Interview Zahara Toyb, syndicaliste et femme politique « Je pense qu’on doit faire comme les hommes: intégrer les partis politiques et prendre des responsabilités au haut niveau »
Quel regard portez-vous sur les conditions de la femme comorienne en général ?
Zahara Toyb : La femme comorienne vit une condition appréciable par rapport aux autres pays d’Afrique. Concernant l’éducation, je pense qu’on a fait une percée parce que la campagne de sensibilisation sur la scolarisation de la fille a donné des résultats. La campagne de sensibilisation sur la déscolarisation précoce apporte aussi ses résultats. On essaie quand même d’orienter les jeunes filles et il y a des mesures d’accompagnement pour les aider à s’intégrer au niveau social et économique. Sur le volet économique, la femme se trouve surtout dans l’informel mais quand même, il y a des percées car on retrouve des femmes chef d’entreprise, des responsables au niveau des associations et syndicats. Donc on peut dire qu’il y a un chemin parcouru mais qu’il reste beaucoup à faire. Au niveau de l’entreprenariat au féminin, les conditions de prêt dans les institutions financières même dans les micro-finances posent problème pour la femme parce qu’il faut hypothéquer et on n’a pas grand chose et le taux d’intérêt reste aussi élevé. Dans ce domaine là, je pense que nous avons beaucoup à faire et aller jusqu’à demander une institution financière pour les femmes comme ça se fait en Afrique de l’Est. Il y a une banque spéciale pour les femmes. Ce côté là, je pense qu’avec la plateforme Océan Indien de l’entreprenariat, on peut ensemble, avec notre plateforme politique faire quelques chose. Je pense que tant que la précarité dominera chez la femme, il n’y aura pas de développement dans ce pays.
Vous avez un parcours atypique. Syndicaliste, militante de la société civile et femme politique. Que vous inspire cette expérience ?
Z.T : Je fais partie des membres fondateurs du Réseau National Femme et Développement et aujourd’hui, je peux dire que s’il y a beaucoup d’associations en milieu rural, je crois qu’on y a beaucoup contribué. J’étais très à l’aise dans la mise en place des associations communautaires mais au niveau syndicalisme, c’était très difficile parce que je me sentais menacée. Donc je ne pouvais pas évoluer au niveau professionnel. Un fait m’avait marqué. Un jour, je devais aller à Maurice pour une formation. On était 3. Une femme de Mohéli, d’Anjouan et de Ngazidja. Et la veille de mon départ, on est venu me retirer mon billet, mon passeport et les perdiems. Pourquoi ? Parce que j’étais responsable syndicale et il y avait une grève pour revendiquer nos droits les plus élémentaires soit notre salaire à la fin du mois!
A votre avis, y’a t-il des avancées par rapport aux conditions de la femme comorienne ?
Z.T : Oui. La femme se positionne un peu dans tous les secteurs. Que ça soit agroalimentaire, au niveau de la santé, ou de l’éducation. Là où on rencontre des problèmes, c’est dans la sphère politique parce que là, la femme est timide car elle ne veut pas faire de la politique.
Pourquoi selon vous ?
Z.T : C’est la question que l’on se pose. Peut-être à cause de l’éducation qu’on a eue, nos coutumes et traditions. Ensuite, les femmes regardent les partis politiques avec un mauvais regard parce qu’elles pensent que c’est un milieu qui n’est pas honnête. C’est un milieu où il y a beaucoup de corruption donc la femme choisit de rester avec ses habitudes. Mais je pense qu’on doit faire comme les hommes: intégrer les partis politiques mais aussi prendre des responsabilités au haut niveau. Mais pour cela, il faut régler le problème de la maison. Il faudrait que le mari accompagne sa femme ainsi que la famille. Pour le moment, on n’a pas cette liberté de faire, en quelque sorte, ce que nous voulons faire. Je pense qu'en tant que mère et femme, nous devons être des éducatrices et sensibiliser le monde familial pour qu’il nous accompagne. Malheureusement, je pense que nous sommes encore timides et dans notre plateforme, femme politique Océan Indien, notre objectif est de sensibiliser les femmes et les jeunes filles à oser intégrer les partis politiques. C’est un appel qu’on fait à notre gouvernement et nos partenaires pour nous accompagner dans cette démarche. On veut que ça soit possible, que la femme se dise: "Oui, je peux participer à bâtir un Etat de droit".
Propos recueillis par MY
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