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Interview Salami Abdou Salami : « Je ferai les Assises régionales et personne ne pourra m’en empêcher »

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Interview Salami Abdou Salami : « Je ferai les Assises régionales et personne ne pourra m’en empêcher » © : HZK-LGDC

Le gouverneur d’Anjouan reste ferme sur sa position de consulter les Anjouanais en vue des Assises nationales. Dans cet entretien qu’il a accordé à La Gazette des Comores / HZK-Presse, Salami Abdou Salami déplore les discours « incendiaires » tenus plus particulièrement à Anjouan par les autorités nationales.


Question : L’île d’Anjouan est-elle prête à participer aux Assises nationales ?

Salami Abdou Salami : Ce sont les Assises qui vont nous le dire. C’est le cadre général qui nous permettra d’accepter ou non. Qu’on s’assoit ensemble pour faire le bilan des 42 ans d’indépendance, je l’ai dit et je le répète je ne vois aucun problème. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais au préalable, il faudrait savoir qui et qui vont y participer, et quels seront les sujets discutés. Il faut aussi qu’on nous dise si les conclusions auxquelles nous aboutirons seront considérées comme des lois ou juste des directives. Si elles étaient considérées comme des lois, quand est-ce qu’elles seraient appliquées ? Jusqu’à maintenant c’est le flou. Même après que soit signé un décret mettant en place le comité de pilotage. Le flou règne encore. En regardant de près le contenu du décret, on se rend compte que les Assises sont détournées de l’objectif principal du Mouvement du 11 août. Aujourd’hui on nous dit qu’« en vue d’atteindre l’émergence », une chose qui n’a jamais existé avant. Le contour du décret montre bien que ce sont les Assises du gouvernement et non celles revendiquées par le Mouvement du 11 août. Moi en tant que chef d’exécutif d’une entité insulaire, je ne suis pas encore convoqué dans les Assises. Le chef de l’Etat nous a informés depuis le 6 juillet de la tenue prochaine des Assises. Il nous avait promis de nous contacter pour qu’ensemble nous discutions du cadre général et de ce que nous devrions faire. Mais depuis, c’est le silence radio.

Question : Donc jusqu’à l’heure où on parle, vous n’êtes prêt de participer aux Assises ?

S.A.S : Non, on n’est pas encore prêt car les conditions ne sont pas encore réunies. 

Question : Vous envisagez d’organiser des Assises régionales. Pourquoi ?

S.A.S : Je vais consulter la population. Discuter du développement de l’île et du pays. Les Anjouanais ont leurs idées susceptibles de booster le développement socio-économique. Moi en tant que gouverneur de l’île, je tiendrais compte des contributions de chaque groupement social pour aller les défendre dans les Assises nationales. Donc je me prépare en conséquence. Si d’ici là les conditions des Assises nationales sont réunies, je me serais déjà préparé.

Question : Le gouvernement ne voit pas d’un bon œil ces consultations…

S.A.S : Que ceux qui clament ici et là que les Assises régionales d’Anjouan n’auront pas lieu sachent qu’ils n’arriveront pas à les empêcher. Ces gens-là ne seront même pas capables de dissuader les ressortissants de leurs quartiers respectifs. Il y en a qui viennent de Ngazidja pour crier ici alors que même dans leurs propres villages ils ne sont pas capables de mettre de l’ordre. Comment ces gens qui n’arrivent pas à empêcher les leurs de ne pas désobéir aux décisions de l’Etat, peuvent prétendre empêcher des Assises à Anjouan ? Ils n’y arriveront pas. 

Question : Vous ne comptez pas revenir en arrière, même par la force ?

S.A.S : Je ferai les Assises régionales et personne ne pourra m’en empêcher. Personne ! Sauf par des circonstances venant de la divine Providence. Écoutez, c’est logique d’organiser les Assises régionales. On ne peut pas nier l’identité insulaire. Non, l’on ne peut pas. Je te rappelle que la Cour constitutionnelle a parlé de « ressortissants des îles ». Donc c’est une notion. Moi je suis élu gouverneur d’une île. C’est donc logique de me reconnaitre en tant qu’entité insulaire. Il fallait d’ailleurs que ça soit aux entités insulaires d’apporter chacune des idées pour une concertation avec le gouvernement central. C’est ce qui aurait fait des vraies Assises. Mais aujourd’hui on veut mettre la charrue avant les bœufs. J’ai entendu un ministre dire qu’on fera d’abord les Assises nationales avant les régionales. Décidément il y en a qui ne comprennent rien mais qui ont juste eu la chance d’occuper des hautes responsabilités.

Question : Avez-vous prévu une date ?

S.A.S : On n’a pas encore établie un calendrier. Ce qui est sûr, elles auront lieu avant les nationales.

Question : Devant l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le président Azali a dénoncé à juste titre les persécutions birmanes contre la minorité Rohyngas. Parallèlement, le gouvernement comorien démolit des mosquées à Anjouan et tient des propos hostiles à l’encontre de la minorité chiite aux Comores. Qu’est-ce que vous en pensez ?

