vendredi 23 septembre à l’hôtel Al-amal, Anjouan)
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.