La Gazette

des Comores

Interview exclusive du gouverneur Salami Abdou « Je demande l’ouverture d’une enquête internationale »

Interview exclusive du gouverneur Salami Abdou  « Je demande l’ouverture d’une enquête internationale » © : HZK-LGDC

Le gouverneur de l’île autonome d’Anjouan réfute l’idée selon laquelle il serait en partance pour Mayotte, déclarant qu’il n’est pas "du genre à fuir". Dans une interview exclusive accordée à La Gazette des Comores / HZK-Presse, Salami Abdou affirme ne rien à voir avec les insurgés et demande à ce titre, l’ouverture d’une enquête internationale. Amer, il dit profondément regretter son soutien au candidat Azali Assoumani, lors des présidentielles de 2016.


Question : Certaines sources affirment que vous seriez en partance pour l’île de Mayotte...

 

Salami Abdou: Je suis un responsable, qui assume ses responsabilités. Je sais qu’il s’est passé pas mal de choses très regrettables au cours de cette semaine, mais ce n’est pas une raison pour fuir. D’autant plus que je ne me reproche rien. Ce n’est pas parce que j’ai organisé une manifestation, en collaboration avec l’Union de l’opposition pour revendiquer nos droits, que je partirai. Donc, pour répondre à votre question, il n’est pas question que je quitte mon pays.

 

Question : Vous dites avoir organisé une manifestation pacifique mais il y a quand même eu des affrontements armés, notamment à Mutsamudu.

 

S.A: Nous avons, certes, organisé une manifestation pacifique, pour le reste je n’en sais rien. Nous n’avons pas d’armes, pas d’armée et je puis vous assurer que les affrontements qui ont eu lieu ne sont pas de notre fait. D’ailleurs, à ce propos, je demande l’ouverture d’une enquête indépendante pour tirer toute cette histoire au clair.

 

Question : Le ministre de l’Education, Salim Mahmoud, vous a accusé d’avoir fourni des armes aux rebelles dans une mosquée de Mutsamudu. Que répondez-vous à ça ?

 

S.A: Ces accusations sont infondées. Cela fait au moins 25 jours que je n’ai pas mis mes pieds dans une mosquée de Mutsamudu, encore moins dans la médina. La dernière fois que je m’y suis rendu, c’était pour une prière funèbre. Je l’ai dit mais je le redis encore: je demande l’ouverture d’une enquête internationale.

 

« Je l’ai dit mais je le redis encore je demande l’ouverture d’une enquête internationale »

 

Question : D’ou viennent ces insurgés ?

 

S.A: Je ne sais pas d’où ils viennent, ni pourquoi ils ont agi de la sorte. Seule une enquête impartiale pourra faire la lumière sur cette insurrection armée.

 

Question : Vous avez pourtant accepté de jouer les intermédiaires lors des négociations qui ont abouti au protocole d’accord du 19 octobre dernier.

 

S.A: Cela dépend du sens que vous donnez au terme intermédiaire. Nous n’avons pas représenté les insurgés lors des négociations. Nous avons pris part à ces négociations au nom du gouvernorat, au nom de la paix que nous appelons de nos vœux. Au risque de me répéter, le gouvernorat ne dispose pas d’armes.

 

Question : Par ailleurs, il se dit également que ce lundi, un administrateur sera nommé à la tête de l’île d’Anjouan pour vous remplacer.

 

S.A: Je ne suis pas au courant. Jusqu’à preuve du contraire, je suis le premier magistrat de l’île d’Anjouan. Il y a une loi qui régit ce pays, c’est inimaginable, à mon sens, que le gouvernement central puisse nommer un administrateur pour me remplacer. C’est un scénario qui ne tient pas.

 

Question : Cela fait bien longtemps que l’on n’a pas enregistré une apparition de vous en public, seriez-vous en fuite ?

 

S.A: Justement. Parce que comme tout le monde le sait, la manifestation pacifique que nous avons organisée le 15 octobre a dégénéré, ce qui a généré un climat d’insécurité. Je ne pouvais pas prendre le risque de mettre ma vie en danger. Je préfère attendre le retour de l’accalmie.

 

Question : Certaines sources autorisées font état de votre probable arrestation dans les jours ou même les heures à venir ?

 

S.A: Même si je n’ai rien à me reprocher, je vais me mettre à la disposition de la justice.

 

Question : Auriez-vous un message à adresser au président Azali Assoumani ?

 

S.A: Que lui dire, si ce n’est que ce pays était stable depuis 17 ans. Je pense fortement qu’il est temps qu’il se remette en question par rapport à tout ce qu’il est en train de faire. Aujourd’hui, le monde entier parle de l’île d’Anjouan parce qu’il y a eu une insurrection mais cela ne veut pas pour autant dire que la vie est rose dans les autres îles. A cause de lui, c’est tout le pays qui est en ébullition.

 

Question : Un rassemblement de l’Union de l’opposition a été interdit ce samedi malgré l’abrogation de l’acte du 05 mars 2010, lequel interdisait toute manifestation en dehors des campagnes électorales, quel est votre sentiment ?

 

S.A: Cela ne m’étonne guère parce que ces gens n’ont jamais tenu parole, leur signature ne vaut rien.

 

Question: Après avoir été interrompu le 02 octobre dernier par l’Union de l’opposition qui a claqué la porte, le dialogue inter-comorien, initié par le Haut représentant de l’Union Africaine Ramtane Lamamra, a repris ce 17 octobre sans elle. Cette absence est-elle définitive ?

 

S.A: Tout ce que nous savons, le dialogue n’était pas de bonne foi. Le gouvernement central, au lieu d’apaiser, a multiplié les provocations. C’est pour cela que nous lançons un appel solennel à la communauté internationale, à l’Union africaine particulièrement parce que garante des Accords de Fomboni, afin qu’elle prenne ses responsabilités. Elle ne peut pas rester à distance alors qu’elle a initié ce dialogue qui est au final devenu un monologue. Il faut qu’elle intervienne avant que la situation ne s’enlise davantage.

 

Question : Le président de la république a annoncé, lors du sommet de la francophonie à Erevan, la tenue d’élections présidentielles anticipées au premier trimestre 2019, quelle est votre réaction ?

 

S.A: Son annonce est bien une preuve que ce dialogue inter-comoriens lui importe peu. Il a déjà mis son train en marche, si bien que je me demande à quoi sert ce dialogue.

 

Question : Regrettez-vous d’avoir soutenu le candidat Azali Assoumani lors des dernières présidentielles?

 

S.A: Profondément. J’en profite pour présenter mes excuses à mon électorat à qui j’ai demandé de voter pour lui.

 

Propos recueillis par Faïza Soulé Youssouf

 


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