S.A.S : Prôner verbalement de la démocratie, c’est bien beau ! Mais allez voir ce qu’il fait et vous saurez s’il est vraiment un démocrate ou pas. Aux Comores, et particulièrement à Anjouan, on n’a pas encore vu la moindre trace de démocratie depuis l’arrivée de ce régime. Le gouvernement n’en fait qu’à sa tête et c’est le peuple qui en pâtit. Combien de fois la Cour a sommé sans succès le gouvernement de faire certaines choses ? Les partielles sur les conseillers des îles à Anjouan, la commission anticorruption… Notre gouvernement est décidément sourd. Il n’entend plus rien. On parle de minorité chiite malmenée. Mais il n’y a pas qu’eux. Il y a les « djawla » qui sont plus persécutés que les autres pendant que ceux qui prennent qui la drogue et l’alcool sont bénis. On voit des autorités nationales prendre part à des manifestations mondaines et où tous les actes pervers sont pratiqués. Pendant ce temps ils ordonnent de chasser des fidèles dans une mosquée. Il ne faut pas croire qu’à la tribune des Nations Unies on peut tromper le monde. L’ONU suit avec attention ce qui se passe aux Comores. Récemment des musulmans sont emprisonnés pour avoir célébré l’Eid un jour autre que celui décidé par l’Etat. Pourquoi ? Simplement par le vouloir du chef de l’Etat mais il n’existe aucun argument juridique pour motiver une telle décision. C’est cela la démocratie ?

Question : Ne pensez-vous pas que tenir tête au gouvernement central pourrait provoquer le blocage de votre budget de fonctionnement, comme ce fut parfois le cas avec certains gouverneurs ?

S.A.S : Moi je ne tiens tête à personne. Je ne fais que dire la vérité. Toutefois, même s’ils cessaient de ne pas me payer mon salaire pendant cinq ans, rien ne m’empêcherait de dénoncer ce qui ne va pas. S’il y en a qui pensent qu’ils peuvent me soudoyer pour me faire taire, ils se trompent. C’est ma dignité qui fait ma personnalité.

Question : Parlons de la gestion des ordures à Mutsamudu. Pourquoi autant des montagnes d’ordure dans les rues, ruelles et un peu partout ?

S.A.S : Certes ça fait partie des casses têtes des grandes villes d’Afrique. Mais on essaie petit à petit de trouver la solution. Il y a huit mois à Paris j’en ai parlé avec Gevalor et Cyctom (des organisations spécialisées dans le traitement des déchets, Ndlr). Ces deux associations sont prêtes à nous accompagner. Je dirais même que 80% du financement sont disponibles. Mais voilà nous devons trouver un site car personne ne veut que le site soit installé chez lui. C’est ça le problème.

Question : Si tel est le cas, où est votre autorité en tant que premier magistrat de l’île ?

S.A.S : On est en train de négocier. On va étape par étape. Actuellement on fait la sensibilisation et on espère trouver bientôt un site. Par contre là toute de suite il nous faut quelque chose à l’immédiat pour débarrasser les ordures qui jonchent la capitale. Après un atelier de réflexion, on m’a présenté un petit devis et débloqué le fonds qu’il faut. En attendant, nous avons également une solution à moyen terme, un petit projet de 20 millions et attendant, encore une fois, la solution à long terme avec Gevalor et Cyctom.

Question : Votre dernier mot…

S.A.S : Je déplore les discours des autorités de l’Union tenus plus particulièrement à Anjouan pour attiser la haine. Ils montent les uns contre les autres pour des faux débats. Et c’est très regrettable. J’aurais aimé que ces responsables rectifient le tir. Qu’ils se ressaisissent et renoncent aux discours incendiaires car ils ne font peur à personne. Ils ne font que prôner la haine. Leur politique c’est de ramener les anjouanais au séparatisme. Ils veulent diviser pour mieux régner, et de ça ils font un art. Ces gens-là, ce ne sont pas les grands-comoriens. C’est une portion de gens qui veulent prendre le pays en otage en poussant les anjouanais à se révolter. Mais ils se trompent, car les anjouanais ne sont pas dupes. Et nous nous battrons jusqu’au dernier souffle dans l’Union. Jamais en dehors de l’Union. Dire aux anjouanais que le débarquement est un coup d’Etat, là le ministre des sports et le vice-président Moustoidrane ne font qu’insulter la République. C’est un mépris envers la République.

 

Propos recueillis par Toufé Maecha

 

 


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Commentaires (1)

  1. Idrisse:
    27/09/2017 à 06:42 AM

    La question des assises n'est pas vraiment claire comme il le dit. Et les propos tenus par certaines autorités de l'Union ne font pas honneur à l'Etat, cela attise la haine effectivement.
    Mais Monsieur le gouverneur vous participez également à diviser le peuple. Rien que cet interview, vos propos sont offensant.
    Ils ne sont pas démocrates vous l'avez dit mais vous n'êtes pas un diplomate par votre langage.